Que l’émotion était forte à l’arrivée de la huitième étape du Tour d’Espagne ce samedi. Professionnel depuis 2013 sous les couleurs d’Europcar, Bryan Coquard attendait tant ce jour de gloire, ce jour où il lèverait les bras sur un Grand Tour. Nombreux sont ceux qui ont gardé en mémoire cette image du Tour de France 2016, à Limoges, assis par terre les doigts croisés en implorant tout ce qui peut l’être que la photo finish lui donne gain de cause face à Marcel Kittel. Mais le destin n’était pas avec lui ce jour-là. Peut-être attendait-il ce 29 août pour enfin se ranger du côté du coureur de Cofidis. À Xeraco, cette fois, c’est la bonne. « Ça fait treize ans, je pense ! C’est beaucoup de travail, j’ai fait beaucoup de fois 2e, j’ai 34 ans, je suis tellement fier, tellement heureux ».

Au micro de la course, Bryan Coquard a très vite eu les yeux rougis. Dès la première question, en fait. Avant même de prendre la parole. Et ce quelques minutes après avoir sauté dans les bras de ses coéquipiers, et notamment ceux d’Alexis Renard, fidèle lieutenant à ses côtés dans les sprints depuis 2022. « Mon équipe a fait le travail parfait, on n’a pas beaucoup de gros coureurs pour emmener les sprints mais on a Alexis. Même les grimpeurs ont essayé de me mettre en bonne position à 5 km de la ligne, après j’avais juste à suivre Alexis », raconte « Le Coq », au terme d’une journée folle qui a vu l’abandon de Tadej Pogacar sur chute, avant qu’une nouvelle grosse gamelle n’intervienne dans le sprint final, derrière une dizaine de coureurs qui ont pu se jouer la gagne.

« J’AI UNE CERTAINE PRESSION »

Mais dans sa bulle, pas sûr que Bryan Coquard ait même entendu qu’il y avait eu une chute. Celui qui compte trois succès WorldTour avant le Tour d’Espagne était bien trop concentré pour ne pas passer à côté. « J’ai regardé Jordi Meeus aux 500 mètres, il est très rapide dans ce genre de final. J’ai attendu, il y avait le vent de côté mais je ne pensais pas que ça jouerait un rôle. J’ai surgi au bon moment ». Cette fois, c’est lui qui a sauté son adversaire sur la ligne, ici Mads Pedersen. Et pour un peu moins d’une demi-roue, le soulagement est arrivé. « Je suis vraiment très content, j’ai beaucoup travaillé pour cette victoire, c’est incroyable », reprenait le vainqueur du jour, encore sur un nuage.

Car interrogé sur une forme de doute, notamment sur ce début de Vuelta où Bryan Coquard est passé à côté de ses deux premiers sprints, l’homme aux 56 victoires est bien conscient que les occasions coûtent cher. « Ce n’est pas que je ne suis pas confiant, mais j’ai une certaine pression parce que quand on rate son sprint c’est une opportunité en moins et il n’y a pas énormément de chances pour les sprinteurs ». Tombé au passage sans gravité, et plutôt attendu quand les sprints sont difficiles, le vainqueur du Grand Prix de Marseille-La Marseillaise cette année montre aussi qu’il n’a pas complètement perdu sa pointe de vitesse. « Je n’étais pas en très bonne position sur les deux autres sprints. J’ai l’avantage de bien grimper, mais je suis encore rapide ! », glisse-t-il dans un sourire. Il l’a montré ce samedi, Bryan Coquard peut encore briller sur des sprints à plat… et même en Grand Tour.