Recrue phare de l’intersaison à Bayonne, Léo Coly (26 ans) est de retour dans la région où il a grandi. En milieu de semaine dernière, avant de disputer son premier match avec l’Aviron contre le BO, le numéro 9 a accepté de se confier avec sincérité. Pendant une grosse demi-heure, il est revenu sur les quatre saisons passées à Montpellier et s’est projeté sur ce nouveau défi au Pays basque.
Vous avez signé à Bayonne il y a plus d’un an. Qu’est-ce qui vous a motivé à vous engager aussi tôt ?
Pour être honnête, cela faisait un moment que je savais que j’allais rentrer dans le Sud-Ouest. Je suis très attaché à cette région. Bayonne est un club qui m’a fait souffrir, plus jeune, avec une finale compliquée contre eux (en 2022, N.D.L.R.), mais au fond de moi, je savais que ce n’était pas une histoire finie et qu’un jour, j’aurais peut-être la chance de retrouver un club de ce calibre, avec autant de ferveur ou de passion. Quand le projet s’est présenté à moi, je n’avais pas d’autre choix que d’accepter. Je pense que j’avais un besoin viscéral d’être aux alentours du Sud-Ouest, où il y a ma mère, dont je suis très proche, ma famille et mes meilleurs amis. Je vois le rugby comme une passion, même si c’est mon boulot, et pour être heureux sur le terrain, il faut être heureux chez soi pendant la semaine. Il faut se sentir au bon endroit.
N’étiez-vous pas heureux à Montpellier ?
Il y a plusieurs facteurs qui font que je ne me sentais pas à ma place. Être malheureux, ce n’est pas ça. Je suis rugbyman professionnel, je gagne ma vie, je jouais presque tous les week-ends, à part quand j’étais blessé… Mais j’ai besoin de sentir que je suis au bon endroit et peut-être qu’à Montpellier je ne me sentais pas à ma place, pas au bon endroit et je n’ai rien contre le club.
C’est-à-dire ?
C’est dur à expliquer… Je n’étais pas à ma place (sourire).
Est-ce particulier de faire une dernière année dans un club tout en sachant, dès juillet, qu’on le quittera douze mois plus tard ?
Honnêtement, pas du tout. Le rugby, c’est notre boulot. Je l’ai très bien pris et ça m’a libéré d’un poids. J’étais plus heureux, plus détendu et content de bien finir la saison.
Quel regard portez-vous sur votre dernière année à Montpellier ?
J’étais dans un rôle un peu différent, celui de remplaçant de luxe, vu que je pouvais jouer 9 et 10. Je l’ai pris à cœur, je savais que c’était la saison que j’allais vivre. Je me suis amusé et j’ai essayé de bien finir les matchs.
Auriez-vous aimé attaquer davantage ?
Oui, mais quand un mec annonce un an à l’avance qu’il va partir de ton club, et avec qui les relations ne sont pas forcément les meilleures, je comprends qu’on te mette sur le côté.
Y avait-il des problèmes entre le staff ou la direction et vous ?
Avec la direction, tout allait bien. Le staff aussi. C’est juste que, des fois, comme dans chaque travail, il y en a qui ne sont pas d’accord sur certaines choses. À partir de là, quand les choses sont dites, qu’elles sont claires, il n’y a pas de souci.
Les divergences concernaient-elles votre vision du rugby ?
Il y avait un peu de tout… La vision du rugby, la façon d’appréhender les semaines, les matchs.

Léo Coly a marqué un essai en finale de Top 14.
Icon Sport – FEP
L’année dernière a été riche sur le plan sportif à Montpellier. Comment l’expliquez-vous ?
Des joueurs dans le groupe, comme Billy Vunipola, Florian Verhaeghe ou Domingo Miotti, qui fait la saison de sa vie en Top 14, ont eu un impact incroyable. Quand toutes les planètes sont alignées, cela crée des saisons comme celle-là.
Plus globalement, quel regard portez-vous sur les quatre ans que vous avez passés dans l’Hérault ?
Ça a été formateur. J’ai grandi en tant que garçon et homme. J’ai rencontré de très bons amis. Pour être honnête, on va dire que ce n’était pas la meilleure expérience de ma vie. Je ne m’attendais pas à ça mais personne ne m’a mis le couteau sous la gorge pour signer là-bas. J’ai fait ce choix en mon âme et conscience. Je ne peux pas dire que je le regrette aujourd’hui, parce que ça m’a formé, ça m’a appris plein de trucs sur les personnalités, le caractère des êtres humains. Maintenant, je suis content de rentrer ici pour montrer ce que je vaux, vraiment.
Vous dites que vous ne vous attendiez pas à cela. Pouvez-vous développer ?
