Quel est le point commun entre les parcs d’attractions, les mangas, les jeux vidéo et la géopolitique ? La solution de la devinette est facile à trouver puisque ces quatre thèmes étaient au cœur de la visite à Paris du prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane. Plus connu sous les initiales MBS, c’est l’homme fort d’un pays qui tente de diversifier ses activités tant que le pétrole coule encore à flots. Au pouvoir depuis 2017, son CV est loin d’être immaculé. Autoritaire, il a commencé par une purge de ses rivaux. Puis, disposant de matériel militaire flambant neuf, il a cru écraser rapidement les rebelles houthis au Yémen. Enfin, ses services secrets ont réduit au silence, de la manière la plus expéditive qui soit, Jamal Khashoggi, un journaliste saoudien critique à l’égard du régime. Beaucoup de taches noires, supposément indélébiles, sur la carte de visite d’un homme de 40 ans, fan de mangas et de jeux vidéo.
Mais le temps, les pétrodollars et les circonstances effacent, semble-t-il, les bavures les plus flagrantes. Certains appelleront cela du pragmatisme, d’autres du cynisme. Toujours est-il que, durant sa visite officielle en France, MBS a été accueilli comme un chef d’État ami par Emmanuel Macron.
Un goût amer
Bien sûr, profiter de l’irrigation financière – trois parcs d’attractions pour 6 milliards, drôle d’investissement ! – n’était pas le moindre avantage d’une telle rencontre. Mais, en ces temps où l’Amérique souffle sur les braises du Moyen-Orient, l’intérêt d’un rapprochement entre Paris et Riyad est aussi une affaire d’influence sur la marche du monde. Pour autant, le rapprochement entre Emmanuel Macron et Mohammed ben Salmane pose forcément la question éternelle de la realpolitik au service exclusif de l’efficacité. Et cet échange d’amabilités laisse un goût amer dans la bouche de ceux qui pensaient que les grands principes avaient encore leur place dans les valises diplomatiques françaises.