Par

Marco Valade

Publié le

25 août 2026 à 19h18

Le vintage est plus que jamais au premier plan de la mode. Chaque année, quatre millions de tonnes de vêtements sont jetées en Europe, un chiffre de plus en plus mis en avant ces dernières années. Pour contrer les méfaits de la fast fashion, des modes de consommation alternatifs se développent. La seconde main s’impose notamment comme une solution qui fonctionne. Laetitia Lopez, présidente du collectif Upco, est une adepte de la seconde main, mais également de l’upcycling, une pratique qui se répand progressivement.

Pouvez-vous expliquer ce qu’est l’upcycling ?

Alors, l’upcycling, c’est un terme qui est apparu dans les années 1990. La traduction exacte est « surcyclage » en français, et c’est différent du recyclage. Pour le recyclage, que ce soit du papier, du verre, du carton ou du plastique, vous détruisez la matière pour en recréer une autre. Alors que le surcyclage, ça va être utiliser la matière en l’état et la sublimer, lui donner plus de valeur que ce qu’elle avait au départ. C’est d’ailleurs de là que viennent les préfixes « sur » et « up » (en anglais), car on vient rajouter de la valeur au vêtement.

Typiquement, lorsqu’une créatrice va faire des vêtements upcyclés, elle utilisera des vêtements qui ont déjà eu une première vie. Grâce à sa créativité, elle va leur donner une seconde vie, en utilisant des patchs pour combler les trous, par exemple, ou bien des morceaux de tissu afin de créer un vêtement complètement nouveau. C’est ça, l’upcycling. De mon côté, je crée des bijoux à partir de vinyles. Pourtant, un disque vinyle n’a rien à voir avec la mode. Mais, grâce à l’upcycling, même un vieux vinyle destiné à la poubelle peut trouver une nouvelle place.

Les pièces de créateurs et créatrices seront présentes lors de ce défilé
Les pièces de créateurs seront présentes lors de ce défilé. (©Laura Morice)La mode est-elle une industrie polluante ?

Évidemment, et c’est même l’une des principales sources de pollution. La fast fashion, c’est une catastrophe. Il n’y a pas besoin de sortir de Central Saint Martins pour savoir que, oui, l’industrie de la mode est ultra-polluante. Le fait de surconsommer, de surproduire des pièces en énormes quantités fait que, finalement, on remplit l’équivalent d’une benne toutes les quelques secondes. Ce sont des vêtements qui sont produits puis jetés. Certains ne voient même pas l’intérieur d’un placard ou d’un magasin.

Il y a des collections d’ultra-fast fashion qui sont tellement rapides et tellement néfastes que certaines pièces n’arrivent même pas jusqu’au magasin. Sans compter que les matériaux utilisés sont souvent de piètre qualité et fabriqués à base de plastique. Ces matériaux ne durent pas dans le temps et ne sont pas réellement recyclables.

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« Si vous payez un t-shirt 2 euros, c’est forcément que quelqu’un, à l’autre bout du monde, paie à votre place le prix que vous ne voulez pas payer »

Laetitia Lopez

Comment peut-on se mettre à l’upcycling ?

J’ai envie de vous dire : débranchez le cerveau. Vous laissez parler votre côté créatif. Peu importe la forme de création, qu’elle soit upcyclée ou non, il faut qu’il y ait un aspect ludique. Il faut qu’il y ait une sensation qui vienne de l’intérieur de soi. Ainsi, vous vous lancez simplement en vous amusant, en ayant envie d’exprimer des choses. Ça peut être des choses légères, des choses profondes, des choses drôles. L’idée, c’est de créer.

De mon côté, je fais des boucles d’oreilles avec des disques et, pourtant, il y a un vrai lien entre la musique que j’écoute et la musique que je porte. Alors, comment pourriez-vous vous lancer ? Amusez-vous. Amusez-vous à détourner des objets, à détourner des matières, à voir du potentiel là où d’autres voient une fin. Parce qu’à vrai dire, c’est un peu ça, l’upcycling : voir un avenir là où d’autres voient une fin.

