Par

Inès Cussac

Publié le

29 août 2026 à 6h16

Tapis dans l’ombre du fastueux hôtel cinq étoiles, Cédric Toubas et son adjoint plumé sont à l’affût. Leurs yeux roulent de bas en haut et de gauche à droite pour épier la terrasse de l’Intercontinental à Marseille. Gare aux pigeons et aux goélands qui oseraient s’aventurer au-dessus de l’ancien Hôtel-Dieu, le Petchio a faim.
Cela fait quatre ans que Cédric Toubas intervient avec son rapace pour assurer la tranquillité des clients de l’établissement. « Les hôtels de luxe aussi ont, comme tous les hôtels, le problème des pigeons et des goélands qui viennent piquer dans les assiettes de leurs clients », explique le fauconnier aux joues rousses. Aux côtés de Théana, en plein stage d’été dans son entreprise, ils travaillent ce samedi 22 août 2026 avec leurs binômes à becs respectifs, Petchio et Jackie.

« Le début de saison est toujours compliqué »

« Là, on est en stand-by car les pigeons nous voient et n’osent pas attaquer. Par contre, s’il y en a un qui s’approche, on lâche les rapaces pour qu’ils les chassent », témoigne celui qui a affaité (dressé) les deux buses de Harris, âgées de 6 et 7 mues (ans), pour les inciter à revenir vers lui une fois lâchées. « Ils ont faim, c’est pour ça qu’ils vont chasser les pigeons et qu’on les rappelle en leur donnant à manger », éclaire l’effaroucheur professionnel.

Grâce à la prédation du Petchio et de Jackie, un climat anxiogène a été instauré chez les 12.000 couples de goélands et les 800.000 pigeons qui vivent à Marseille. Un soulagement pour la direction de l’Intercontinental qui s’est acharnée pour faire cesser les battements d’ailes au-dessus de son établissement. Ultrasons, jeux de lumière, installation de faux faucons au-dessus des parasols… Rien n’y faisait. « Les oiseaux ont une capacité d’accoutumance très développée », prévient Cédric Toubas qui a obtenu une dérogation réglementaire de la préfecture pour pouvoir chasser le « Goéland leucophée », une espèce protégée, dans le seul périmètre de la terrasse de l’hôtel.

Cédric Toubas intervient à l'Intercontinental depuis quatre ans.
Cédric Toubas travaille à l’Intercontinental depuis quatre ans. (©IC / actu Marseille)

Pour les salariés aussi, l’arrivée des chasseurs ailés cinq jours sur sept est un soulagement. « Ils sont contents de nous voir arriver, surtout en début de saison où c’est toujours compliqué », sourit l’éleveur de rapaces dont l’intervention pour la saison 2026, commencée en mai, produit ses effets. Les deux buses ont instauré une telle tension pendant la période estivale qu’en cette fin de mois d’août, elles ne sont quasiment plus lâchées de la journée.

Un GPS dans le dos

L’hôtel de luxe qui surplombe le Vieux-Port et dialogue avec la Bonne Mère a finalement trouvé la recette miracle pour protéger son domaine. Il n’est cependant pas le premier à se fier aux oiseaux de proie pour cette mission. Les entreprises du secteur industriel qui s’occupent de stocks alimentaires en sont presque dépendantes afin d’éloigner les nuisibles de leurs produits.

Dans une moindre mesure, les communes aussi font appel aux fauconniers pour lutter contre la prolifération de certains volatiles. Istres, Rousset, Monriès… Cédric Toubas et sa volière sont intervenus aux quatre coins des Bouches-du-Rhône pour mener des campagnes d’effarouchement. Son activité s’étend même de Toulouse jusqu’au nord ouest de l’Italie.

En ce qui concerne la carrière du Petchio et de Jackie, celle-ci se déroule tout l’été au-dessus de l’édifice du XVIIIe siècle. Le duo y chasse les matins de mai à septembre, quand la terrasse est ouverte. « Ce sont des prédateurs, ils ont des instincts de prédation », avertie tout de même le fauconnier qui a posé des GPS sur le dos de ses oiseaux.

« On travaille avec du vivant donc on ne contrôle pas toujours tout […]. Une fois, je travaillais avec Jackie à Antibes pour effaroucher des perruches à collier [identifiée par la préfecture comme faisant partie des espèces animales posant des problèmes importants, ndlr] et là, je l’ai vu se poser sur le toit d’un bus qui démarrait. Il partait et me regardait sans bouger », se souvient l’effaroucheur.

Les clients interloqués

Planquée sous les arcades emblématiques de l’ancien hôpital du Panier avec Jackie posté sur son avant-bras ganté, Théana semble un poil désabusée. « C’est un beau cadre de travail, c’est sûr. Quitte à travailler en ville, autant travailler ici », s’amuse-t-elle. Si la jeune femme s’est familiarisée avec le décor de l’Intercontinental, sa présence interloque en revanche les clients. « On a deux petites curieuses qui voulaient vous voir de plus près », se présente un père de famille, une main dans celle de sa fille, l’autre avec le biberon. Quelques minutes avant, c’est un jeune garçon qui s’est approché de Théana pour contempler Jackie.

Théana est en stage tout l'été en tant qu'effaroucheuse d'oiseaux.
Théana surveille la terrasse, à l’affût du moindre volatile que pourrait chasser Jackie. (©IC / actu Marseille)

« Ça surprend mais c’est toujours très positif », glisse Cédric Toubas qui, comme tous les membres de son équipe, se retrouve régulièrement dans les albums de photos de vacances de la clientèle huppée de l’hôtel.

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