Par
Romane Rousseau
Publié le
26 août 2026 à 16h56
Un calvaire. C’est ce que subissent quasiment quotidiennement les habitants du quartier du Blosne, vivant à proximité du parc rue de Hongrie, à Rennes. Déchets, nuisances jusque tard dans la nuit, « sentiment d’insécurité »… Les incivilités persistent et se multiplient dans ce secteur de Rennes. Les habitants se serrent les coudes pour pallier ce problème, mettant en place des initiatives pour redorer cet espace vert.
Du bruit « jusqu’à 2 ou 3h du matin »
Alexis vient d’emménager avec sa petite amie dans un immeuble près de ce parc derrière le Triangle, à la mi-août. « Notre appartement est nickel. On a un très joli balcon qui donne sur le parc. On l’a acheté avec la sueur de notre front, et on ne peut même pas en profiter… »
En effet, l’espace vert ne ressemble en aucun cas « à ce qu’on imaginait de ce parc ». « Il y a des gens qui hurlent, ça commence parfois à 16 h pour finir à 2-3h du matin », glisse Alexis à la rédaction d’actu Rennes.
« Avec les dernières chaleurs, on ne pouvait pas laisser les fenêtres ouvertes ou aller sur le balcon. »
Alexis
Michel, sans-abri, dort lui dans le parc depuis deux mois. « Les personnes, qui peuvent être jusqu’à une dizaine, font du boxon parfois jusqu’à 5-6h du matin, regrette-t-il. Je ne dors plus. »
« Si tu ne te fais pas respecter, tu te fais bouffer »
Pour Michel, le bruit n’est pas la seule raison de son manque de sommeil. Il y a aussi l’insécurité. « Ici, c’est l’anarchie. Si tu ne te fais pas respecter, tu te fais bouffer. » L’homme de 58 ans, qui peut difficilement marcher suite à un accident de travail à son pied gauche, s’est en effet vu « broyer et piquer son téléphone ». « Je fais attention à ce qu’ils ne me tombent pas dessus », regrette-t-il.
Si la présence de trois caméras à proximité, à l’extérieur du centre culturel du Triangle, peut dissuader, « elles ne fonctionnent pas » d’après Michel.
Alexis craint lui aussi pour sa sécurité et celle de sa compagne, malgré les venues de la police. « Les gens peuvent devenir violents. Il y a un cabanon où sont stockés des produits d’entretien à côté, il a été vandalisé plusieurs fois. Ma copine a vraiment un sentiment d’insécurité sur son trajet jusqu’au métro. Il suffit de tomber sur la mauvaise personne au mauvais moment… »
Un parc devenu « une déchetterie »
En plus des nuisances sonores et du sentiment d’insécurité, de nombreux déchets jonchent le sol. Tampons, papiers, canettes, seringues, chaises et même frigo… Le petit carré de verdure s’est vite transformé en « déchetterie ». Dans le petit étang en contrebas, « on retrouve parfois des vélos », précise Alexis.
« Les mecs posent leurs canettes et les mettent partout, ils se fichent des poubelles », râle Michel. Si les services de propreté de la Ville « passent une fois par semaine, tous les lundis », « il faut voir le champ de bataille que c’est le dimanche, juste avant ».
Lors de notre venue, nous avons pu constater une poubelle éventrée et de nombreuses bouteilles et canettes sur le sol. « C’est un champ de ruines », déplore Michel.
Le ras-le-bol d’un collectif d’habitants
Face à ces incivilités, un collectif d’habitants s’est constitué il y a quatre ans « sur le secteur qui comprend le Centre Culturel du Triangle, sa halle et son jardin, et sa proximité, à savoir la rue Andrée-Viollis, la rue de Hongrie, les squares Moravie et Bosnie ».
Dans un communiqué qu’actu Rennes a pu consulter, le collectif évoque son objectif « d’arrêter les incivilités et dégradations que connaît ce secteur ».