Toute une équipe est présente afin de réaliser ce défilé de créateurs
Toute une équipe est présente afin de réaliser ce défilé de créateurs. (©Laura Morice)Une matière avec laquelle vous aimez tout particulièrement travailler ?

Moi, le vinyle, je l’apprécie car je suis particulièrement attachée à la musique. J’en pratique depuis l’enfance, j’en écoute beaucoup et ça m’accompagne tout le temps. Le vinyle, personnellement, c’est un objet qui permet de matérialiser un concept complètement immatériel.

Les instruments sont concrets, ils sont matériels, mais la musique, c’est une sensation qui est dans l’air. Une fois que vous avez sorti la note de votre bouche ou que vous avez joué la note sur le piano ou sur la guitare, elle est dans l’air. On ne peut pas l’attraper. Les sillons du disque, ça m’évoque aussi les sillons de la peau, les empreintes qu’on a au bout des doigts, les rides qu’on a sur le visage. Ce sont des signes d’expérience, au même titre que vous vivez un deuil, une histoire d’amour ou une naissance.

L’expérience a été vécue, mais ce n’est pas quelque chose que vous pouvez tenir entre vos mains. Parfois, la ride va être la matérialisation de cette expérience-là dans votre corps. Le sillon, c’est aussi le sillon de la terre. Que choisit-on d’y semer ? Qu’a-t-on envie de récolter plus tard ? Je mets beaucoup de choses dans le sillon d’un vinyle, c’est très personnel et c’est généralement le cas pour d’autres upcycleurs.

Quel est le gros challenge de cette fashion week ?

Quel est le gros challenge de cette fashion week ? Le plus gros challenge, c’est justement d’attraper le passant qui traverse par hasard, qui ignore totalement ce qu’est l’upcycling, qui n’en a jamais entendu parler de sa vie, qui regarde ce spectacle-là et qui va se dire : « Mais qu’est-ce que c’est ? » Quelqu’un qui va être un peu curieux et chez qui on va peut-être susciter une prise de conscience ou une envie de changer sa façon de consommer ou de percevoir les choses. C’est l’un des enjeux majeurs. Si on arrive à faire ça sur trois personnes, c’est trois personnes pour qui c’est gagné pour nous. 

Ainsi, l’idée est de faire quelque chose d’accessible et de proposer de la création devant le musée Fabre, avec des musiciens en live et une peintre qui va faire une session de live painting. On essaye au maximum d’étendre la création.

De plus, on est dans une époque où c’est la misère partout, c’est la galère entre les guerres, l’écologie, la politique, la santé ou encore la santé financière des familles. On a besoin d’avoir de belles choses et surtout des causes engagées, qui ont du sens et qui ne sont pas culpabilisantes. On n’a absolument pas la volonté de culpabiliser les personnes. Le but, c’est vraiment de faire découvrir et d’accompagner vers un mode de consommation qui va être plus écologique.

réparations de vêtements, travail du cuir et bien d'autres activités pendant cette fashion week
Réparations de vêtements, travail du cuir et bien d’autres activités pendant cette fashion week. (©Laura Morice)Que représente l’upcycling pour vous ?

Ce que je voudrais partager avec le plus de personnes possible, c’est que l’upcycling, c’est une solution d’avenir. Parce que c’est créatif. Mais ce n’est certainement pas la seule solution. On a quand même besoin de produire des choses nouvelles aussi, de façon raisonnée et raisonnable.

Qu’est-ce que je voudrais dire ? Que l’upcycling, c’est une aventure, je pense, qui va aussi inclure quelque chose de très personnel. Parce que là où on va se retrouver à dix autour d’une matière ou d’un objet, il peut y avoir dix issues différentes. Finalement, c’est vraiment une richesse créative : on cherche à trouver des solutions, on cherche à trouver un avenir à des objets ou des matières qui, pour le commun des mortels, n’en auraient plus.

> Retrouvez toutes les informations nécessaires pour suivre cette fashion week et participer aux activités proposées sur le compte Instagram d’Upcycling Connexion

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