Il y avait le fossé géographique. Ensuite, en quatre ans, j’ai connu six staffs. C’est bizarre à appréhender, je n’avais jamais connu ça avant. J’ai aussi eu beaucoup de blessures. Je pense que j’ai beaucoup somatisé. Je ne me sentais pas vraiment bien dans mes baskets. C’est un cercle vicieux. Quand tu n’es pas bien dans ta tête, ton corps ne va pas bien non plus. Je n’ai jamais pu vraiment enchaîner…
Montpellier, tu y vas, tu laisses des plumes. C’est un club marquant parce qu’il s’y passe des choses. Ce n’est pas linéaire, il y a toujours des bombes qui explosent
Y a-t-il des clans à Montpellier ?
Non, il n’y en a plus du tout. Il y a un très bon groupe.
Quels ont été les souvenirs positifs marquants lors des quatre saisons ?
Les amitiés avec la plupart des mecs du Sud-Ouest car à la fin, c’est ce qui reste (sourire). Sur le rugby, la dernière saison a été prolifique avec un titre de Challenge Cup et la phase finale de Top 14.
Quid des moments plus délicats ?
Il y a eu beaucoup de remises en question, des blessures. Quand tu n’es pas bien dans ta tête, ton corps te dit stop, il lâche. Sur la deuxième saison, on joue l’access match, on change de staff en pleine année, on n’arrive pas à gagner un match. C’était vraiment la sinistrose.
On a la sensation que vous avez tout connu à Montpellier, non ?
Oui. Comme j’avais dit dans une interview, c’était un peu rock ‘n’ roll. Montpellier, tu y vas, tu laisses des plumes. C’est un club marquant parce qu’il s’y passe des choses. Ce n’est pas linéaire, il y a toujours des bombes qui explosent, des retournements de situation. C’est ça aussi qui est beau. Tu ne peux pas t’endormir sur tes lauriers car tu ne sais pas ce qui va arriver la semaine d’après.
En quoi le MHR a-t-il changé le joueur que vous êtes ?
Mentalement, j’ai progressé en me concentrant plus sur ma performance sans m’occuper de ce qui se passe à côté, des autres.
Et techniquement ?
Je n’ai pas l’impression d’avoir progressé.

Après quatre ans à Montpellier, Léo Coly a décidé de rejoindre l’Aviron cet été.
Midi Olympique – Pablo ORDAS
N’est-ce pas sévère comme constat ?
Peut-être… Enfin, j’ai progressé en défense. Avant, je trouvais que ça ne servait à rien, pour un demi de mêlée. Je voulais juste attaquer. À Montpellier, j’ai eu la chance de connaître de très bons entraîneurs de la défense. Ils m’ont fait changer de vue sur ce domaine. J’apprécie, maintenant, ce secteur, j’aime voir la stratégie défensive. Des mecs m’ont donné l’amour de la défense, de son organisation. Après, sur mon évolution au poste de 10, j’ai pu voir ce que j’attendais des 9. Enfin, à Montpellier, on usait pas mal du jeu au pied, donc je pense avoir progressé sur mon jeu au pied de pression et d’occupation.
Diriez-vous que vous avez régressé globalement ?
Non, mais il y a quatre ans, j’étais en vitesse quatre. Là, je suis passé en vitesse une. Avec les blessures pendant quatre saisons, c’est dur de s’entraîner dur, d’évoluer. Je suis sur un plateau de progression, j’attends le rebond.
Êtes-vous déçu des années dans l’Hérault ?
Non car il y a toujours quelque chose à retirer mais ce n’est pas ce à quoi je m’attendais en partant de mon petit village de Mont-de-Marsan. Mon chemin est comme ça, c’était de l’apprentissage, j’ai dû passer par quatre années un peu galères et je regarde ce qui va m’arriver devant.
En voulez-vous à quelqu’un ?
Non, pas du tout. Aucune rancune. Ce n’est pas vis-à-vis du club ou des personnes en place. C’est juste que je ne me sentais pas bien dans cet environnement ou dans ce club. C’est purement personnel.
Ressentez-vous les attentes liées à votre arrivée à Bayonne ?
Oui, mais ça ne me met pas la pression. Les gens, ici, sont juste contents qu’un mec originaire du Sud-Ouest revienne dans le coin. Moi aussi, je suis le plus heureux de revenir, surtout que l’on a eu une histoire un peu particulière avec l’Aviron.

Léo Coly en finale de Pro D2 2022 avec le Stade montois.
Icon Sport
Vous faites, ici, référence à la saison 2021-2022. Qu’en gardez-vous, justement ?
