Dans une tribune publiée par Les Échos, le directeur général adjoint de France Télévisions chargé des offres et de la stratégie éditoriale, Stéphane Sitbon-Gomez, plaide pour une refondation du rôle du service public audiovisuel, alors que le secteur reste marqué par les suites de la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public.

Le constat de départ est celui d’une fragmentation durable des usages. Selon Stéphane Sitbon-Gomez, la multiplication des canaux, l’éclatement des pratiques de consommation et le poids croissant de la recommandation algorithmique ont mis fin à la fonction de miroir collectif que remplissait autrefois la télévision généraliste. Le spectateur, écrit-il, a cédé la place au fan, chacun accédant désormais à un univers de contenus ajusté à ses préférences plutôt qu’exposé à une offre commune. Cette évolution, qu’il juge irréversible, pose selon lui une question de fond sur l’espace public que la société souhaite encore se donner, à l’heure où la place des médias publics fait l’objet d’un débat national.

Réinventer les conditions de l’universel

Stéphane Sitbon-Gomez ne conteste pas la logique d’affinité qui structure aujourd’hui la consommation de contenus, et reconnaît que le public est passé d’une position où il subissait l’offre à une situation où il la choisit. Il estime toutefois que cette transformation a fait perdre à la télévision une part de sa fonction fédératrice, les grands rendez-vous collectifs, qu’il s’agisse d’une compétition sportive internationale ou d’un débat politique majeur, étant devenus rares précisément parce qu’ils ne sont plus la norme.

Face à ce constat, le dirigeant de France Télévisions ne préconise pas un retour en arrière mais une reformulation du rôle du service public : selon lui, celui-ci porte une « responsabilité singulière : assurer cette rencontre universelle sans nier la diversité des publics ». Il oppose cette mission à celle des plateformes commerciales, qu’il juge structurellement incitées à entretenir la logique d’enfermement affinitaire plutôt qu’à s’en émanciper, tout en reconnaissant que les médias privés contribuent, par ailleurs, au pluralisme de l’offre.

La tribune s’inscrit dans un contexte de tension pour l’audiovisuel public, après les débats suscités par les travaux de la commission d’enquête parlementaire sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public. Le rapport de cette commission, rédigé par le député Charles Alloncle et précédé d’un avant-propos du président de la commission, Jérémie Patrier-Leitus, avait été adopté fin avril par les députés membres de la commission avant sa publication.

Stéphane Sitbon-Gomez conclut son raisonnement en appelant à repenser le pluralisme non plus comme un principe de débat démocratique circonscrit, mais comme un principe d’organisation plus large de la société, capable de répondre aux effets des biais algorithmiques sur la circulation de l’information.