En Californie, un procès contre Meta s’est conclu par un accord à l’amiable pour 18 milliards de dollars, l’entreprise évitant ainsi une condamnation possible pour avoir favorisé l’addiction des adolescents et des personnes vulnérables.
C’était un peu le procès de l’addiction, comme il a existé en 1998 pour le tabac. Pour Meta, la facture risquait d’être salée puisqu’une coalition de 29 procureurs généraux aux États-Unis lui réclamait jusqu’à 200 milliards de dollars, selon un chiffrage provisoire. Le témoignage en particulier d’un de ses anciens ingénieurs, Arturo Bejar, a été déterminant devant le tribunal fédéral d’Oakland.
D’une voix calme et déterminée, l’homme a expliqué comment les paramètres censés limiter l’addiction sur Instagram ou Facebook étaient en réalité « conçus pour échouer ». « C’est comme s’il fallait activer l’airbag chaque fois qu’on monte en voiture », a-t-il déclaré. Il y avait les modes silencieux pour ne pas avoir de notifications nocturnes ou le mode « faire une pause » mais qui n’était actionné par personne. Et pour cause : « Les notifications, a-t-il dit, sont construites et conçues pour faire revenir les gens. » Pas pour leur santé mentale. Est-ce ce qui a convaincu Meta de trouver un accord à l’amiable ? Ce qui est sûr, c’est que le géant s’en sort bien : il ne se reconnaît aucun tort mais s’engage à limiter à deux heures par jour l’accès des moins de 18 ans à ses plateformes, avec blocage entre minuit et 6 heures du matin, suspension des notifications pendant les « horaires d’école » et invisibilisation des likes et des filtres incitant à une consultation compulsive.
Accepter
Gérer mes choix
À écouter dans l’Invité internationalProcès de Meta aux États-Unis: «Une tenaille transatlantique se resserre sur les géants de la tech»
Un accord regardé de près en dehors des États-Unis
Cet accord est d’autant plus scruté qu’il comporte un volet exigeant aussi de TikTok et YouTube des mesures de protection des mineurs. Volker Türk, le haut-commissaire aux droits de l’Homme de l’ONU, a demandé le respect des règles protégeant les enfants et il a incité les gouvernements à prendre des mesures plutôt qu’à attendre que les tribunaux ou les entreprises agissent.
En France, l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans n’a pas été validée par le Conseil constitutionnel cet été. Alors que le Premier ministre Sébastien Lecornu a promis de revoir sa copie, tous les regards se tournent vers l’Europe. Or Bruxelles, qui a ouvert des enquêtes contre Meta et TikTok, envisage aussi des restrictions d’âge. Des engagements sont désormais attendus au sein de l’Union européenne pour protéger les enfants, que ce soit en termes de temps passé devant les écrans, de contrôle parental ou de limitation des dispositifs d’addiction. La commission constate aussi que les réglages sont compliqués à gérer, sur Meta comme sur TikTok, et elle envisage un accès « progressif et gradué » aux plateformes en ligne des enfants et des adolescents. Sous peine d’amende.
À lire aussiAddiction aux réseaux sociaux: Meta accepte de verser plus de 16 milliards de dollars à des États américains