« Bonjour, nous sommes médiateurs sociaux, nous venons voir comment ça se passe au quotidien, si vous rencontrez des difficultés comme des cafards, des squatteurs ou encore des problèmes administratifs. » Vêtus de leur tee-shirt vert siglé ALTM (Agence Lyon tranquillité médiation), Perrine et Sébastien sont devenus des visages familiers de la Cité jardin de Gerland. Plusieurs fois par semaine, ils partent à la rencontre des habitants pour les orienter en cas de difficulté.
Il est un peu plus de 14h lorsqu’ils arrivent à la Cité jardin de Gerland, ce jeudi d’été. Avant le porte-à-porte, les deux médiateurs sociaux parcourent le secteur pour observer l’état et la fréquentation des espaces publics. « Ça peut durer un quart d’heure comme une heure, si on constate des choses à signaler ou si on rencontre des personnes dans le besoin », indique Sébastien.
Les médiateurs sillonnent les allées, discutent avec les habitants, repèrent les fragilités avant qu’elles ne deviennent des urgences. Dans ce quartier marqué par des problématiques de tranquillité publique liées au narcotrafic, ils travaillent au milieu des hakha, ces cris d’alerte lancés par les guetteurs pour prévenir de l’arrivée des forces de l’ordre. Malgré ce contexte, leur objectif reste le même : maintenir un lien de proximité avec les habitants. D’après Xavier Rochefort, directeur général de l’ALTM, « la médiation sociale est un pont entre les populations et les institutions ».
Médiation sociale : une présence auprès des habitants les plus fragiles
Ce jour-là, ils rendent visite à une habitante de plus de 90 ans. Depuis quelque temps, ils s’inquiètent de sa santé face aux fortes chaleurs. « On va voir comment elle va et lui rappeler de bien s’hydrater », annonce Perrine. Les personnes âgées de 75 ans et plus représentent près des deux tiers des décès liés à la canicule survenue entre le 17 juin et le 2 juillet 2026, selon Santé publique France.
La porte s’ouvre et l’habitante accueille chaleureusement les médiateurs. « J’aime bien quand tu viens me voir », glisse-t-elle à la médiatrice. Le binôme s’assure que la nonagénaire va bien et en profite pour prendre des nouvelles du voisinage. Une fois la porte refermée, Sébastien est rassuré : « Elle se nourrit, l’appartement est propre. Elle radote un peu mais rien d’alarmant. »
Cité jardin de Gerland : des appartements à la vie de quartier
A Lyon, la médiation sectorisée intervient sur l’ensemble des quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV), en lien avec les bailleurs et les collectivités. © Clémentine del Piano
Quelques rues plus loin, changement d’ambiance. Une habitante leur montre des fissures apparues dans son appartement. Pendant que Perrine contacte immédiatement le bailleur Grand Lyon habitat, Sébastien entretient la conversation : « L’allée est calme ? Il n’y pas trop de bruit à l’extérieur ? ». Avant de partir, Perrine laisse à l’habitante un petit agenda des animations qui auront lieu tout l’été à la Cité jardin. Car si les habitants ont parfois peur de sortir de chez eux, les événements organisés avec tout le voisinage les y encouragent.
La mission des médiateurs passe aussi par la prévention, notamment auprès des plus jeunes. Lorsqu’ils repèrent un adolescent qui semble rester régulièrement au pied des immeubles, ils peuvent aller à sa rencontre et tenter de l’orienter vers les structures adaptées. « On fait un gros travail auprès des jeunes, car ils peuvent être attirés par l’argent facile, explique Sébastien. On se rapproche alors de la Mission locale ou du centre social. »
Médiateur social, un métier en quête de reconnaissance
Environ 10 000 médiateurs sociaux travaillent au quotidien dans les quartiers français. Pourtant, ils ne disposent toujours pas d’un véritable statut d’État. Depuis 2016, une norme Afnor encadre toutefois leurs pratiques et participe à la professionnalisation du secteur. L’ALTM, qui déploie une quarantaine de médiateurs sociaux à Lyon, a été la première association certifiée en 2019.
Bien que financés par la Ville, les bailleurs sociaux et l’État, Sébastien assure que les médiateurs restent indépendants : « Si un bailleur ne fait pas son travail, on peut tout à fait orienter les habitants vers la justice. » Une neutralité essentielle pour conserver la confiance des habitants.