Par
Marie Tournier
Publié le
27 août 2026 à 6h32
Depuis ce 31 juillet 2026, les Bordelais ont vu le début de la rue du Parlement-Saint-Pierre transformé. La façade noire du bar à vin Voilà, présent depuis plus de dix ans, a été remplacée par la couleur terra cotta avec écrit en grosses lettres : Daronnes. Ce nouveau restaurant est la « folle aventure » d’Aline Potier, 52 ans. Cette ancienne DRH, originaire de Lorraine et installée depuis 2020 à Talence, a décidé de réaliser son rêve et d’ouvrir son restaurant. « Dès que ma mère m’a dit qu’elle se lançait, j’ai dit, j’en suis », déclare son fils Théo qui cuisine avec elle depuis qu’il a deux ans. C’est ensemble qu’en seulement deux mois et demi, ce duo familial s’est lancé dans la restauration, alors qu’il n’y connaissait rien. Du rêve à l’ouverture, ils racontent.
Un hommage aux daronnes
« Je me suis dit c’est maintenant », déclare Aline. Après une expérience en DRH peu agréable et ses trois enfants assez grands, les voyants étaient au vert pour se lancer dans l’aventure. Le nom des Daronnes est apparu comme une évidence car Théo l’appelle comme ça depuis toujours. Mais il y a une subtilité dans le pluriel du nom. Le s, « c’est pour raconter toutes les mamans, car elles et la cuisine c’est une grande histoire », explique la gérante.
Le duo n’y connaissant rien à la cuisine, il s’est inspiré de comment ils la faisaient chez eux, en famille. « Notre envie, c’est de faire plaisir, de créer un espace où les tables sont rapprochées pour que les gens discutent », raconte Aline. Théo renchérit : « La dernière fois, il y a des clients qui ont fini par se payer des coups. C’est ce qu’on veut retranscrire, les grandes tablées avec les enfants de partout, comme chez nous. »
Cette « simplicité » se retrouve aussi dans la cuisine. Tout est fait maison et avec des produits frais, « on y tient ». « On fait avec ce que l’on a dans le frigo, tout en évitant le gaspillage. Par exemple, on avait trop d’abricots. Joy, notre cheffe, en a fait un ketchup et c’était délicieux », narre Théo qui est à la fois commis, chargé de com et au service.
Une famille qui s’est agrandie
La carte amenée à changer en fonction des saisons est le résultat du mélange d’idées entre Aline, Théo et Joy. Cette jeune cheffe s’est reconvertie il y a trois ans. De l’architecture, elle est passée derrière les fourneaux. Après sa formation, elle a travaillé à la cuisine de Vivien aux Halles de Talence. C’est là où la rencontre du trio s’est faite. Habituée de l’endroit, Aline prend son contact, ayant son projet en tête depuis un moment.
Cependant, Aline a dû convaincre Joy qui est « de base anxieuse ». « Au-delà des arguments avancés, c’était la façon d’être qui m’a rassuré. Elle a fait son chant de flûte et j’étais son serpent », plaisante Joy, originaire de Bordeaux.
« Chaque lieu a son histoire. Le fait de faire un restau en famille, tout en simplicité, on ne retrouve pas ça partout. C’est une aura. On n’est pas un énième concept », déclare la cheffe qui a très vite été considérée comme un membre de la famille. « Avec ma mère, on est la même personne. On a à peu près les mêmes goûts et avec Joy c’est la même chose », explique Théo.
« Les moyens de consommation évoluent »
Après deux mois et demi de travaux et 100 000 euros investis, le projet prend forme. Le jour de l’ouverture a pourtant été rocambolesque. « À 17 h, il y avait encore le peintre. 30 minutes avant, on était encore en train de visser la dernière table et le passe-plat a lâché pour l’ouverture », se remémore Aline. Un début sur les chapeaux de roues pour une période qui était déjà difficile.
« C’est sûr qu’avec la canicule et les incendies, ça n’a pas été facile », explique-t-elle. Cependant, les premiers retours sont bons. C’est dû à leur cuisine « qui n’est pas monolithique » certes, mais c’est surtout grâce au mode de consommation.
« Les moyens de consommations évoluent. Certains ne veulent plus du classique entré, plat dessert. Aujourd’hui on veut pouvoir partager, tout goûter. Ça permet de se poser plein de questions », explique Aline. « Dans certains restaurants, j’aimerais tout goûter mais le prix et la quantité ça m’en empêche », complète Joy du même avis.
Le restaurant ouvert de 17 h à minuit veut développer son côté after work. « Moi, j’en avais marre d’avoir que des chips ou des cacahuètes à grignoter, quand on sortait du travail avec les collègues », explique Aline. C’est un des axes qu’elle veut développer avec le restaurant qu’elle espère devenir un véritable lieu de vie, avec des soirées karaokés et de diffusion des matchs de l’UBB, pour cette famille « fan de rugby ».
Aucun regret depuis le lancement
Même si la conjoncture actuelle rend frileux les nouveaux entrepreneurs, Aline s’en moque. « Si j’avais regardé tous les inconvénients à ouvrir un restau, j’aurai jamais ouvert », déclare cette « grande optimiste ». Elle est dans tous les cas soutenus par les autres membres de la famille fiers d’elle. Ses filles viennent par ailleurs avec leurs copines et font la pub made in Famille Potier.
La famille va par ailleurs encore s’agrandir, car la petite amie de Théo, Charlotte, diplômée en hôtellerie-restauration, arrive en septembre pour le remplacer au service. Théo est ravi. Mais ce qui l’enthousiasme le plus, c’est de voir sa mère aussi heureuse. Il ne l’avait jamais vue comme ça auparavant. Ce que le père de famille a confirmé lorsque le couple était en vacances : « Ça faisait longtemps que je ne t’avais pas vu aussi contente de retourner au boulot. »
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