Par

Romane Rousseau

Publié le

29 août 2026 à 10h32

Près du mail François-Mitterrand à Rennes, à Cesson-Sévigné… Vous avez peut-être remarqué que la Vilaine a changé de couleur. À certains endroits, le vert a pris le dessus. En effet, des plantes invasives envahissent le fleuve, déréglant la biodiversité et perturbant certaines activités.

Que sont ces plantes ?

On retrouve plusieurs espèces de plantes sur la Vilaine. Il y a notamment la jussie, ce végétal invasif reconnaissable par ses fleurs jaunes, ou encore l’égérie dense, qui peut être confondue avec des algues.

La prolifération de ces espèces aquatiques n’est pas une nouveauté et reste un problème récurrent, particulièrement en période estivale. Mais avec les fortes chaleurs recensées cet été, les conditions sont réunies pour que ces plantes envahissent les cours d’eau.


« On dirait une prairie » : à Cesson-Sévigné, les plantes envahissent la Vilaine. (©Photo transmise à actu Rennes)Toutes les conditions réunies pour qu’elles poussent

En effet, plusieurs facteurs expliquent cette prolifération. Tout d’abord, le débit de l’eau. « Il est lent, voire inexistant », explique Pauline Pennober, animatrice à Eaux et Rivières de Bretagne, à actu Rennes.

S’ajoutent les dernières canicules ainsi que le fort taux d’ensoleillement. « Tout ça, ce sont les conditions parfaites pour qu’elles se développent », complète Benjamin Bottner, chargé de mission biodiversité à Eaux & Vilaine.

De plus, « l’utilisation d’engrais, les rejets de stations d’épuration, etc. » renvoient des nutriments, essentiels pour ces espèces aquatiques.

« La plante a de l’eau calme, qui se réchauffe avec les fortes températures, un fort ensoleillement, de quoi se nourrir… Elle a tout ce qu’il lui faut pour pousser. »

Benjamin Bottner
Chargé de mission biodiversité à Eaux & Vilaine

Des enjeux pour les usagers et pour la biodiversité

Si ces espèces en particulier ne « représentent pas de risque sanitaire », le « souci de cette prolifération est de plusieurs ordres », d’après Benjamin Bottner.

Il y a d’abord « l’enjeu sur les usagers ». « Ça va affecter tout ce qui est navigation, pêche, loisirs sur le fleuve… »

Mais la plus grosse problématique reste l’impact sur la biodiversité. « Ces plantes invasives prennent la place d’autres espèces locales, comme les nénuphars, les potamots… » Côté animal, cela a également des répercussions sur la vie des poissons.

« Cette grosse masse de végétation créée en fin de nuit une perte d’oxygène dans l’eau. En effet, la journée, les plantes en consomment moins qu’elles n’en produisent. Mais la nuit, elles en consomment plus. Ce manque peut causer une mortalité chez les poissons. »

Benjamin Bottner
Chargé de mission biodiversité à Eaux & Vilaine

« Il n’y a pas de solution miracle »

Mais alors, que faire pour restreindre la propagation de ces plantes ? « Il n’y a pas de solution miracle », regrette Pauline Pennober. « Il faudrait essayer de freiner l’apport de nutriments dans les cours d’eau, en limitant l’artificialisation des sols ».

Un autre moyen « sur le plus long terme » est de « retrouver des cours d’eau fonctionnels », indique Benjamin. Actuellement, « ils sont transformés par l’homme, chenalisés. Il faudrait retrouver des milieux plus naturels, avec un débit normal, afin que les cours d’eau soient plus favorables à la vie des espèces locales ».

Le but : « trouver des conditions défavorables aux plantes invasives, en retransformant des milieux avec un caractère plus résilient ».

« C’est rarement efficace »

Si ces solutions ne sont que préventives, dès la prolifération établie, il ne reste qu’une possibilité : l’arrachage. « Une fois qu’elles sont là, c’est difficile de s’en débarrasser, prévient Pauline. Les collectivités peuvent faire des opérations d’entretien, mais ces chantiers coûtent très cher, et il faut être très précautionneux. On peut faire plus de mal que de bien », conclut l’animatrice.

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