Le timing ne pouvait pas être pire. À moins d’une semaine de la rentrée scolaire, l’académie de Toulouse est totalement déconnectée. En cause : la mise en sécurité et la coupure totale de tout le réseau informatique du rectorat après la cyberattaque d’ampleur subie par le ministère de l’Éducation nationale révélée le 31 juillet.

Sur le terrain, ce black-out prive les équipes de leurs outils de travail au moment le plus critique de l’année. Alors comment va gérer le personnel éducatif ? Quand la situation va-t-elle s’améliorer ? 20 Minutes a interrogé Jennifer Pelissier, co-secrétaire de la FSU-SNUipp 31.

Quand et comment avez-vous appris l’existence de ce blocage informatique ?

Il n’y a eu aucune communication officielle, tout simplement parce que tous nos canaux numériques sont coupés ! Par exemple, lorsqu’on essaye de se connecter à la messagerie, ce que font beaucoup d’enseignants et de personnels de l’Éducation nationale à quelques jours de la rentrée, l’accès au serveur est impossible. Le site de la DSDN n’est pas accessible non plus, tout comme certains de nos logiciels. Plus rien ne fonctionne. Les collègues faisaient déjà le constat sur le terrain que les services étaient en panne, puis nous avons reçu l’information confirmant que le système avait été bloqué. Les syndicats ont été prévenus en début de semaine par le recteur.

Un retour à la normale est-il envisageable avant la rentrée ?

Aucun retour à la normale n’est prévu avant au moins deux semaines pour Toulouse, qui est l’une des académies les plus touchées. Nous allons donc faire la rentrée sans aucun outil numérique, avec tout ce que cela implique.

Qu’est-ce que cela implique, justement ?

Concrètement, c’est l’impossibilité de contacter les familles, d’inscrire un élève, d’éditer facilement une liste de classe, etc. Dans le premier degré, nous allons nous débrouiller, mais il y aura des ratés. En maternelle, certains parents n’auront pas reçu l’information pour les rentrées échelonnées. L’organisation de l’inclusion des enfants à besoins particuliers est aussi très compliquée et des collègues ne connaissent pas encore leur affectation. Cela dit, aucun enfant ne sera laissé au bord du chemin pour un problème informatique.

Et pour les élèves au collège et au lycée ?

Dans le second degré, l’impossibilité d’éditer les emplois du temps ou les cartes de cantine risque d’être plus problématique. Beaucoup de choses se retrouvent complètement bloquées. Enfin, il y aura parfois des problèmes d’affectation : des collègues ne sauront pas encore dans quel établissement ils doivent se rendre. Tout devient nettement plus compliqué. Nous espérons que les parents se montreront compréhensifs, car ce sont une fois de plus les personnels qui subissent les conséquences du manque d’investissement chronique dans nos systèmes informatiques.

La question de décaler la rentrée a-t-elle été évoquée ou ce n’est pas du tout envisageable ?

Cela n’a pas été envisagé ni communiqué comme une option. Je doute fortement que ce soit une éventualité retenue par le rectorat. Cela compliquerait toute l’organisation, même si les parents et les élèves ne peuvent pas recevoir d’informations actuellement.

Comment travaillez-vous dans ces conditions ?

C’est le « système D ». Nous utilisons nos téléphones et adresses mails personnels, ce qui pose un vrai problème sur le droit à la déconnexion. Pour le premier degré, beaucoup de choses sont anticipées avant les vacances, même s’il y a toujours des arrivées d’élèves pendant l’été et des ajustements de dernière minute. Globalement, nous allons réussir à nous débrouiller. Par exemple, j’ai vu une mairie à côté de chez moi diffuser des informations via les réseaux sociaux. Ce n’est pas la solution idéale, mais dans l’ensemble, la rentrée aura lieu. Nous redoutons tout de même la surcharge de travail quand le réseau sera rétabli, puisqu’il faudra traiter le retard cumulé.

Le blocage des logiciels administratifs peut-il faire craindre des retards de salaire ?

C’est une de nos inquiétudes majeures. Pour les titulaires déjà en poste, la paie de septembre sera versée. En revanche, pour les nouveaux enseignants et les contractuels qui ne sont pas encore enregistrés dans les bases, les ordres de paiement n’ont pas pu partir. Le ministère dit qu’il « fera le maximum », mais nous savons bien ce que cela veut dire.