Par
Léa Pippinato
Publié le
25 août 2026 à 12h59
Il aura fallu une trentaine d’essais pour venir à bout d’un mojito. Trop de citron, trop de menthe, pas assez d’équilibre : Pierrick Derrien et Sarah Lloancy ont longtemps ajusté leur recette avant de trouver le bon dosage.
Deux ans après les premiers tests, leur marque Beez Freeze, créée dans l’agglomération de Montpellier, transforme désormais le cocktail en glace à bâtonnet et commence à gagner les rayons des supermarchés. À 26 ans, le couple produit jusqu’à 1 000 unités en quatre heures dans son laboratoire de la zone de Fréjorgues, à Mauguio. Un changement d’échelle pour une idée qui, au départ, devait surtout apporter un peu de fraîcheur aux festivaliers.
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Une idée née loin de l’agroalimentaire
Rien ne destinait les deux jeunes entrepreneurs à fabriquer des glaces. Sarah sort d’un master en communication et marketing, tandis que Pierrick a suivi un master en commerce. Aucun des deux n’avait travaillé dans l’agroalimentaire, la restauration ou l’univers du cocktail.
L’idée est née assez simplement, au fil de leurs sorties en festival. Les boissons se servaient dans des verres, les glaces restaient cantonnées aux cornets, aux boules ou aux classiques à l’italienne. Le duo a alors imaginé un produit situé entre les deux univers : un cocktail transformé en glace à bâtonnet, mais avec des recettes originales et, pour certaines, alcoolisées.

Les recettes alcoolisées de Beez Freeze affichent 5 % d’alcool, un dosage choisi par les fondateurs pour préserver l’équilibre entre cocktail et glace. (©Beez Freeze)Vidéos : en ce moment sur Actu
Très vite, le projet dépasse la simple envie de proposer une curiosité estivale. Le format permet aussi de revisiter la manière de consommer un cocktail dans les grands rassemblements. Le sachet fermé limite les manipulations du produit une fois servi, ce qui offre un argument supplémentaire dans des événements où les questions de sécurité autour des verres préoccupent une partie du public.
Mais la promesse reste d’abord gustative. Une glace froide, facile à tenir et à consommer, doit pouvoir trouver sa place au milieu d’un festival en plein été. « On voulait réinventer les cocktails sans oublier les sans-alcool », précisent les créateurs.
L’abeille, star de Beez Freeze
Difficile de passer à côté de l’abeille de Beez Freeze. Le petit insecte a donné son nom à la marque et s’est rapidement imposé comme son emblème, avec un clin d’œil au froid dans le mot « Freeze ». Présente sur les emballages et les réseaux sociaux, l’abeille rappelle aussi l’engagement écoresponsable que Pierrick et Sarah souhaitent donner à leur projet. Et dans les festivals, elle prend carrément vie : une mascotte géante se balade autour du stand et aide les festivaliers à repérer Beez Freeze au premier coup d’œil.
Une trentaine d’essais pour réussir le mojito
Avant les supermarchés et les machines, il y a eu les essais, beaucoup moins spectaculaires. Les premières recettes ont été préparées dans leur cuisine, sur de petites quantités qui n’étaient pas destinées à la vente.
Le mojito a servi de véritable crash-test. Il paraissait pourtant évident sur le papier : citron, menthe, alcool et sucre. Dans une glace, l’équilibre s’est révélé beaucoup plus délicat. « On a dû faire une bonne trentaine de tests », se souvient le binôme. Une version tirait trop sur le citron, une autre donnait une place excessive à la menthe. À chaque tentative, Sarah Lloancy et Pierrick Derrien conservaient les dosages qui fonctionnaient et corrigeaient les autres.
Le principe de fabrication repose sur une particularité : avant de devenir une glace, Beez Freeze est un véritable cocktail liquide. « Notre objectif, c’était d’abord de partir d’un cocktail qui se boit. Ce qu’on a dans le produit, on peut complètement le boire liquide », précisent les deux Montpelliérains.
« Notre objectif, c’était d’abord de partir d’un cocktail qui se boit. Ce qu’on a dans le produit, on peut complètement le boire liquide »
Pierrick et Sarah
Créateurs de Beez Freeze
Mojito classique, fraise, passion… et plusieurs versions sans alcool
La marque propose aujourd’hui plusieurs déclinaisons qui reprennent les codes du cocktail tout en les adaptant au format glacé. Parmi les saveurs alcoolisées figurent notamment le mojito classique, le mojito fraise et le mojito passion.
La gamme sans alcool occupe une place tout aussi importante dans leur stratégie. Elle comprend notamment cola cherry, framboise, tropical et virgin mojito. Le choix est assumé : les fondateurs ne veulent pas réduire Beez Freeze à une simple glace alcoolisée réservée aux soirées.
Les retours observés lors des festivals les ont confortés dans cette voie. Le comportement des consommateurs varie selon les moments de la journée ou de la nuit. Après plusieurs heures de fête, certains se tournent plus volontiers vers les références sans alcool, simplement pour se rafraîchir. « Franchement, les softs marchent très bien », constatent-ils.

