Sans vouloir jouer les oiseaux de mauvais augure, Simon Babre, le préfet du Var, ne se montre pas très optimiste par rapport aux épisodes méditerranéens qui pourraient frapper le département dans les prochaines semaines. Il faut dire que tous les voyants sont au rouge. Si, avec 42 jours de canicule, le Var a souffert de la chaleur, il est loin d’être le seul. « Début août, la température de la mer a atteint 33 degrés Celsius à l’est des îles Baléares, un record historique ! », commente le préfet. Or, les pluies diluviennes qui ont provoqué les inondations dramatiques de 2010, ou encore celles de 2025, remontaient déjà des eaux chaudes des Baléares. Dans ce contexte, le représentant de l’État l’affirme : « La rentrée et la fin d’été pourraient être dangereuses pour le département du Var et sa population ».
Face à ce risque majeur que représentent les inondations, risque encore augmenté par le réchauffement climatique, les services de l’État ne restent bien évidemment pas les bras croisés. Ainsi, l’élaboration des plans de prévention du risque inondation (PPRI) – des documents qui définissent notamment ce qu’il est possible de faire ou non en matière d’urbanisme dans les zones inondables – se poursuit.
Dix nouveaux PPRI ont été approuvés depuis 2025. Mais, conscients des longs délais que nécessite l’approbation des PPRI, les services de l’État dans le Var multiplient dans le même temps ce qu’ils appellent des « porters à connaissance ». Il s’agit de documents référençant tous les risques – inondation bien sûr, mais aussi feu – et mis à disposition des maires et autres présidents d’intercommunalité pour les aider dans leurs décisions de délivrer ou pas des permis de construire.
Pas que les fleuves côtiers majeurs

Dans le cadre d’un programme d’actions de prévention des inondations, la rivière La Florièye, sur la commune de Taradeau, va faire l’objet d’importants travaux : un chantier de huit mois à partir de juillet 2026.
S. CH. / Var-matin
Mais la résilience face aux inondations ne serait rien sans d’importants travaux d’aménagement des cours d’eau. « Les inondations de juin 2010, dans lesquelles 27 personnes ont trouvé la mort, nous ont appris qu’il fallait penser amont et aval en même temps, réfléchir en termes de parcours d’eau », insiste Simon Babre.
Couvrant l’Argens, le Gapeau et les principaux fleuves côtiers du département, cinq programmes d’actions de prévention des inondations (PAPI) sont en cours dans le Var pour un budget total de 244 millions d’euros, dont 105 millions sont financés par l’État au travers du fonds Barnier et du fonds vert. Si 25 % des actions inscrites dans les différents PAPI auront été réalisées au 31 décembre prochain, le préfet du Var assure que le reste des aménagements seront terminés d’ici 2032.
À ce sujet, le préfet du Var, qui sortira tout juste de la période de réserve électorale imposée par les Sénatoriales, assistera courant octobre aux inaugurations de la restauration morphologique de la Nartuby, des travaux d’aménagement du quartier de l’Oratoire à Hyères et de l’augmentation de la capacité hydraulique du cours d’eau La Garde à Grimaud.
Depuis le 20 mai 2025, on sait malheureusement que les fleuves côtiers majeurs ne sont pas les seuls à être dangereux dans le département. « Le Quicule au Lavandou ne faisait pas l’objet d’un PAPI. Il n’était pas référencé, n’était pas craint », rappelle le préfet du Var. Accompagnées là encore par les services de l’État, les communes concernées par cette aggravation des risques d’inondations sont contraintes de réaliser des études sur les actions à mener.
Volet répressif
Outre les aménagements des cours d’eau, les PAPI comportent également des mesures dites de réduction de vulnérabilité des biens aux inondations. « Des travaux de mitigation », traduit Simon Babre. Des solutions assez simples, telles que l’installation de batardeaux, peuvent suffire à empêcher l’eau de pénétrer dans les bâtiments, que ce soit des maisons d’habitation, des bâtiments administratifs, ou des exploitations agricoles.
« Ces travaux de mitigation peuvent être financés par l’État à hauteur de 80 %. Mais ce dispositif ne fonctionne pas. En dix ans, à peine 87 demandes de subvention ont été déposées alors que 4 000 habitations exposées au risque inondation ont été recensées dans les zones rouges des différents PPRI. Ce n’est pas satisfaisant. Il faut que les gens s’emparent davantage de cette possibilité », insiste le préfet. Et d’ajouter : « Je reconnais que faire une demande de subvention n’était pas évident. Les gens étaient rapidement confrontés à un petit dédale ». Pour simplifier la démarche, il suffit désormais d’envoyer un message à l’adresse suivante ddtm-protection-inondation@var.gouv.fr
Pour limiter les conséquences des inondations, le préfet du Var est bien décidé à préserver les zones d’écoulement des cours d’eau et d’expansion des crues. Pour ce faire, les services de l’État, et notamment la Direction départementale des territoires et de la mer, intensifient leur lutte contre les remblais illégaux. « Dans le département, les remblais illégaux peuvent s’avérer criminels. C’est un fléau qu’il faut combattre », martèle Simon Babre.
Depuis 2024, les contrôles du service de police de l’eau de la DDTM se multiplient. Cinquante-cinq ont fait l’objet d’un rapport de manquement administratif, c’est-à-dire qu’une infraction aux règles de la police administrative de l’eau a été constatée. Si une bonne moitié des propriétaires ont accepté plus ou moins rapidement d’effectuer les travaux de remise en état, 21 procédures administratives n’ont à ce jour toujours pas abouti à une régularisation. « Pour les plus récalcitrants, la préfecture du Var n’hésite pas à prendre des arrêtés d’astreinte journalière allant de 50 à 250 euros ! », avec au besoin un recours au recouvrement forcé.