Par

Arnaud Marlet

Publié le

28 août 2026 à 16h56

Cette même énergie se retrouve dans son parcours d’agricultrice. Depuis son installation, en octobre 2023 à Augan, dans le Morbihan, elle multiplie les projets pour faire évoluer l’exploitation familiale. Associée avec sa mère, elle dirige aujourd’hui une structure qui réunit sept personnes : deux associées, quatre salariés, dont son père, et un apprenti.

Sur la ferme, les activités sont multiples. Lapins, porcs, cultures, méthanisation... Et derrière chacune d’elles, des projets qui témoignent d’une même volonté : faire évoluer l’outil de production plutôt que simplement le maintenir.

Une exploitation pensée comme un ensemble

Lorsqu’elle s’installe, Élodie reprend une exploitation de 30 hectares et un atelier cunicole de 550 cages en naissage-engraissement. Avant de devenir agricultrice, elle travaillait comme technicienne en alimentation animale dans le secteur porcin. Une expérience dont elle va rapidement s’inspirer pour réorganiser l’activité cunicole.

Le site d’Augan compte désormais 2 300 cages mères et est spécialisé dans la maternité. Les deux autres sites sont orientés vers l’engraissement, après notamment la reprise d’un nouvel atelier en 2025.

« Je me suis inspirée du modèle de production porcine pour réorganiser l’activité cunicole », explique-t-elle.

Son parcours professionnel se retrouve également dans le nouveau projet porcin de l’exploitation. Un ancien bâtiment de lapins a été transformé en porcherie pour accueillir des porcelets en post-sevrage puis en engraissement. Les animaux arrivent par lots toutes les huit semaines, en lien avec une maternité collective.

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Suivi des cochons
Grâce à des puces RFID, les performances des animaux peuvent être suivies individuellement. ©Arnaud Marlet

Le bâtiment sert également de support à des essais menés avec une entreprise de nutrition animale. Grâce à des puces RFID, les performances des animaux peuvent être suivies individuellement, notamment l’indice de consommation ou le gain moyen quotidien.

L’objectif est à la fois technique et économique : mieux connaître les performances des animaux pour ajuster les pratiques et gagner en efficacité. Il y a aussi un aspect durable avec la recherche afin de s’adapter au mieux (changement climatique, autonomie protéique,…)

Cette logique se retrouve à l’échelle de l’ensemble de l’exploitation. Une unité de méthanisation en cogénération valorise les effluents d’élevage. Elle produit de l’électricité et de l’eau chaude, utilisée notamment pour chauffer les bâtiments. Le digestat et le compost retournent ensuite sur les cultures.

Un système qui permet de boucler une partie des flux et de renforcer l’autonomie de l’exploitation.

Sept personnes et plusieurs métiers

Pour faire fonctionner cet ensemble, Élodie a appris à déléguer autant qu’à décider.

Elle s’occupe principalement des porcs, de la reproduction sur l’atelier cunicole, de l’administratif et de la gestion des projets. Les quatre salariés et l’apprenti participent au fonctionnement quotidien de l’exploitation. Sa mère est son associée et son père, devenu salarié, continue lui aussi à travailler sur la ferme.

Pour les cultures, Élodie travaille avec son frère jumeau, lui-même installé en production de viande bovine. Tous deux ont créé une entreprise de travaux agricoles.

Cette organisation collective lui permet aussi de dégager du temps pour son autre activité : son mandat syndical.

Présidente, mais encore en apprentissage

Son engagement chez Jeunes Agriculteurs a commencé l’année de son installation. D’abord intéressée par la promotion des métiers agricoles et les questions d’installation, elle a progressivement pris des responsabilités jusqu’à devenir, à 27 ans, la première femme à présider JA Bretagne. Une fonction qu’elle n’a pas acceptée sans hésitation.

Lorsqu’on lui propose de prendre la tête de l’organisation régionale, elle doute notamment de sa capacité à maîtriser suffisamment les nombreux dossiers agricoles. Elle choisit alors de se former, en travaillant le soir après ses journées à la ferme.