Mojito classique, fraise ou passion : la gamme alcoolisée côtoie plusieurs recettes sans alcool, comme framboise, tropical, cola cherry et virgin mojito. (©Beez Freeze)Un dosage fixé à 5 % d’alcool
Pour les recettes alcoolisées, le duo a choisi de limiter le taux à 5 %. Ce niveau n’est pas le résultat d’une obligation réglementaire particulière et correspond à un équilibre que les fondateurs se sont eux-mêmes fixé. « On ne voulait pas que ce soit trop alcoolisé. Il fallait qu’on sente quand même un peu l’alcool. »
Le caractère alcoolisé implique toutefois un cadre précis. Sur le plan réglementaire et fiscal, les références concernées sont traitées comme des boissons alcoolisées, même si elles sont ensuite consommées gelées. Cette particularité a demandé quelques recherches au lancement. « Ça a été compliqué au début de trouver exactement le bon référencement, la bonne case fiscale », reconnaissent-ils.
De la cuisine à un laboratoire de Fréjorgues
Les premiers essais domestiques appartiennent désormais au passé. Pour les produits destinés à la clientèle, les deux associés ont d’abord travaillé dans un laboratoire mis à leur disposition, avec un processus largement manuel.
Aujourd’hui, Beez Freeze possède son propre outil de production : le laboratoire accueille la fabrication, le conditionnement et le stockage, tandis qu’un petit espace doit progressivement permettre de recevoir les clients.
Le passage à une machine dédiée a complètement modifié leur cadence de travail. Le processus commence par la préparation du mélange, exactement comme pour un cocktail liquide. La recette passe ensuite par une phase de pasteurisation afin d’assurer sa conservation. Elle est alors envoyée vers une machine qui remplit les sachets puis les ferme grâce à un système de thermoscellage.
Les premiers mois étaient beaucoup plus rudimentaires. Une petite thermoscelleuse exigeait de fermer les emballages presque un par un, avec un temps de production considérable. Pour 1 000 pièces, il fallait parfois travailler « 12 ou 13 heures ». Une journée complète, répétitive et fatigante. Désormais, le même volume peut sortir en environ quatre heures.
Des festivals pour se faire connaître vite
La toute première vente remonte à environ un an. Avant de viser les rayons des grandes surface, Sarah et Pierrick avaient choisi les festivals comme terrain de lancement. Le raisonnement était simple : toucher beaucoup de personnes sur un laps de temps réduit et recueillir des réactions sur un produit encore inconnu. Les Déferlantes, Family Piknik et le Delta Festival figurent parmi les rendez-vous où Beez Freeze a commencé à se faire connaître.
Les bons résultats leur ont ensuite donné envie de franchir une nouvelle marche, avec les bars, les restaurants et différents commerces.
Une quarantaine de points de vente
Hors festivals, Beez Freeze est désormais présent dans une quarantaine de points de vente environ, essentiellement dans la région, avec quelques implantations plus éloignées, notamment dans le Vaucluse.
La marque a commencé à tester le marché de la grande distribution dans plusieurs établissements, parmi lesquels des Intermarché de Lunel et de Sommières, ainsi que d’autres magasins autour de Montpellier. « On commence petit avec quelques magasins test pour voir si le produit fonctionne », résument les deux associés.
« On commence petit avec quelques magasins test pour voir si le produit fonctionne »
Sarah et Pierrick
Créateurs de Beez Freeze
Les tarifs changent selon les circuits. En festival, la glace alcoolisée se vend autour de 5 euros, contre environ 4 euros pour une référence sans alcool. En grande surface, le conditionnement en packs permet de réduire sensiblement le prix par unité. Certaines boîtes sont proposées autour de 5 euros, tandis qu’un assortiment réunissant plusieurs goûts se situe autour de 6,99 euros.
Les centrales d’achat comme prochaine marche
La prochaine ambition consiste donc à convaincre les centrales d’achat et à ouvrir la porte à une diffusion beaucoup plus large. Les enseignes E.Leclerc, Les Mousquetaires ou encore Système U font partie des réseaux cités par les fondateurs.
Cette étape paraissait encore lointaine il y a peu. Lors du lancement, la grande distribution n’était même pas au cœur du projet. Le couple voulait d’abord vérifier si le concept plaisait et s’il pouvait dépasser l’effet de nouveauté. « Au début, ce n’était pas du tout le but d’aller en supermarché parce qu’on ne savait pas si ça allait fonctionner. »
Les festivals, eux, resteront au centre de la stratégie. L’entreprise souhaite conserver les événements où elle a trouvé son public et en rejoindre d’autres, notamment hors de la région. Pierrick, originaire de Bretagne, aimerait aussi voir les bâtonnets glacés remonter vers l’ouest avec un rendez-vous en tête : les Vieilles Charrues.
> Les produits peuvent également être commandés puis récupérés directement au laboratoire. Les différents points de vente, les commandes et l’actualité de Beez Freeze sont à retrouver sur les réseaux sociaux de la marque et sur son site internet
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