« On sent une suspicion généralisée », se désole Alban, animateur dans le périscolaire à Paris. Comme lui, de nombreux employés dans les écoles dans la capitale française jugent de plus en plus difficile de continuer à travailler au contact d’enfants depuis les scandales, notamment sexuels, qui secouent la France.

« C’est dans notre esprit en permanence », confie Alban (prénom modifié). « La moindre équivoque, le moindre propos rapporté pas vérifié, on risque la suspension directe », ajoute l’animateur parisien. À 49 ans et après deux décennies dans le périscolaire, Alban souhaite aujourd’hui « quitter ce métier », qu’il a pourtant choisi et dont il est fier.

Des parents suspicieux

Comme beaucoup de ses collègues masculins, il ne supporte pas le climat de suspicion qui découle de la révélation de scandales dans le périscolaire parisien à l’automne 2025. À Paris, où le parquet a ouvert des enquêtes sur 84 écoles maternelles, une vingtaine d’élémentaires et une dizaine de crèches, 132 animateurs ont été suspendus depuis le début de l’année, dont 52 pour « suspicions de violences sexuelles ou sexistes ». Des cas similaires ont également été signalés dans d’autres régions de France. « Le plus compliqué c’est avec les maternelles, les trois-cinq ans, qui ne sont pas encore totalement autonomes, notamment en cas d »’accident pipi »», explique Alban.

« Il n’y a pas de cadre légal en ce qui concerne le change des enfants. Quand ça arrive, il faut essayer d’y aller à deux, mais parfois c’est impossible et on n’a pas d’autre choix que de le faire seul », déclare à l’AFP Alexandre Herzog, responsable syndical de l’animation à la Ville de Paris. « Mais maintenant, des agents refusent. Ils préfèrent laisser l’enfant comme il est plutôt que de risquer de se retrouver seul avec lui », ajoute ce directeur de centre de loisirs à Paris.

« Les parents sont devenus très suspicieux », abonde Éric Leclerc, d’un autre syndicat. « La parole de l’enfant est écoutée et je m’en réjouis mais il y a aussi des défauts de trajectoire, des parents qui orientent des questions et des témoignages erronés, qui peuvent faire très mal. Les animateurs sont dans un stress total », ajoute-t-il. « La crise du périscolaire a pu renforcer la méfiance qui existait déjà », confirme le psychologue Romuald Jean-Dit-Pannel.

« Les métiers du soin et de l’enfance, sont souvent incarnés par des femmes. Il y a bien sûr des hommes qui les exercent, mais dès qu’il est question d’intimité avec l’enfant, il y a comme un loup, avec en toile de fond le risque pédocriminel », regrette ce spécialiste des questions d’enfance et d’éducation. Pour réduire les risques, certaines collectivités ont tout simplement choisi de se priver des hommes.

Principe de précaution

« Concernant les enfants, c’est le principe de précaution qui prime », explique à l’AFP Karim Bouamrane, maire de Saint-Ouen, en région parisienne, ajoutant qu’à compétence égale, il privilégie l’embauche de femmes. « 90 % des prédateurs sont des hommes. Donc, entre une animatrice et un animateur, je préfère l’animatrice. Ça baisse les statistiques du risque », continue l’élu socialiste.

« Ça me fait bondir », s’insurge Éric Leclerc. « D’une part, c’est discriminant et d’autre part, je pense que les enfants ont besoin d’avoir face à eux des personnes de tout genre, de toutes origines », estime-t-il. Déjà, rappellent les syndicats, sans aucune directive officielle, certaines tâches sont aujourd’hui plus confiées aux animatrices, comme le change ou la surveillance des dortoirs.

Aujourd’hui, les femmes représentent 70 % des effectifs du périscolaire parisien, selon les chiffres communiqués à l’AFP par les syndicats. « Le résultat, c’est qu’on va apprendre aux enfants qu’il y a les femmes d’un côté, les hommes de l’autre. On renforce le sexisme », regrette Alban, pour qui le vrai problème vient de l’absence de formation des animateurs. Aujourd’hui en France, aucune formation spécifique n’est en effet exigée pour travailler dans le périscolaire.