Au barrage de Rophémel, y a-t-il anguille sous roche ? Au sens propre, c’est une certitude : l’espèce migratrice y est bien présente. Au sens figuré, peut-être. Car l’infrastructure, située à l’est des Côtes-d’Armor, réveille les intérêts, à l’heure où les sécheresses sont appelées à devenir de plus en plus fréquentes sous l’effet du changement climatique. Celle, catastrophique, qui percute la Bretagne en cette fin d’été 2026 illustre un peu plus l’urgence de se préparer.

Niché au fond de la Vallée de la Rance, le barrage de Rophémel a été construit dans les années 30, au départ pour produire de l’électricité. Depuis soixante ans, il sert aussi de réserve pour Eau du bassin rennais, qui en est devenue propriétaire en 2015. Avec 5 000 000 m3, il constitue la deuxième ressource de cette société publique, qui produit l’eau potable pour la capitale bretonne et 81 villes autour. Soit environ 500 000 habitants. Parmi eux, donc, aucun Costarmoricain.

Un transfert d’eau en hiver pour préparer l’été

Une étude, lancée en 2025, vise à changer cet état de fait. L’objectif : relier Rophémel au réseau de distribution des Côtes-d’Armor. Contrairement aux idées reçues, le projet ne suscite pas a priori de levée de boucliers en Ille-et-Vilaine. « L’idée n’est pas de priver les voisins », balaie Ludovic Brossard, représentant des communes d’Eau du bassin rennais. « La solidarité, on la pratique déjà. La grande majorité des syndicats d’eau sont reliés les uns aux autres. C’est ce qui nous permet, en ce moment, d’approvisionner des territoires en difficulté. »

Les évaluations techniques et financières sont en cours. Ludovic Brossard décrit ainsi le principe général : l’eau de Rophémel serait transférée en période hivernale, au moment où le barrage se remplit. Ainsi, les Côtes-d’Armor auraient moins à puiser dans leurs autres réserves, épargnées en prévision de l’été.

« L’eau se moque des frontières administratives »

De l’autre côté de la frontière administrative, Michel Raffray voit le dossier de manière un peu différente. Pour le président du Syndicat départemental d’alimentation en eau potable (SDAEP), le projet vise surtout à sécuriser le réseau de l’est costarmoricain, fragile, en cas de casse de tuyaux. « Nous réfléchissons à ce qu’il faut faire pour garantir l’alimentation dans les 10 à 30 ans à venir, recadre-t-il. Cette jonction avec Rophémel est l’une des actions possibles. C’est ça, plus que les sécheresses, qui nous a motivés au départ. »

Il s’accorde sur un point avec son homologue : les Rennais garderaient la maîtrise de la ressource. Promesse d’un conflit entre les deux territoires en cas de pénurie généralisée ? « Eau du bassin rennais n’enverra de l’eau que s’ils estiment pouvoir le faire. Ils alimenteront d’abord leur population et c’est légitime. » Et ne comptez pas sur lui pour jouer la carte de l’affrontement. « Il ne faut pas commencer à opposer les territoires. L’eau se moque des frontières administratives. »