La politique scientifique de Donald Trump produit un effet inattendu de l’autre côté de l’Atlantique. Depuis son retour à la Maison-Blanche en janvier 2025, la communauté scientifique américaine subit une pression croissante. Des universités de premier plan, comme Columbia, ont vu une partie de leurs financements fédéraux suspendue ou menacée. Face à cette situation, la France et l’Union européenne ont rapidement construit une offre destinée à attirer les chercheurs les plus fragilisés.
Une initiative lancée dès mai 2025
Le 5 mai 2025, Emmanuel Macron lance à la Sorbonne l’initiative « Choose Europe for Science », avec le soutien de la Commission européenne, présidée par Ursula von der Leyen. Son objectif est d’inciter les chercheurs et entrepreneurs scientifiques du monde entier à choisir l’Europe pour poursuivre leurs travaux. Le même jour, la France dévoile son propre volet national, « Choose France for Science », doté d’une enveloppe de 100 millions d’euros dans le cadre du plan France 2030. Au niveau européen, l’initiative s’appuie sur plusieurs instruments de financement et de mobilité. Les actions Marie Skłodowska-Curie, qui soutiennent plus largement la mobilité des chercheurs en Europe, disposent de plus de 1,25 milliard d’euros en 2026, tandis que l’enveloppe spécifique de Choose Europe atteint désormais près de 900 millions d’euros, contre 500 millions annoncés initialement en mai 2025.
Les premiers résultats concrets sont annoncés le 4 février 2026. Le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace annonce la sélection de 46 scientifiques dans le cadre de « Choose France for Science », après examen de 119 candidatures. Parmi eux, 41 arrivent des États-Unis, dont 19 de nationalité américaine et 13 Français de retour au pays. Les lauréats travaillent notamment sur le climat, la biodiversité et les sociétés durables, un domaine qui concentre 37 % des projets, ainsi que sur la santé et les sciences du vivant, qui en représentent 30 %.
Aix-Marseille, deuxième pôle d’accueil derrière le CNRS
Plusieurs établissements français se sont positionnés très tôt sur ce dossier. Aix-Marseille Université avait ainsi préparé dès 2025 son propre dispositif, baptisé « Safe Place for Science », avec un premier appel à candidatures clos le 31 mars 2025, avant d’en annoncer le lancement officiel le 11 mai 2026. Ce programme peut mobiliser jusqu’à 15 millions d’euros sur trois ans pour accueillir une quinzaine de chercheurs. Avec douze chercheurs accueillis parmi les 46 premiers lauréats nationaux, Aix-Marseille Université s’impose comme le premier établissement universitaire d’accueil, derrière le CNRS, qui en accueille quinze. Parmi les profils recrutés figurent Zhongkai Tao, mathématicien spécialiste notamment de théorie spectrale et d’analyse microlocale, installé à l’Institut des hautes études scientifiques à Paris, ou encore Matthias Preindl, ancien professeur à l’université Columbia, désormais recruté par CentraleSupélec pour travailler sur l’électronique de puissance appliquée à la mobilité électrique.
D’autres établissements ont suivi ce mouvement, parmi lesquels l’Université Paris Sciences et Lettres, l’université de Toulouse et l’université Paris-Saclay. Dans un sondage réalisé par la revue Nature en mars 2025, plus de 1 200 scientifiques parmi environ 1 600 répondants basés aux États-Unis déclaraient envisager de quitter le pays. Ce chiffre illustre l’ampleur du vivier potentiel que la France et ses partenaires européens cherchent à capter, sans qu’il ne préjuge du nombre de départs effectifs. La géographie des recrutements reste par ailleurs concentrée, l’Île-de-France et la région Sud regroupant une large part des chercheurs accueillis, à l’image d’Alka Patel, chercheuse américaine spécialiste d’architecture accueillie à Aix-Marseille.
Une compétition internationale pour les talents
Cette dynamique s’inscrit dans une compétition plus large entre puissances scientifiques. La France n’est d’ailleurs pas seule engagée dans cette course : en janvier 2026, la Commission européenne recensait déjà 101 dispositifs nationaux et régionaux destinés à attirer, retenir ou développer les talents scientifiques à travers le continent. Pour la France, l’enjeu dépasse le seul soutien à des chercheurs en difficulté. Il s’agit de renforcer durablement des domaines jugés stratégiques, dans un contexte où plusieurs pays européens rivalisent désormais pour attirer les meilleurs profils.