Le Vieux-Port, Notre-Dame-de-la-Garde, les Calanques… Autant de lieux emblématiques qui font la renommée de Marseille, désormais devenue l’une des destinations les plus prisées de France. Et pourtant, rien ne laissait présager que le chef-lieu de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur allait devenir une destination aussi touristique. Comme l’a récemment expliqué une experte en voyage dans The Guardian, Marseille a longtemps été victime de nombreux stéréotypes, notamment celui d’une ville dans laquelle on n’était pas en sécurité.
Il faut dire qu’elle abrite certains des quartiers les plus défavorisés d’Europe et que le trafic de drogue sévit dans plusieurs d’entre eux. Mais ces a priori semblent désormais loin des préoccupations des voyageurs, puisque Marseille s’impose comme une destination touristique incontournable.
La preuve en est, il y a quelques mois, la plateforme en ligne Booking.com, qui permet notamment de réserver des hôtels, des vols et des voitures, a révélé que la cité phocéenne avait détrôné Paris et Nice en devenant la destination la plus recherchée par les utilisateurs français du site. De même, les médias étrangers, à l’image du New York Times, qui ont consacré plusieurs sujets à Marseille, ont également contribué à redorer l’image de la ville et à attirer davantage de visiteurs étrangers.
Le surtourisme agace de plus en plus les Marseillais
La plupart du temps, les Marseillais sont très fiers de leur ville et n’hésitent pas à le faire savoir. À l’image du chanteur Jul, qui cumule plus de 10 millions d’écoutes mensuelles sur Spotify et évoque très souvent la ville où il a grandi dans ses titres. Les influenceurs, eux aussi, aiment partager les coins les plus photogéniques de la cité phocéenne. Mais depuis que Marseille est devenue une destination touristique incontournable, les habitants regrettent leur tranquillité perdue.
En juin dernier, les riverains des Goudes, un pittoresque village de pêcheurs situé en périphérie de la ville, sont descendus dans la rue pour protester. L’un d’eux expliquant qu’ils étaient tellement submergés par le nombre de visiteurs qu’ils se sentaient assignés à résidence. Au Vallons des Auffes, autre lieu touristique pittoresque très prisé, les habitants s’opposent depuis plusieurs semaines à l’ouverture d’un sixième restaurant dans le petit port. De même, lorsque la baignade a été interdite sur la très fréquentée Plage des Catalans au début du mois en raison d’une contamination bactérienne, de nombreux riverains ont pointé du doigt la surfréquentation.
Les habitants dénoncent également une hausse sans précédent du bruit et des déchets, ainsi que l’augmentation des prix, qu’ils attribuent à une « touristification excessive ». Le sentiment anti-Airbnb, souvent exprimé à travers des graffitis, se renforce lui aussi depuis plusieurs années. Dans le même temps, les campagnes contre les navires de croisière gagnent en popularité, alors que les élus locaux restent divisés sur la question.
Un tourisme qui s’est développé à vitesse grand V à Marseille
Selon l’experte du Guardian, le problème réside surtout dans la rapidité fulgurante de cette transformation. Elle explique que les touristes ont commencé à affluer en masse à l’été 2020, après plusieurs mois de confinement liés à la Covid-19. Cette arrivée en nombre de visiteurs s’est accompagnée d’une gentrification galopante, faisant flamber les prix de l’immobilier et nourrissant le ressentiment des habitants.
« On a l’impression d’avoir cligné des yeux, et voilà que l’été marseillais rime avec plages bondées, bars immenses et tentaculaires, files d’attente interminables aux transports en commun et rues envahies de groupes de touristes », a-t-elle écrit. Cependant, le tourisme n’a pas eu que des effets négatifs puisqu’il a notamment permis de créer des emplois et de contribuer à réduire le taux de chômage élevé de la ville. Cela nécessite toutefois une meilleure gestion et une réglementation plus stricte.