Côté ciné : Wake in Fright, l’autre classique du réalisateur de… Rambo

Incroyable destinée que celle de Wake in Fright, cauchemardesque long-métrage du Canadien Ted Kotcheff dont le nom sera attaché, quelques années plus tard, au classique qui confirma le statut de star de Sylvester Stallone, Rambo. La pellicule du long-métrage, longtemps disparue, fut retrouvée miraculeusement en 2002 à Pittsburgh, au milieu de négatifs destinées à l’incinération. Une chance : aujourd’hui restaurée dans une copie 4K de belle qualité, l’oeuvre s’impose comme un classique fondateur du mouvement de l’Ozploitation, le cinéma d’exploitation australien des années 1970 et 1980, nourri du sable, de la sueur et du sang de l’outback de ces années-là. On lui doit, entre autres, le très B et très fun Razorback de Russel Mulcahy, mais aussi le beaucoup plus ambitieux Long week-end de Colin Eggleston, installant la nature comme le légitime antagoniste d’une histoire d’humains, déjà à l’époque, peu conscients de leur statut de locataires de la planète.

Présenté en 1971 au Festival de Cannes, Wake in Fright se conçoit pour sa part comme une descente aux enfers en bonne et due forme, un cauchemar éveillé dans un univers paradoxalement tout de bonne volonté et d’hospitalité. Sur la route de Sydney pour retrouver sa compagne, un jeune instituteur (Gary Bond) se retrouve coincé dans un petit village de l’outback et s’y trouve bientôt happé par le quotidien des habitants. Alcool, violence usuelle, masculinité toxique et jeux d’argent… Kotcheff dresse le portrait d’un monde aussi souriant que décadent, où l’on s’amuse autant des beuveries que des massacres de kangourous (*) sous un soleil de plomb qui rend fou. De l’autre côté du miroir, c’est la déchéance d’un homme que filme la caméra, jusqu’à le vider de sa substance, jusqu’à en faire une pauvre âme en errance. Aucune échappatoire dans ce quotidien fait d’oubli et d’ennui, et de cet avilissement qui les suit.

Film assez rare porté par un trio d’acteurs puissant (Gary Bond, Chips Rafferty et Donald Pleasance, que l’on reverra quelques années plus tard dans le rôle du Dr Loomis, dans Halloween de John Carpenter), Wake in Fright (Réveil dans la terreur, en français) a les honneurs d’une diffusion dans la grande salle du Cosmos samedi 29 août à 14h20 (et mardi 1er septembre à 20h45). Une séance à considérer comme un point de départ, avant de s’en aller explorer les filmographies de cinéastes qui, de Mulcahy à George Miller (Mad Max) ont porté haut la renaissance du cinéma australien…

* Attention, la scène de chasse filmée à l’époque est réelle, NDLR.

N.B.