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Rédaction Lille

Publié le

26 août 2026 à 18h36

« Le jour du spectacle, s’il a lieu, nous serons présentes », lance Amélie Terrien, vice-présidente de NousToutes Lille. Le collectif exige « l’annulation du concert de Patrick Bruel à Lille », prévu le 20 octobre prochain. Le chanteur est mis en examen dans au moins quatre dossiers de violences sexuelles et fait l’objet de 32 plaintes pour viols, tentatives de viols, agressions et harcèlement sexuels*. En amont d’une manifestation prévue le jour J, les féministes en ont appelé à la responsabilité du Zénith de Lille et du maire Arnaud Deslandes. Ces derniers ont partagé leur position, avançant une marge de manœuvre limitée. Quid de la préfecture du Nord, qui pourrait empêcher la venue de l’artiste par le biais d’un arrêté ? Elle répond, deux mois avant l’échéance.

Le collectif NousToutes Lille se mobilisera lors du concert de Patrick Bruel

En août 2026, alors qu’il fait désormais l’objet de 32 plaintes pour violences sexuelles, Patrick Bruel a annoncé vouloir maintenir sa tournée anniversaire « Alors regarde 35 « . Il se produira donc bien au Zénith de Lille le 20 octobre 2026. Et pour Amélie Terrien, de NousToutes Lille, « aller à ce concert au Zénith, c’est contribuer à entretenir la culture du viol ».

Fin mai, c’est le maire, Arnaud Deslandes, qui prenait la parole :

 » Vu la multiplicité des témoignages, la sagesse voudrait que l’artiste et le producteur décident d’eux-mêmes de suspendre la tournée et les activités publiques du chanteur, le temps que la justice passe. « 

Arnaud Deslandes, maire de Lille, en mai 2026

Pour Amélie Terrien, cela ne suffit pas :  » Pour protéger les potentielles victimes et par décence pour celles qui ont pris la parole dans cette affaire, il faut prendre des mesures plus fortes. On estime que demander à l’artiste de ne pas se produire, c’est un peu léger. »

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C’est pourquoi le collectif prévoit de se rendre devant le Zénith pour protester : « Les sales connes seront encore au rendez-vous si le concert de Bruel n’est pas annulé. »

La Ville et la préfecture peuvent-elles interdire le concert ? 

Mais la Ville de Lille dit ne pas pouvoir faire beaucoup plus. Dans un communiqué du 19 août 2026, la collectivité « rappelle que la responsabilité de l’annulation du concert incombe aux organisateurs et qu’elle ne saurait légalement s’opposer à la tenue de la représentation ».

Légalement, la mairie est-elle aussi limitée qu’elle l’avance ? Comme souligné dans un précédent article d’Actu.fr, il existe des recours légaux pour qu’une municipalité annule un concert en prenant un arrêté. C’est aussi et surtout le cas pour la préfecture. Mais encore faut-il pouvoir le justifier, via un risque de trouble à l’ordre public, que ce soit une atteinte à la tranquillité publique, à la salubrité publique ou à la sécurité publique.

De son côté, et interrogée par Lille actu, la préfecture du Nord tranche ainsi :

« Les conditions de sécurité et les risques de troubles à l’ordre public seront appréciés à l’approche du concert. »

La préfecture du Nord

Et cela peut concerner tant les possibles débordements et mouvements de foule, que les infractions qui pourraient être commises pendant l’événement. 

Amélie Terrien estime, elle, que ce risque est réel.  » Ce qui s’est révélé dans toutes les affaires, c’est que les agressions avaient lieu dans le cadre de son travail, de ses concerts, en tant que personnalité célèbre. Continuer de programmer ses spectacles, c’est lui donner la possibilité d’avoir accès à de nouvelles victimes. »

Et le Zénith ?

À propos du risque d’une nouvelle infraction, NousToutes interpelle aussi les responsables de la salle de concert. Le collectif reproche au Zénith de « manquer à son obligation d’assurer la protection de ses équipes ». Contactée, une responsable du Zénith admet être dans le flou :

« Bien entendu que si le concert se joue, il y aura des mesures qui seront mises en place. Mais pour le moment, on ne peut même pas se positionner, car on ne sait pas. Il faudrait qu’il y ait une décision préfectorale, mais on n’a aucune information. De notre côté, des coûts financiers ont déjà été engagés. C’est la production qui doit revenir vers nous. »

Une responsable du Zénith de Lille

Dans l’affaire, le Zénith est prestataire pour la société de production de Patrick Bruel, 14 Productions, c’est-à-dire que la salle n’est pas en mesure de maintenir ou non la date. Dans l’hypothèse où le Zénith romprait le contrat unilatéralement, la salle s’exposerait à des poursuites judiciaires immédiates pour non-respect des engagements commerciaux.

La tournée passera au Zénith de Lille en juin 2027.
Le Zénith de Lille pourrait faire l’objet de poursuites en cas d’annulation du concert. ©Photo d’archive/Nathéo DILLENSEGER

Cependant, NousToutes Lille ne l’exempte pas de toute responsabilité.

« Au moment de la signature du contrat, le Zénith devait déjà être au courant des agissements de Patrick Bruel. Dans l’industrie, les gens étaient au courant depuis plus de 30 ans. La moindre des choses serait de se positionner moralement, et de s’engager à ne pas laisser les prochains hommes accusés de la sorte d’être programmés. Et si le spectacle a vraiment lieu, de mettre en place un dispositif pour protéger les équipes qui y travailleront. »

Amélie Terrien, vice-présidente de NousToutes Lille

Le collectif encourage donc celles et ceux ayant une place à ne pas se rendre au concert.

Sa vice-présidente affirme :  » Je sais qu’il y a eu des demandes pour que des personnes qui ne souhaitent plus y aller se fassent rembourser leur place. Pour le reste, c’est important que les gens parlent de l’affaire autour d’eux, qu’ils se mobilisent sur les réseaux sociaux, et qu’ils viennent aux rassemblements. « 

En attendant une possible décision préfectorale ou un désistement de la production, une pétition nationale, en ligne, a été lancée par plusieurs collectifs et associations, pour montrer l’engagement citoyen contre la tournée de Patrick Bruel. À la date du 26 août 2026, elle compte plus de 63 000 signatures.

« C’est important, justifie Amélie Terrien. Elle sert à montrer qu’on est nombreuses et nombreux derrière la cause et qu’elle ne concerne pas seulement un groupe de féministes. »

Robin Verrier

*En attendant toute décision de justice, Patrick Bruel bénéficie de la présomption d’innocence

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