Par

Antoine Blanchet

Publié le

25 août 2026 à 6h28

« Vous pouvez pas me faire retirer tout ce que j’ai construit. Tout ce que j’ai à l’heure actuelle, j’ai mis du temps à le faire ». La voix de Rémy H., qui était claire, précise et assurée, ne l’est plus. Des trémolos se sont glissés dans chaque syllabe. L’homme de 35 ans a compris qu’il jouait très gros. Ce jeudi 21 août 2026, c’est le dernier instant où il peut s’exprimer devant les juges de la chambre des comparutions immédiates du tribunal de Créteil avant leur décision. Il comparaît pour avoir stocké de la drogue chez lui. Quelques instants auparavant, la procureure a requis une peine extrêmement lourde à son encontre. Le trentenaire bien inséré risque de voir son existence basculer dans plusieurs années de détention.

Une vingtaine de kilos de cannabis stockés

C’est le 17 août que Rémy H. est passé de la liberté à la garde à vue. Sur la route de la gare de Villejuif (Val-de-Marne), il est topé par des agents de police. De son sac de course s’échappe une odeur végétale que les agents ne connaissent que trop bien. À l’intérieur, quelques kilos de cannabis. Le trentenaire est interpellé et dans le cadre de l’enquête de flagrance, une perquisition est réalisée à son domicile. C’est un jackpot. Au total, 20 kg de résine et d’herbe sont découverts dans le logement ainsi que du matériel de conditionnement, un pistolet d’alarme et un peu plus de 200 euros d’argent liquide.

Depuis le box vitré, Remy H. reconnaît l’évidence : oui, il a bien fait de son logement un lieu de stockage pour le trafic de stupéfiants depuis début juillet. Il a effectué une dizaine de livraisons de drogue et à deux reprises, l’appartement a été « ravitaillé ». Mais par qui ? « Je pourrai pas vous dire. Les personnes, je les connais vraiment pas », déclare le prévenu, qui a refusé de donner les codes de son téléphone aux policiers.

Rembourser le prêt d’une voiture

Mais pourquoi le trentenaire, bien inséré avec un emploi stable, s’est-il lancé dans cette affaire lucrative mais illégale ?

« C’est à cause d’une dette. Ma copine louait une voiture au noir et on lui a volé. C’est pour rembourser le prêt que j’ai dû faire ça », confesse le prévenu de sa voix calme. Sa compagne n’est pas présente. Atteinte d’un trouble psychiatrique, elle est hospitalisée. « Elle est atteinte de bipolarité depuis ses 15 ans », précisera l’avocate du prévenu Me Laurence Mariani. « J’ai fait une grande connerie », répète le conjoint derrière la vitre.

Au sein de la chambre correctionnelle, où les dossiers de mules en tout genre remplissent les rôles d’audience, on ne plaisante pas avec le trafic de drogue. La procureure, qui s’appuie sur la quantité importante de drogue retrouvée, réclame une peine très lourde à l’encontre du prévenu au casier vierge. Trois ans de prison ferme avec mandat de dépôt.

« Il bosse tous les jours à quatre heures du matin ! »

De quoi faire bondir la défense. « C’est extraordinaire que les réquisitions tournent autour des quantités. Qu’est ce que ces denrières ont à voir avec l’implication d’un individu », s’émeut la pénaliste. Après avoir rappelé la transparence de son client devant les enquêteurs, elle met un point d’honneur à le dépeindre comme un acharné de travail. « Il bosse tous les jours à quatre heures du matin depuis 8 ans à Rungis. Son employeur a déclaré être très satisfait. Dans ce dossier, vous avez un train de vie lié au travail. Il y a pas de bénéfices dans sa poche », détaille-t-elle. Dans sa péroraison, Me Laurence Mariani demande une peine aménageable.

La défense sera exaucée. Le tribunal décide de condamner Rémy H. à un an de prison ferme avec mandat de dépôt, mais avec un aménagement de peine via bracelet électronique. « Vous allez rester en détention le temps que le bracelet se mette en place, soit environ trois semaines », déclare le président. Le prévenu écope aussi de 6 mois de prison avec sursis et 5 000 euros d’amende. À peine rentre-t-il dans la porte du box qu’un autre homme fait son apparition. Lui aussi a joué les nourrices, mais a caché la drogue dans l’appartement de sa compagne à son insu. Lui aussi écope d’un an ferme avec bracelet.

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