Sevu Reece, ailier All Black aux 37 sélections, a rejoint l’USAP cet été. À 29 ans, il a fait le choix de quitter la Nouvelle-Zélande, attiré par le défi de transformer le club catalan.
Il y a les arrivées que l’on prépare. Et puis celles qui ressemblent à un saut dans l’inconnu. Pour Sevu Reece, son arrivée à Perpignan appartient un peu aux deux catégories. À quelques jours de découvrir le Top 14 et Aimé-Giral sous le maillot de l’USAP, l’ailier All Black (37 sélections) affiche une impatience communicative. Il découvre les plages, les paysages, ses nouveaux coéquipiers, les entraîneurs… et déjà, une chose semble l’avoir séduit : l’idée d’un nouveau départ.
« C’est très spécial d’être ici à Perpignan, a-t-il confié ce mardi après-midi. J’ai eu l’occasion de voir les beaux endroits, les belles plages et de rencontrer ma nouvelle équipe et les coaches. J’ai hâte de commencer la saison. »
À 29 ans, Sevu Reece n’arrive pourtant pas en terre inconnue du rugby professionnel. L’ailier a porté le maillot des All Blacks et participé à la Coupe du monde 2019. Mais pour la première fois, il quitte la Nouvelle-Zélande pour tenter une aventure à l’étranger. Une décision importante, prise après de longues discussions avec son épouse.
« Changer quelque chose à l’USAP »
Plusieurs clubs étaient intéressés. Perpignan n’était donc pas la seule possibilité. Mais dans le choix de l’USAP, il y a eu une réflexion qui dépasse le simple cadre sportif. « C’était une décision très difficile. J’avais d’autres clubs qui étaient intéressés, mais ma femme et moi avons parlé. Elle m’a dit que l’USAP était toujours dans le bas du classement. Alors elle m’a dit d’imaginer qu’on allait rejoindre l’USAP pour changer ça et améliorer le club », raconte le joueur d’origine fidjienne.
La phrase résume assez bien ce qui a attiré l’ancienne star des Crusaders : le défi. Pas forcément celui d’arriver dans une équipe qui joue immédiatement les premiers rôles, mais celui de participer à sa transformation. « J’aime ce genre de défi et je sais que je peux le faire. Avec les joueurs qu’il y a et les nouvelles recrues, je crois qu’on peut créer quelque chose de spécial ici à l’USAP », assure-t-il.
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Une ambition qui prend une résonance particulière dans une ville où le rugby ne se résume jamais à 80 minutes le week-end. Avant même d’avoir joué à Aimé-Giral, Reece a forcément déjà entendu parler des supporters catalans. Il semble avoir compris qu’il ne s’apprête pas simplement à changer de championnat. « Je sais que les fans de l’USAP et les Catalans sont fous du rugby. Je les ai vus à la télé et sur les vidéos ! C’est fou, je n’en peux plus d’attendre. »
L’enthousiasme est évident. Le joueur a envie de découvrir ce fameux mur de bruit dont on lui a probablement parlé depuis plusieurs mois. Il veut surtout le vivre de l’intérieur.
Sa famille est, pour l’instant, en Nouvelle-Zélande
À Perpignan, son nom devrait rapidement susciter la curiosité. Un All Black en sang et or, forcément, cela attire l’œil. Mais Reece ne semble pas vouloir s’attarder sur son CV. Ce qui l’intéresse, c’est ce qu’il va pouvoir construire avec ses nouveaux partenaires. En toute humilité.
Car derrière cette envie et cette joie de faire du rugby, il y a aussi une histoire familiale. Le changement de vie n’est pas sans sacrifice. Les deux filles et la femme de Sevu Reece sont encore en Nouvelle-Zélande. Elles termineront leur année à l’école avant de rejoindre leur père en France. « C’est difficile, elles me manquent tous les jours. Heureusement, je leur parle et je les vois en vidéo tous les jours. Et j’ai hâte de les voir ici, car je sais qu’elles vont aimer Perpignan. »
Le joueur découvre donc la Catalogne seul, pour le moment, malgré la présence de son ami Braydon Ennor. Une situation provisoire, mais qui donne une dimension particulière à cette nouvelle aventure. Car ce départ n’est pas uniquement celui d’un rugbyman qui change de club. C’est celui d’un père, d’un mari et d’une famille qui s’apprêtent à découvrir une autre partie du monde.
Le timing, lui aussi, aurait pu pousser Sevu Reece à rester au pays. À un an de la Coupe du monde, quitter la Nouvelle-Zélande représente forcément un risque pour un joueur qui, à 29 ans, pouvait encore connaître les honneurs de la sélection. « Je savais que si je restais, je pouvais tenter d’y participer. Mais c’était très dur, ma femme et moi en avons parlé. J’ai déjà participé à une Coupe du monde en 2019. Maintenant, je veux vivre, avec ma famille, le rêve que nous avons tous : celui de découvrir une autre partie du monde. »
C’est comme un nouveau départ pour moi.
C’est peut-être finalement la meilleure manière de comprendre son arrivée à l’USAP. Sevu Reece ne vient pas uniquement chercher un nouveau championnat ou une nouvelle expérience professionnelle. Il vient aussi provoquer une rupture dans une carrière qui, après plusieurs années au plus haut niveau en Nouvelle-Zélande, avait besoin d’un nouvel élan. « Quand tu fais quelque chose pendant trop longtemps, tu commences à perdre le but de ce que tu fais au début. Venir ici, c’est comme un nouveau départ pour moi », a-t-il conclu sa première prise de parole en Pays catalan.
Un nouveau départ avec une nouvelle langue, une nouvelle culture, un nouveau vestiaire et bientôt une nouvelle maison pour sa famille. Il faudra maintenant attendre les premiers matches pour découvrir le Sevu Reece version USAP. Celui qui a connu les All Blacks devra s’adapter au Top 14, à ses combats et à ses exigences. Mais une chose est certaine : il arrive avec une motivation qui ne semble pas feinte.
À Perpignan, l’ailier néo-zélandais veut écrire une nouvelle histoire. Et il a déjà choisi son scénario : aider l’USAP à changer de dimension, découvrir la folie d’Aimé-Giral et, surtout, retrouver ce plaisir de commencer quelque chose de nouveau.