Par

Marie Pomme

Publié le

25 août 2026 à 18h16

Les rêves se réalisent quand on y croit assez fort. Gidéon, regard timide coincé entre ses épaules discrètes, court après le sien depuis son enfance. Son éternel t-shirt de sport et ses baskets chevillées aux pieds, le trentenaire tutoie les meilleurs records de running, avec un chrono inférieur à 3 minutes 30 au kilomètre. « J’ai découvert la course à pied, elle est devenue ma voix », résume-t-il. Car dans le marathon de la vie, il est parti avec une pénalité : depuis sa naissance au Kenya, Gidéon est sourd et muet.

Six mois à la rue

Pourtant, il a désespérément besoin de se faire entendre. « J’ai quitté le Kenya après avoir été enlevé et menacé de mort », écrit-il sur son smartphone qui assure en direct la traduction du swahili au français. Les détails manquent sur cet épisode, son handicap l’empêche de tout comprendre. Mais une chose est sûre, il n’est plus en sécurité au Kenya.

Il arrive alors en France en avril 2025, comptant sur ses jambes pour gagner sa vie. « J’ai couru deux semi-marathons pour avoir un peu d’argent, ce qui m’a permis de payer l’hôtel, mais mes ressources se sont rapidement épuisées », retrace-t-il. Sa surdité l’empêche de communiquer et de demander de l’aide. « Alors j’ai dormi dans la rue de septembre à janvier », écrit-il. Ses yeux racontent le froid, la fatigue et les multiples remises en question.

Gidéon est orienté vers un hôpital, puis une première demande d’asile lui est refusée à Paris. Il faut une rencontre avec Sophie, qui travaille alors à la Croix-Rouge, et son amie Céline, qui le prennent sous leur aile. « Ma vie était extrêmement difficile : je dormais dans la rue mais j’adorais courir », poursuit-il.

Top 1 % mondial

Quand il court, on dirait qu’il valse sans effort au-dessus du sol. « Plus jeune, il m’arrivait de passer des heures devant YouTube pour regarder Eliud Kipchoge, notamment ses courses olympiques sur piste », se souvient-il. Suivant les pas de son idole, il s’est illustré dans plusieurs compétitions. En 2019, il termine deuxième du marathon Xishi de Zhuji, largement sous la barre des 2 h 30 (2 h 27 m 21 s), ce qui le place dans le Top 1 % mondial.

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Depuis son arrivée en Île-de-France, il n’a pas remisé ses chaussures et s’est illustré à plusieurs reprises. La course, c’est sa vie ; le silence, son royaume. Quelques gestes lui suffisent pour se faire comprendre. « Seule ma grand-mère était sourde, mes parents parlent et entendent », traduit le téléphone.

Ce que complète d’ailleurs Céline : « Il n’est pas allé à l’école, il a appris à lire et à écrire tout seul ». Chargée de communication dans une webradio, c’est elle qui a pris en charge les démarches de Gidéon. « Je connais Sophie depuis 20 ans et quand elle m’a parlé de lui, son histoire m’a touchée », se souvient-elle. Les deux amies interjettent appel à Paris pour une nouvelle demande d’asile. « On a retrouvé sur internet la trace des hommes qui l’ont menacé ; effectivement, ils existent et effectivement, le renvoyer au Kenya, ce serait le mettre en danger de mort », tance Céline.

Objectif olympique

Aujourd’hui, Gidéon est logé de manière provisoire. L’appel de sa demande d’asile devrait avoir lieu en automne prochain. Un obstacle administratif à franchir, mais Gidéon est dans les starting-blocks, prêt à s’élancer sur la piste de son rêve : « Trouver un sponsor pour intégrer une équipe olympique ».

Pratique
Facebook GIdéon, notre champion / cagnotte Leetchi

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