La coalition pro-européenne tripartite dirigée par la social-démocrate Kristrún Frostadóttir depuis 2024 a décidé de donner une nouvelle chance aux perspectives d’adhésion, en appelant à un nouveau référendum, inscrit au programme gouvernemental.
A seulement 36 ans, Kristrún Frostadóttir devient la plus jeune Première ministre d’IslandeNécessité géopolitique
L’intérêt du gouvernement islandais d’ancrer l’île à l’UE s’est développé depuis que la présence américaine dans l’Arctique est devenu une obsession de Donald Trump. Déterminé à s’emparer du Groenland, le président américain avait confondu le territoire autonome danois avec l’Islande, dans un discours en janvier dernier à Davos. C’était un lapsus, mais il a néanmoins jeté le doute dans l’esprit des insulaires, inquiets des velléités impérialistes du locataire de la Maison-Blanche.
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Le paysage géopolitique a changé depuis l’invasion russe de l’Ukraine en 2022, souligne un rapport de la ministre des Affaires étrangères Þorgerður Katrín Gunnarsdóttir, qui constate que « le système international dans lequel nous vivons depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale est en train de vaciller ». Et d’ajouter : « Une coopération plus étroite avec l’UE est déterminante » pour la défense des intérêts du pays situé dans une région arctique stratégique.
La Première ministre islandaise, Kristrun Frostadottir, lors d’un débat sur le référendum pour la réouverture des négociations d’adhésion à l’UE, à Reykjavik, le 24 août. ©AFP or licensors
Évoquant ce référendum devant le Parlement en mai dernier, la Première ministre Frostadóttir, optimiste quant à l’issue du scrutin, « vise à obtenir un mandat du peuple pour négocier », tout en assurant « que le peuple aura le dernier mot », « en cas d’un bon accord » avec l’UE. Et que « c’est à lui qu’il reviendra alors d’accepter ou de refuser l’entrée dans l’Union européenne » lors d’une nouvelle consultation.
La question sensible de la pêche
Pour rassurer les électeurs, la cheffe du gouvernement de Reykjavik a insisté sur le fait qu’aucun accord ne se fera au détriment de la pêche, sa ressource principale, pierre d’achoppement dans les précédentes négociations avec l’UE et qui n’est « pas négociable ». « L’Islande veut préserver à tout prix le contrôle de gestion des ressources halieutiques, qui représentent 40 % de ses exportations et 8 % de son PIB », a martelé pour sa part à la presse, la ministre des Affaires étrangères, affirmant que son pays « ne renoncera pas au contrôle de ses pêcheries ni à son système de quotas » lors des pourparlers. Membre de l’Espace économique européen (EEE) et de l’espace de libre circulation Schengen, l’île n’a jamais adhéré à la politique commune de la pêche de l’UE.
Depuis la nuit des temps, la mer a été le premier réservoir de l’économie des 390 000 insulaires et un symbole de leur souveraineté. Elle a été aussi le théâtre de trois « guerres de la morue » entre 1958 et 1976, avec le Royaume-Uni qui refusait d’accepter les décisions unilatérales des différents gouvernements islandais d’étendre leurs eaux territoriales de 12 milles nautiques en 1958 à 200 milles aujourd’hui. La campagne a été dominée par la question de la pêche, enjeu majeur et crucial de ce référendum, se reflétant dans les sondages d’opinion des électeurs très divisés sur la reprise des pourparlers.
Un score serré ?
Selon une enquête de l’institut Maskina, réalisé en juillet le camp du « Ja » serait crédité de 53 % des voix et celui du « Nej » de 47 %. Et un deuxième sondage d’août publié par Gallup prévoit un score plus serré avec 46 % de « Oui » et autant de « Non » tandis que 8 % sont encore indécis.
S’exprimant récemment lors d’une cérémonie à Hólar la Première ministre Frostadóttir a déclaré que « les Islandais prenaient la question de l’UE au sérieux, mais sans se laisser submerger par l’émotion », réfutant les affirmations selon lesquelles le pays serait « profondément divisé sur ce vote », et accusant les dirigeants politiques et les commentateurs de « tenter d’aggraver les divisions ».
L’élargissement de l’Union européennne, un défi de taille
À Bruxelles, l’Union européenne suit de près ce vote. Un « Oui » islandais à la reprise des pourparlers confirmerait la dynamique actuelle du processus d’élargissement. Celui-ci est actuellement engagé, avec plus ou moins de bonheur, avec le Monténégro (qui pourrait rejoindre l’UE dès 2028), l’Albanie, la Macédoine du Nord, la Serbie, la Bosnie-Herzégovine, et depuis fin 2023 avec l’Ukraine et la Moldavie, tandis que la Turquie et la Géorgie restent candidates à l’adhésion, sur papier, et que le Kosovo frappe à la porte.
Un revers signifierait la mise au placard des ambitions européennes de l’Islande et signalerait que le pouvoir d’attraction de l’UE est moindre pour les riches pays du Nord. La Norvège et la Suisse qui avaient jadis envisagé une adhésion, n’ont manifesté aucune intention de présenter à nouveau leur candidature.
Pays candidats à l’adhésion à l’UE ©IPM Graphics / Didier Lorge