Au début, j’étais très triste de cette finale perdue. On en prend quarante-neuf. Tu as beau faire le beau toute la saison, c’est à la fin que ça compte. Malgré tout, cette saison avait été géniale. Nous avions un groupe et des coachs extraordinaires. Tout nous réussissait. La ville s’était identifiée à nous, il y avait un engouement énorme autour du club. C’était vraiment magnifique. Tout roulait, il y avait des thèmes pour chaque bloc…
Dont un sur la Casa del Papel, qui avait fait beaucoup réagir à Bayonne…
C’était un truc en interne. On avait un délire avec le staff qui nous avait dit : “Si vous gagnez à Bayonne, on se déguise en Casa del Papel et on descend sur le terrain. » Eux-mêmes étaient persuadés qu’on ne gagnerait jamais. Au final, on l’avait emporté avec la manière, ça avait fait jaser, mais nous n’avions pas fait ça pour chambrer l’Aviron. C’était pour notre groupe et nous faire évoluer en tant qu’équipe.
Venez-vous à Bayonne pour jouer demi de mêlée ou également ouvreur ?
Je veux m’installer plus en 9, même si j’ai la chance de pouvoir évoluer à l’ouverture. Je peux être une solution de dernier recours mais ce n’est pas un poste auquel je rêve de jouer. Je m’amuse quand j’y suis car j’ai beaucoup de détachement. Je sais qu’il y a moins d’attentes en 10, je joue au feeling, mais je veux surtout continuer ma progression en 9.
Au final, c’est à Montpellier que vous avez vraiment développé cette polyvalence, non ?
Lorsque j’étais petit, à Biscarrosse, j’ai un peu joué 10 mais à la base j’ai commencé en 9. Avant d’arriver à Montpellier, je n’avais joué qu’une fin de match en 10. Au MHR, c’est Vincent Etcheto qui m’a fait passer à l’ouverture avec Patrice Collazo. À l’entraînement, il m’avait mis en 10 car nous avions eu deux ou trois pépins. Il était venu me voir pour me dire : “Tu as quelque chose en 10, ce n’est pas mal !” Je lui avais répondu qu’à l’entraînement, c’était facile, qu’en match, ça ne serait pas pareil.
Quelle relation aviez-vous avec Vincent Etcheto ?
Avec lui, c’était top ! Un mec du Sud-Ouest, super bonnard, avec une vision du rugby très folklorique. Il a apporté un peu de joie, même si nous étions dans une période où on avait besoin de restreindre le jeu, où on devait se retrouver sur certaines valeurs. J’ai adoré Vincent. Il avait toujours le sourire. Je me suis régalé avec lui.
Que gardez-vous de ce staff pour le moins étonnant, avec que des gros noms ?
(Il rigole) C’était n’importe quoi ! C’est le troisième changement de staff, nous sommes convoqués un dimanche matin. On voit tous les fantastiques arriver : Patrice Collazo, Nash (Christian Labit), « Etchet », Antoine Battut, Bernard Laporte. Là, on s’est dit : « Wow, il y a du caractère !” Ça n’a pas manqué. Cette année-là, il y avait des étincelles mais ils ont été tops avec nous. Ils ont rempli leur mission à fond. Ils étaient venus pour maintenir le club, c’est ce qu’ils ont fait.
Revenons sur Bayonne. En signant ici, avez-vous l’ambition d’enfin devenir un numéro un dans un club de Top 14, à la mêlée ?
Oui, mais je ne suis pas du tout venu dans cette optique de dire : “Il faut que je sois numéro un.” Je veux juste jouer mon rugby et m’éclater. Si je joue à mon meilleur niveau, je peux apporter à l’équipe. J’ai juste envie de me régaler, de prendre du plaisir et repartir sur de bonnes bases.

Léo Coly avec Bayonne face à Biarritz.
Icon Sport
Comment définiriez-vous le plan de jeu bayonnais ?
C’est un jeu très ambitieux mais on a envie de repartir sur une mentalité un peu plus guerrière, d’être un peu plus des chiens de la casse. Au niveau du rugby, il n’y a que des joueurs de ballon. J’ai été impressionné, lors des premiers entraînements, de la vitesse du jeu, de la qualité des mecs offensivement. Je suis très impatient.
La saison dernière a été compliquée ici. Avez-vous trouvé un groupe traumatisé ?
Non, du tout. Il avait envie de travailler dur pour ne pas reproduire les erreurs du passé. Il était plutôt confiant, impatient et avait envie de montrer un nouveau visage.
Pour finir, qu’est-ce que Gerard Fraser, l’entraîneur principal de l’Aviron, attend de vous cette saison ?
Il attend une tête froide dans les moments chauds, que je m’intègre bien avec les mecs et que, petit à petit, je prenne un peu de place dans ce groupe…