À 350 km des côtes brésiliennes repose le porte-avions Foch,
avec ses tonnes d’amiante. Fierté de la Marine française pendant 37
ans, ce bâtiment de 265 mètres gît par 5 000 mètres de fond depuis
le 3 février 2023. La France l’avait vendu au Brésil dans les
années 2000 pour 12 millions de dollars. La décontamination n’avait
pourtant jamais été achevée. Faute de solution, la Marine
brésilienne l’a fait couler.
Du porte-avions Foch au São Paulo, une vente à 12 millions de
dollars
Mis en service en 1963, le Foch a navigué 37 ans pour la Marine
française. Il pouvait embarquer 2 000 hommes et une quarantaine
d’aéronefs. Des essais nucléaires français dans le Pacifique aux
opérations au Liban et dans les Balkans, le bâtiment a participé
aux grandes missions de la flotte. Le
Charles de Gaulle l’a alors remplacé à la fin des années
1990.
En 2000, le Brésil a acheté le navire pour 12 millions de
dollars et l’a rebaptisé São Paulo. La Marine brésilienne en
attendait des années de service. La France avait néanmoins
entrepris de retirer les matières dangereuses avant la vente sans
achever le chantier. Peintures aux métaux lourds, PCB et autres
composés toxiques sont restés dans la structure du navire.
Sous pavillon brésilien, le porte-avions Foch n’a presque jamais
navigué. Plusieurs incendies l’ont endommagé, dont un grave en
2005. Les pièces de rechange manquaient aussi. Le bâtiment ne
tenait pas plus de trois mois en mer sans retourner au chantier. Le
Brésil a de plus envisagé une modernisation avant de l’abandonner
pour des raisons de coût. Le pays l’a retiré du service en 2017 et
désarmé en 2018.

Deux traversées de l’Atlantique et aucun port d’accueil
En 2021, une entreprise turque a acheté le São Paulo pour 1,9
million de dollars afin de le démonter à Aliaga. Le navire a quitté
Rio en août 2022. Mais à l’approche du
détroit de Gibraltar, Ankara a retiré le permis d’importation.
Des ONG avaient par ailleurs contesté l’inventaire des substances
dangereuses. Le porte-avions Foch a fait demi-tour et retraversé
l’Atlantique.
À son retour, le Brésil a refusé l’entrée au port. Pendant des
mois, le São Paulo est resté au large et sa coque se détériorait.
La Marine a alors mis en garde contre un naufrage incontrôlé ou un
danger pour la navigation. Un porte-avions vendu vingt ans plus tôt
dérivait entre deux continents sans qu’aucun pays n’accepte de s’en
occuper.
L’amiante du porte-avions Foch repose
au fond de l’Atlantique
Le 3 février 2023, des charges explosives ont ouvert la coque du
São Paulo à 350 km de la côte. Selon Naval News, la Marine a qualifié
l’opération de « sabordage planifié et contrôlé ». Le navire a
coulé par 5 000 mètres de fond. Le gouvernement brésilien et
l’Ibama avaient tenté de bloquer l’opération, mais un juge fédéral
a rejeté leur demande.
Personne ne s’est accordé sur la quantité de matériaux toxiques
à bord. Les autorités brésiliennes avançaient 9,6 tonnes d’amiante
et des centaines de tonnes de peintures dangereuses. Les ONG
estimaient toutefois les chiffres bien supérieurs et alertaient sur
la présence de PCB, de cadmium et de mercure. Le Basel Action
Network a aussi qualifié le sabordage de « désastre environnemental
». Vingt-trois ans après la vente, les matériaux toxiques du Foch
gisent toujours à cette profondeur sans que personne ne les ait
retirés.