À 39 ans, vous avez été publié pour la première fois le 21 juillet 2026, avec une ode aux escaliers de la place de Strasbourg. Vous avez été inspiré par « Les Jetées », un monument considéré par certains comme le plus moche de France…
Bastien Chevalier, professeur de français à Charles-de-Foucauld, à Brest : « Tous les matins, en allant au travail, je passe devant ce monument qui est pour moi un objet du quotidien. J’ai choisi de le mettre en poésie, car c’est un objet qui est très paradoxal pour les Brestois. Ce sont des escaliers que l’on monte mais qui ne mènent nulle part, c’est une œuvre d’art à ciel ouvert dans un espace carrefour entre différentes routes. Elle a été considérée comme la structure architecturale la plus laide de France, et ce n’est pas anecdotique. Mais je ne pense pas que prendre le parti du goût soit la bonne entrée pour parler d’art. Moi, je me la suis totalement appropriée. »
Bastien Chevalier passe devant les escaliers de la place de Strasbourg tous les jours, en se rendant au travail, au collège-lycée Charles-de-Foucauld. (Photo Le Télégramme/Manon Fontaine)Dans quelle mesure ?
« Je me sens assez proche d’elle. Peut-être que c’est une œuvre un peu répulsive : il y a une forme d’empathie qui se crée avec cet objet. Je ne suis pas sûr que les Brestois la trouvent laide. Il se dit aussi que Brest n’est pas une belle ville, mais ils ont au contraire un attachement très singulier à leur ville. Et peut-être à cette structure aussi. Ce récit, c’est une manière de lui donner voix pour ce qu’elle est, c’est-à-dire pour la question qu’elle pose, un peu comme un Sphinx. C’est un miroir tendu à la ville, une tentative de réconciliation. »
Même si tous les Brestois ne pensent pas à Sophocle en regardant ces marches…
« Le premier réflexe face à une œuvre est une posture assez humaine : on se demande « Est-ce que j’aime ? Est-ce que j’aime pas ? » Je propose de dépasser ça, de regarder autrement. Je me suis aussi mis un peu à la place de cette structure qui voit passer sans cesse des automobiles, des trottinettes, le tram, les passants. Et j’ai voulu montrer que les jeunes s’en emparent, les graffeurs, les artistes aussi.
Bastien Chevalier pense qu’il ne faut pas s’arrêter à la question du goût esthétique pour comprendre ces escaliers. (Photo Le Télégramme/Manon Fontaine)
Et moi, avec ce récit un peu particulier dans sa forme, tout comme Les Jetées. Je pense que c’est une structure à laquelle commence à s’identifier la ville de Brest. »
À l’image de la structure architecturale, votre texte sera-t-il accessible à tous ? Et notamment aux plus jeunes, comme vos élèves ?
« Je pense qu’ils peuvent être réceptifs à la poésie. Ils aiment lire, mais aussi écrire, avoir des retours de leurs enseignants sur leurs productions. L’écriture se poursuit totalement à cet âge. Même si elle est attrapée par les réseaux, par le virtuel, il y a toujours des pratiques d’écriture qui permettent aux élèves de se dépasser, d’inventer, d’imaginer. Et je pense qu’ils ont un aussi bon niveau d’orthographe ou de grammaire que les générations d’avant ! »
Pratique
« Cous coupés », publié le 21 juillet 2026 aux Black Trombone Editions, 79 pages, 16 €. Une lecture musicale est prévue le samedi 29 août à 18 h 30 à la librairie Elizabeth & Jo, à Plougastel-Daoulas.