Par

Manon Reinhardt

Publié le

27 août 2026 à 15h06

C’est avec stupeur que Mourad a découvert le courrier qui lui a été adressé par la préfecture des Alpes-Maritimes. Ce gérant de restaurant à Villeneuve-Loubet est sommé de cesser son activité commerciale et de rendre les clés de son établissement d’ici le mois d’octobre. Par un arrêté, l’État redéfinit la limite du domaine public maritime en tenant compte de l’évolution du littoral et de la montée de l’eau. Au total, quatre établissements sont concernés.

« On nous a informés que l’on avait 4 mois pour partir »

Un véritable coup de massue. Depuis juin dernier, Mourad Bouzaiane, gérant des restaurants 712 Beach et Raani en bord de mer à Villeneuve-Loubet, travaille avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête.

Car la parcelle privée sur laquelle sont installés ses établissements est tombée dans le domaine public, par arrêté préfectoral le 31 mars dernier. La cause ? Une redéfinition de la carte maritime en raison de l’érosion côtière.

Quatre restaurants, aussi le Beach Klubber et le Mombasa, doivent plier bagage. « On nous a informés que l’on avait 4 mois pour partir, qu’il fallait rendre les clés », retrace Mourad Bouzaiane auprès d’actu Nice.

Le restaurant 712 Beach situé en bord de plage est concerné par la nouvelle carte maritime.
Le restaurant 712 Beach situé en bord de plage est concerné par la nouvelle carte maritime. (©Archives / Fabien Binacchi / actu Nice)

L’entrepreneur rembourse un crédit 160.000 euros et a investi près de 350.000 euros. Et il peine à comprendre l’urgence de la situation.

Une consultation publique menée en 2025

Personne n’a compris, C’est complètement démesuré. Où est l’urgence ? S’il y avait un réel danger, je comprendrais. Par rapport aux années précédentes, les coups de mer se sont calmés. On a fait venir un géomètre qui nous a dit qu’il fallait au moins 10 ou 15 ans avant d’être touchés par l’érosion.

Mourad Bouzaiane
Gérant des restaurants 712 Beach et Raani

En colère, l’Azuréen associe cette décision à du « racket ». « On vient, on vous dit que vous devez partir, tout quitter sans indemnité. Si le manque à gagner était compensé, on n’aurait pas ce sentiment d’injustice. »

Une consultation publique a été menée du 3 septembre au 3 octobre 2025. Mais il assure : « On ne s’y attendait pas du tout. Aucun géomètre n’est venu ». Tout comme lui, Sébastien Ballaz, responsable du Mombasa, encaisse la nouvelle.

« On ne comprend pas l’urgence »

On ne comprend pas l’urgence, ni même la décision. On aimerait quand même continuer ne serait-ce que 2 ou 3 ans. La mer est montée de 30 mètres en 40 ans mais on ne demande pas à rester 40 ans de plus. Les clients sont dépités.

Sébastien Ballaz
Responsable du restaurant Mombasa

L’arrêté préfectoral concerne les secteurs des Maurettes et de Vaugrenier. Dans un courrier, la mairie de Villeneuve-Loubet a rendu un avis défavorable à la révision immédiate de la carte du littoral, invoquant la nécessité « de poursuivre les observations ».

La mer se rapproche dangereusement depuis de nombreuses années.
La mer se rapproche dangereusement depuis de nombreuses années. (©Archives / Fabien Binacchi / actu Nice)

La commune estime que l’expertise ne se base que sur « cinq coups de mer », survenus entre 2011 et 2022, « dont deux sont considérés comme revêtant un caractère exceptionnel ».

« Un recul du trait de côte de 30 mètres »

Pour l’heure, une contestation en justice a été lancée. Le parking public des Maurettes devrait lui aussi être détruit.

Sollicitée par notre rédaction, la préfecture des Alpes-Maritimes indique que « les phénomènes croissants d’érosion et de submersion sont irréversibles concernant ces secteurs, avec un recul du trait de côte dans ces secteurs de l’ordre de 30 mètres ces 40 dernières années ».

Cette emprise a mécaniquement tendance à progresser compte-rendu de l’érosion qui frappe le littoral, et de l’augmentation du niveau de la mer, pouvant ainsi parfois incorporer des propriétés privées. Les exploitants et les propriétaires ont été informés dès juillet 2025 de la procédure et ont pu prendre connaissance des éléments les concernant dans le cadre de la participation du public.

Préfecture des Alpes-Maritimes

Ces terrains privés ayant basculé dans le domaine public maritime, les services de l’État rappellent « que les baux commerciaux sont interdits. Les délais de mise en demeure figurant dans les courriers ont été fixés afin de leur permettre d’effectuer la saison 2026 ».

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