Posted On 26 août 2026

Il aura fallu une vidéo de l’influenceur Guizmaths et l’intervention du conseiller municipal d’opposition Clément Chappet pour obtenir le simple d’encombrants nauséabonds entassés au pied des immeubles de la rue Maurice Dodero. Ce fait en apparence anecdotique résume à lui seul le fonctionnement d’une municipalité qui n’agit jamais que sous la contrainte, jamais de son propre chef, jamais en amont, jamais pour prévenir plutôt que pour guérir dans l’urgence.

@guizmaths C’est un appel à l’aide des habitants qui habite aux 12 , 14 et 16, rue Maurice Dodero, qui n’en peuvent plus de vivre avec des déchets au pied de leur immeuble. Entre la Ville, la SDH Et la Métro tout est très compliqué. Sommes nous en train de subir les conséquences des décisions politiques de Éric Piolle ? #grenoble #pourtoi #guizmaths #fypage #poubelle ♬ Mystery in the Dark – Ash Holt

UN APPEL À L’AIDE VIEUX DE SEPT ANS

Une habitante depuis 7 ans de l’une des tours explique au média Actu Grenoble que « l’insalubrité a toujours été au pied des bâtiments ». L’été 2026, marqué par plusieurs épisodes caniculaires en Isère, s’est révélé particulièrement éprouvant : « J’habite au deuxième étage, et quand j’ouvrais la fenêtre du côté de la chambre de mes filles, ça sentait la poubelle », se souvient la mère de famille. Une situation similaire est également observable autour de la galerie de l’Arlequin.

LE PING-PONG ADMINISTRATIF ÉRIGÉ EN SYSTÈME

Face à cette dégradation, les locataires se sont tournés vers leur bailleur social, qui les a renvoyés vers la Ville : « Ils nous disent : ‘Ce n’est pas nous, c’est la Ville de Grenoble.’ Et la Ville de Grenoble nous renvoie vers le bailleur », déplore l’habitante. Pour ne rien arranger, 2 déchèteries ont récemment été fermées dans les quartiers sud de la ville, dont celle des Peupliers, aggravant mécaniquement les dépôts sauvages. L’enlèvement de ces déchets a même parfois été facturé aux locataires, alors que la grande majorité d’entre eux n’y est pour rien.

CLÉMENT CHAPPET ÉCRIT À L’ADJOINTE

Face à cette impasse, Clément Chappet, président du groupe d’opposition Réconcilier Grenoble, s’est rendu auprès des habitants avant d’adresser, le 18 août, un courrier à l’adjointe à la propreté Laurette Rimet-Meille. Il y détaille la situation « devenue intenable » et soumet deux pistes concrètes : l’installation de caméras de vidéoprotection pour identifier les auteurs des dépôts, et l’augmentation de la capacité des bacs de collecte ou une fréquence de ramassage plus soutenue. Copie en est adressée à la Métropole et au bailleur social.

LA MAIRIE SOURDE AUX DEMANDES DES HABITANTS 

Car avant même l’intervention de Clément Chappet, les habitants avaient eux-mêmes réclamé l’installation de caméras de surveillance et de bennes spéciales directement auprès de la mairie. Leur requête a été rejetée. Une fin de non-recevoir qui en dit long sur la considération réservée aux habitants des quartiers populaires par une majorité prompte à multiplier les concertations citoyennes en façade, mais bien moins encline à répondre concrètement lorsque la demande est formulée par ceux qui vivent, au quotidien, au milieu des rats et des cafards.

GUIZMATHS FAIT BOUGER LES CHOSES

C’est l’intervention du vidéaste grenoblois Guizmaths, chroniqueur infatigable des dérives de notre ville, qui a débloqué la situation. En relayant l’appel à l’aide des habitants sur les réseaux sociaux, il a forcé le ramassage des encombrants au pied des tours et la désinfection des immeubles, à Maurice Dodero comme dans le quartier de Villeneuve. Voilà où nous en sommes à Grenoble : il faut faire du bruit pour obtenir le minimum de service dû aux habitants. 

ODEURS, PUNAISES : LES FAMILLES TRINQUENT

Car derrière la bureaucratie et les renvois de responsabilité, ce sont des familles entières qui trinquent. À la chaleur suffocante de l’été 2026 s’est ajoutée une infestation de punaises de lit touchant plusieurs immeubles de la rue, contraignant de nombreux locataires à se débarrasser de leurs meubles, entassés au bas des tours. « Il y avait des matelas. On a peur d’attraper des punaises qui risquent de s’accrocher à nos vêtements », témoigne Maria. Un cocktail nauséabond qui, depuis des années, n’entraine aucune réponse institutionnelle sérieuse !


Rue Maurice Dodero, avant le passage de Guizmaths et Clément Chappet

LA RÉPONSE TARDIVE DE LA VILLE : ENCORE DE LA COMM’

Contactée par Actu Grenoble une fois l’affaire rendue publique, la mairie explique suivre « attentivement » la situation dans le secteur 6, constatant une « recrudescence des dépôts sauvages d’encombrants ». On attend des élus en charge autre chose que simplement « suivre » ! Il est temps d’agir. Mais la seule réponse apportée est… l’ouverture de « Maisons du quotidien », dont la première n’ouvrira qu’à l’automne – dans le secteur 2, pas à Maurice Dodero – et qui ne constituent qu’une version des Maisons des Habitants sous un autre nom. Comme si ça allait changer quoi que ce soit au dépôts sauvages au pied des tours ! Une réponse ridicule de déconnexion. 

UNE VICTOIRE FRAGILE QUE LES HABITANTS N’OSENT PAS CROIRE DURABLE

Les encombrants ont finalement été débarrassés et les immeubles désinfectés mais les habitants ne crient pas victoire trop vite : « Il y a eu un débarrassage des ordures, mais j’ai bien peur que ça revienne ». Une méfiance légitime, tant l’intervention n’a rien d’un changement de méthode durable de la part de la municipalité. Rien n’indique que les causes structurelles – déchèteries fermées, bacs insuffisants, absence de vidéoprotection – seront traitées et connaissant ces élus de l’inutile, il y a de quoi être pessimiste. 

Actu Grenoble
LE SYMPTÔME D’UNE MÉTHODE : AGIR SEULEMENT SOUS LA PRESSION

Ce dossier de la rue Maurice Dodero n’est en réalité qu’un symptôme de plus d’une méthode éprouvée depuis 12 ans : la majorité municipale, qu’elle s’appelle Piolle ou Ruffin, n’agit jamais que contrainte et forcée – par un vidéaste, par l’opposition, par l’exposition médiatique – jamais par anticipation ni par sens du service public. Les Grenoblois des quartiers populaires méritent mieux qu’une gestion à la sirène, où il faut systématiquement une mobilisation extérieure pour obtenir ce qui devrait relever, tout simplement, du fonctionnement normal d’une collectivité.