« Malgré nos nombreux signalements auprès des autorités compétentes, une pétition largement signée par les habitants remise à la Maire fin 2024 et les nombreuses réunions habitants/police/élus, les problèmes persistent. »
Communiqué du collectif d’habitants
Le collectif se mobilise pour un « quartier convivial, apaisé, ouvert à tous », et invite les personnes « souhaitant participer à cette mobilisation » à « effectuer des signalements aux autorités compétentes ».
Pour nettoyer, « je ne compte pas mes heures »
Pour essayer de « rendre le parc plus potable », quelques initiatives citoyennes se mettent en place. « Pratiquement tous les jours, il y a Joël qui passe pour ramasser les déchets », note Michel. « Je viens tôt le matin, parfois la nuit », explique le concerné, qui se désigne comme « la mascotte du quartier ».
À 78 ans, cet ancien employé de la Ville qui a « encore la pêche » « ne compte pas ses heures » pour nettoyer le parc. « J’aime pas la saleté », répond-il simplement lorsqu’on lui demande pourquoi faire ce décrassage bénévolement. Malgré son bras droit enroulé dans une attelle, il lui est arrivé de « ramasser une cinquantaine de sacs-poubelles ».
Une initiative à laquelle certains habitants du coin prennent également part, plus ponctuellement. Quelque chose que salue Alexis. « Ils nettoient bénévolement tous les jours, mais les gens viennent tout salir après », regrette-t-il. « Tu ramasses aujourd’hui, le lendemain c’est presque pire », ajoute Michel.
« Heureusement qu’ils sont là. Je ne sais pas ce que serait devenu le parc sans eux… »
Alexis
Nouvel habitant près du parc
Fermer le parc la nuit ? Une solution, mais « pas magique »
Mais cette solution ne règle pas tous les problèmes, et reste temporaire. Pour Michel, la solution, même si elle n’est « pas magique », serait de fermer le parc la nuit.
Une proposition que le collectif trouve également pertinente. Celui-ci souhaite même « procéder à la fermeture de la Halle du triangle par une clôture dont l’ouverture serait basée sur les horaires du centre culturel (et donc fermée le soir) ». Mais d’après eux, cette solution « a toujours été rejetée par la Mairie, qui cependant ne propose aucun projet culturel ou associatif pour cette halle ».
Un examen « des aménagements susceptibles d’apaiser l’environnement »
Contactée, la Ville de Rennes indique que « la problématique relative aux nuisances sonores et à l’occupation de l’espace public au niveau de la halle du Triangle a fait l’objet d’une dynamique de concertation approfondie ». Elle précise qu’une « réunion de travail » s’est tenue en juin, afin « d’examiner les aménagements susceptibles d’apaiser l’environnement sonore et de réguler l’accessibilité à la halle ».
« À l’issue de cette réunion, il a été décidé l’extinction de l’éclairage sous la halle pour rendre cet espace moins propice aux regroupements nocturnes. »
Ville de Rennes
« D’autres solutions envisagées » ont été étudiées, « mais ne peuvent être mises en place pour des questions de sécurité ou d’incompatibilité avec les activités du Triangle en soirée (évacuation, défense incendie) : barrières, grilles fixes, blocs de pierre ».
La Ville a tenu à préciser que la période estivale « s’est caractérisée par une moindre sollicitation concernant les troubles de voisinage ». « Cette observation est corroborée par les échanges avec la Police nationale, qui partage un constat similaire. »
« Des passages sur site sont toutefois régulièrement réalisés par la police municipale, qui fait cesser les infractions constatées lorsqu’elles se présentent. »
Ville de Rennes
Un signalement aurait été reçu mercredi 19 août « au niveau des Col Verts et a été traité conformément à la procédure établie. Une réponse rapide a été apportée et les équipes de terrain ont effectué des passages », conclut la mairie.
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