Comment expliquer la violence de ces orages ?

Paul Marquis : La situation de lundi était particulière, on avait de l’air très chaud accumulé tout l’été, avec une dépression arrivée dans le golfe de Gascogne en fin d’après-midi. Cette dépression a apporté de l’air plus froid en altitude, qui est venu se heurter à l’air chaud, créant un conflit de masse d’air important. Cela a engendré des paramètres de tornade extrêmes, quasiment jamais vus en France. Cette dernière a duré une vingtaine de minutes près de Carcassonne, avec une puissance rare, sans doute d’une catégorie EF3 (vents très forts de 250 à 330 km/h Ndlr). Ces orages se sont ensuite déplacés en Paca.

Météo-France : Notre région est particulière, entre la mer et beaucoup de reliefs. Ces éléments ont donné, lundi, des orages très venteux, mais finalement pas très pluvieux. Le phénomène se forme quand le vent tourne sur la verticale, vers le haut. L’air chaud monte et rencontre l’air froid, ce qui crée des courants ascendants et les nuages d’orage, avec, plus couramment que les tornades, de la grêle. Les fortes tornades sont, elles, générées au sein des supercellules. Il s’agit de cellules orageuses très violentes, plus vastes et durables que les cellules orageuses « classiques ».

La présence de vents renforce-t-elle l’intensité des épisodes orageux ?

P.M. : Le vent d’ouest charrie des rafales convectives, qui se produisent à l’avant de l’orage. Celui de lundi était en forme d’arc – un arcus -, ce qui l’a rendu très venteux. On a ainsi atteint 120 km/h à Istres, ce qui est un nouveau record pour un mois d’août. Les rafales ont atteint 103 km/h à Salon-de-Provence, là aussi un record.

Météo-France : Le vent est plutôt une conséquence. Il est ramené d’altitude au sol par les rafales.

Comment expliquer les disparités entre des zones, plus ou moins touchées, au sein d’un même département ?

Météo-France : Le relief joue un rôle, selon que la zone est vallonnée ou non, ces éléments perturbent le vent. Ainsi, d’habitude dans le Sud, les phénomènes sont surtout pluvieux, les orages vont se bloquer sur les reliefs, peu de temps mais gorgés en eau.

P.M. : C’est la caractéristique même des orages. On peut avoir un orage violent à Istres, qui sera plus classique à Salon et moins fort à Aix. Il connaît des variations selon sa position, son intensité. C’est un phénomène très localisé, pas homogène.

Les épisodes caniculaires successifs de cet été ont-ils joué un rôle ?

P.M. : La chaleur est un carburant des orages. Plus il va faire chaud, plus l’air va être chargé d’humidité. Dès qu’on a un degré de température en plus, on a jusqu’à 7 % de précipitations en plus. La chaleur de cet été va mettre du temps à s’évacuer, ainsi on risque d’avoir encore des dégradations orageuses successives et violentes.

Météo-France : Le sol agrège l’énergie de l’air chaud, il peut monter à 60 degrés, voire plus. Quand de l’air froid arrive au-dessus, toute cette énergie peut se libérer. La canicule est un facteur aggravant.

Les étés futurs s’annonçant plus chauds, risque-t-on d’être confrontés davantage à ces phénomènes ?

Météo-France : Les signaux actuels évoquent des phénomènes plus précipitants. On peut dire que les phénomènes pluvieux seront plus intenses.

P.M. : Avec des étés caniculaires, on verra plus d’orages violents en fin d’été et en automne. La mer va chauffer, c’est un élément probant pour renforcer les orages.