« J’avais presque l’impression de retourner au lycée », racontait-elle. Aujourd’hui, elle consacre en moyenne deux à trois jours par semaine à son mandat. Elle participe aux travaux de plusieurs commissions nationales et se rend environ une fois par mois à Paris, notamment sur les questions de PAC et de formation.

Son premier exercice à la tête de JA Bretagne lui a rapidement donné l’occasion de se confronter aux réalités du terrain, notamment avec les épisodes de canicule qui ont frappé les exploitations bretonnes.

Cette expérience renforce une conviction qu’elle porte dans son engagement : les agriculteurs doivent davantage montrer leur travail. « Aujourd’hui, nous n’avons pas le choix que de montrer ce que l’on fait. » Elle dénonce toutefois les contraintes croissantes qui pèsent sur les exploitations. « Ce qui m’énerve aussi, c’est toute la surtransposition dont sont victimes les agriculteurs. On nous en demande toujours plus».

Derrière cette colère, elle défend une agriculture qui doit pouvoir continuer à produire, investir et innover sans être constamment placée en position de se justifier.

Une place pour les femmes

Cette volonté de faire évoluer les choses s’exprime également sur un terrain plus personnel : celui de la place des femmes dans l’agriculture. Élodie siège à la commission « Nouvelles agricultrices » de JA national. Elle entend y défendre l’installation des femmes, leur accès aux responsabilités et la possibilité de construire une carrière agricole sans avoir à démontrer davantage leur légitimité que leurs collègues masculins.

Elle-même a grandi avec un frère jumeau dans une famille où aucune différence n’était faite entre eux. « Je veux casser les préjugés et rendre légitime l’engagement féminin dans les instances agricoles », explique-t-elle.

Bâtiment lapin/porc
Sur le site d’Augan, un bâtiment a été transformé pour accueillir des porcs. ©Arnaud Marlet

Sa nomination à la tête de JA Bretagne a donc une portée particulière. Mais elle ne souhaite pas en faire un symbole qui résumerait à lui seul son parcours. Ce qui compte pour elle, c’est surtout que les femmes puissent prendre leur place naturellement.

Courir pour garder l’équilibre

Et puis, il y a l’athlétisme. Le demi-fond accompagne Élodie depuis plusieurs années. Le sport lui a appris le dépassement de soi, la discipline et le collectif. Avec son installation puis sa prise de responsabilités chez JA, elle avait dû mettre la compétition entre parenthèses. Elle a décidé de reprendre les courses en septembre, avec un programme allant du 800 au 3 000 mètres.

Deux soirs par semaine, elle retrouve son entraîneur à Rennes (mais s’entraîne tous les jours). Lui prépare le calendrier, elle suit le programme.

Dans un emploi du temps déjà saturé, cette place accordée au sport peut surprendre. Elle est pourtant essentielle. L’athlétisme lui offre un espace où les objectifs sont simples, mesurables et personnels. Une façon aussi de prendre du recul après les réunions, les dossiers et les imprévus de l’exploitation.

Car c’est probablement là que se trouve le fil rouge du parcours d’Élodie Guillotel : le mouvement.

Faire évoluer un atelier cunicole. Transformer un bâtiment pour accueillir des porcs. Expérimenter de nouvelles solutions en alimentation animale. Valoriser les effluents par la méthanisation. Défendre l’installation et la place des femmes. Prendre des responsabilités syndicales. Puis, le soir venu, courir.

À 27 ans, Élodie Guillotel mène de front plusieurs vies. Elle le fait avec une organisation très précise et une énergie qui semble communicative. Mais derrière cette activité débordante, une même idée apparaît : ne pas subir les évolutions de l’agriculture, mais essayer d’y prendre part.

La nouvelle présidente des JA Bretagne n’a peut-être pas encore toutes les réponses. Elle a en revanche déjà choisi de ne pas rester spectatrice.

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