Par

Antoine Blanchet

Publié le

26 août 2026 à 18h32

Chemises blanches rentrées dans le pantalon et coupe de cheveux sans reproche. Assis sur les bancs du tribunal de Paris, les deux hommes détonnent. Leur regard soucieux trahit une certaine nervosité. Il faut dire qu’ils aimeraient être ailleurs. Quelques jours auparavant, ils avaient atterri à Roissy depuis Delhi pour un congrès d’envergure avec de juteux contrats en perspective. Les voici dans la chambre des comparutions immédiates ce mardi 25 août 2026. Leur patron apparaît dans le box des prévenus. Sa tenue est beaucoup moins soignée que celle de ses collaborateurs. Après deux jours de garde à vue, Lalit S., 61 ans, comparaît pour agression et exhibition sexuelle.

Agression dans une chambre d’hôtel

Dans la nuit du 22 au 23 août 2026, Tristan* gère seul la réception d’un hôtel quatre étoiles situé en plein coeur de Montmartre. Vers deux heures du matin, un client se présente. Dans un état alcoolisé, il cherche les toilettes pour uriner. Selon l’employé, l’individu touche son sexe à plusieurs reprises lors de l’échange.

Ce n’est que le premier acte. Peu après, le client revient voir Tristan. Il lui explique qu’il y a un problème de climatisation dans sa chambre et remonte. Le jeune réceptionniste se rend donc dans la chambre avec un ventilateur de remplacement. Sur place, il tombe sur le prévenu en sous-vêtement. Selon l’employé, Lalit S. l’aurait empêché de sortir une fois l’appareil installé. C’est là que le businessman aurait touché le sexe de la victime et pris sa main pour la poser sur son propre sexe avant de lui proposer une fellation mutuelle. Le prévenu se serait ensuite masturbé avant d’éjaculer sur la main du jeune homme. « Demain sera un autre jour. On pourra reprendre », lui aurait dit l’agresseur.

Complètement sonné par cette scène qu’il raconte, Tristan entre dans un état de panique. Il décide tout de même de déposer plainte. « Aujourd’hui, j’ai du mal à dormir et pas mal de migraines. Je me sens pas prêt à reprendre mon poste », déclare Tristan à la barre ce mardi. Un expert psychiatre, qui a diagnostiqué un syndrome post-traumatique, estime le préjudice psychologique de la victime à neuf jours d’incapacité totale de travail.

Une incompréhension selon le prévenu

« Je me sens perdu ». Dans le box en verre, Lalit S. n’est pas comme un poisson dans son bocal. Après la plainte de la victime, il a été interpellé dans sa chambre d’hôtel. Directeur technique de son entreprise, il était venu dans l’espoir d’engranger des bénéfices. « J’ai subi beaucoup de stress pour que cette conférence se passe bien », affirme-t-il.

Alors qu’il était censé convaincre d’investir, le voici à tenter de convaincre de son innocence. Aidé d’une interprète en langue anglaise, le sexagénaire fait son propre récit de la soirée devant les juges. S’il reconnaît avoir bu quatre verres de gin et vodka avant les faits, tout serait une incompréhension. « J’ai des problèmes d’incontinence », évoque-t-il pour justifier la main sur le sexe lors de sa venue à la réception.

Dans sa version, le huis clos sordide dans la chambre ne l’est plus. « Il est allé installer le ventilateur et je suis allé dans la salle de bains pour me changer », tente-t-il d’expliquer. Il réfute toute masturbation et toute éjaculation. Lors de la courte enquête, aucune trace s’apparentant à du sperme n’a été constatée par les policiers. Le seul contact avec la victime serait une main posée sur l’épaule pour le remercier de l’installation.

Parole contre parole

Malgré la présence d’une traductrice, l’échange n’est pas simple entre le prévenu et les juges. Le businessman semble ne pas tout comprendre de la procédure pénale d’urgence. « C’est de moi que vous parlez ? », s’étonne-t-il lorsque le président lit son expertise psychologique, qui ne détecte ni abolition, ni altération du discernement. « Il y a eu des difficultés avec l’interprète en garde à vue. On a l’impression dans le dossier qu’il ne nie pas tout, mais ce n’est pas le cas », tient à préciser son avocate Me Laura Ben Kemoun durant l’audience.

« Je sais qu’il n’y a pas de preuve irréfutable, mais le faisceau d’indice est là », affirme  l’avocate de Tristan, qui évoque la vidéosurveillance de l’hôtel, où les allées et venues du prévenu à la réception sont constatées, sans que l’on identifie clairement un acte d’onanisme. « Il était tétanisé », maintient la pénaliste en parlant de son client, pour qui elle demande un renvoi sur intérêts civils afin de déterminer les dommages et intérêts.

Le procureur va dans le même sens. Il s’appuie aussi sur l’expertise psychiatrique de la victime. « On se demande pourquoi le réceptionniste inventerait cette histoire. Il bosse là. Il n’a aucun lien avec le prévenu. Sa version est claire et circonstanciée », argue-t-il. Il demande une peine lourde, mais qui prend en compte le casier vierge de Lalit S.. Une peine de 18 mois de prison avec sursis est requise. Au vu de la bonne situation financière de l’intéressé, le magistrat souhaite aussi une amende de 40 000 euros.

Trois mois de prison ferme

« Ce profil, il ne correspond pas au dossier », martèle de son côté Me Ben Kemoun. Dans sa plaidoirie, elle met en avant l’absence d’éléments tangibles. « On aimerait être une souris pour savoir ce qu’il s’est passé, mais le dossier est trop léger. Comment vous allez pouvoir prendre une décision ? ». poursuit-elle. Dans le box, Lalit S. est en larmes. « Je n’ai même pas pu contacter ma famille », avait-il dit lors de son interrogatoire.

Dans sa décision, le tribunal va aller plus loin que les réquisitions. Bien que relaxé des faits d’exhibition, le sexagénaire est condamné à trois mois de prison ferme avec mandat de dépôt. Il sera donc entre quatre murs lors du départ de son avion. Il écope aussi d’un an de prison avec sursis. Une interdiction de contact avec la victime et de se rendre à l’hôtel du 18e arrondissement pendant trois ans a aussi été prononcée. Selon nos informations, l’homme d’affaires a d’ores et déjà fait appel de cette décision.

*Le prénom a été modifié

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