Il y a quelques semaines, nous parlions des nuisances provoquées par les data-centers, et de la grogne qui monte petit à petit aux États-Unis contre les nouveaux projets, ou même contre les installations déjà exploitées. Avec sa nouvelle proposition, l’EPA (Environmental Protection Agency) ne risque pas de calmer les agacements… et pourrait même rendre les populations locales encore plus furieuses, comme le rapporte The Verge.

L’alimentation d’un data-center comme Colossus 1, « source de pollution mineure » ? Image SuperMicro.

Lors de l’installation de nouvelles infrastructures polluantes, les industriels doivent obtenir différents permis, notamment concernant leurs émissions dans l’atmosphère. Dans le cadre du New Source Review, certains de ces projets doivent jusqu’à présent faire l’objet d’une procédure publique, permettant notamment aux résidents de consulter les éléments du dossier et de faire part de leurs observations.

Cependant, l’EPA a pour projet de supprimer cette obligation fédérale pour ce qu’elle appelle les « minor sources » (ou sources mineures) de pollution. Les États et autorités locales resteraient libres d’organiser leur propre procédure de consultation, mais n’auraient plus l’obligation fédérale de présenter le projet au public et de recueillir ses observations. Dans certains États, un dossier pourrait donc avancer sans que les résidents aient réellement leur mot à dire. On entre ainsi totalement dans le problème soulevé par Erin Brockovich sur son site regroupant les plaintes pour nuisances autour des data-centers : alors que le manque de transparence est le reproche le plus partagé, l’EPA souhaiterait donc rajouter de l’opacité.

Après avoir fait plier PG&E, Erin Brockovich s’attaque aux data centers

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Mais si ce sont des « sources mineures de pollution », pas de souci non ? C’est là toute la magie du langage administratif : mineur ne veut pas dire… mineur. The Verge donne l’exemple de Colossus 1 de xAI : le data-center, présenté par l’entreprise comme « le plus puissant système d’entraînement d’IA », a demandé en 2025 un permis en tant que « minor source ». La publication du dossier avait pourtant suscité une audition publique et plusieurs milliers de commentaires, notamment concernant les conséquences du site sur la santé des populations locales. xAI avait par ailleurs été menacée de poursuites par le SELC et la NAACP pour avoir installé des turbines à gaz sans les permis requis. Selon les nouvelles règles, l’État pourrait tout simplement juger inutile toute la procédure ayant permis au public de prendre connaissance du dossier et de s’exprimer.

De la même manière, un data-center actuellement construit dans l’Ohio verrait sa source d’alimentation passer en « source mineure de pollution », alors qu’elle représente… 129 groupes électrogènes de secours. Une paille.

Ce n’est pas la première fois que le gouvernement actuel, par l’intermédiaire de l’EPA, allège « un peu trop » les règles d’implantation de nouveaux data-centers : déjà en juillet, l’EPA a fait sauter l’obligation de conformité à l’Acid Rain Program des sources électriques dites « îlotées » (une alimentation électrique est dite « îlotée » quand elle n’alimente pas le réseau électrique autour d’elle, mais uniquement le bâtiment attenant. L’ensemble est donc autonome, et en dehors du réseau électrique local ou national). Résultat ? Les permis sont certes accordés plus vite, mais ces installations échappent désormais aux contraintes spécifiques de l’Acid Rain Program, notamment au système destiné à plafonner leurs émissions de dioxyde de soufre (SO₂).

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Si le gouvernement américain souhaite accélérer le développement des data-centers, objectif clairement affiché, c’est malheureusement de plus en plus souvent aux dépens des riverains, qui voient leur droit de regard de plus en plus raboté par l’assouplissement des règles d’installation. Reste à se demander, avec de telles décisions, pourquoi l’agence responsable s’appelle toujours « agence de protection de l’environnement »…