l’essentiel
Né en Espagne, Louis Tornero a grandi à Decazeville avant d’emprunter divers chemins professionnels et personnels qui l’ont conduit jusqu’en Irlande, là où il tient une agence de voyages et organise des excursions sur mesure. Tombé dans la photographie lors de remplacements à La Dépêche du Midi en tant que photojournaliste, une passion qui ne le quitte plus, il les exposera à compter du mardi 1er septembre 2026 à l’Office intercommunal de Decazeville. 

« Je vis en Irlande du Nord depuis 1989 et je travaille dans le secteur de la photographie depuis plus de 30 ans. » Sa curiosité instinctive a permis à Louis Tornero de mieux connaître, année après année, les facettes les plus diverses et les plus étonnantes de ce pays. Sur son site, ses photos font sa fierté. Et voilà que sa balade irlandaise fait un détour par Decazeville, accrochant ses clichés « vert Irlande » aux cimaises de l’Office du Tourisme du 1er au 29 septembre.

De l’Espagne à la France

Pierre Louis Tornero est né en 1959 à Albacete (Espagne) où sa famille habite les « casas baratas », on dirait ici les HLM. « La misère », incite le père à venir en France en 1960. Dans le Bassin, il trouve un emploi de mécanicien auto à Tramons-Bas, où il est aussi logé.

En 1961, à bord de sa 4CV, il ramène son épouse et le petit Louis qui ira à l’école de Saint-Michel : « Je ne comprenais rien à ce qui se disait », racontera-t-il.
Le père travaille chez Citroën, rue Maruéjouls, à Decazeville quand, en 1965, naît le petit frère, naissance qui permettra à la famille d’accéder à la nationalité française en 1968. Mécano, il passera chez Cassan Peugeot à Fontvergnes puis Moisset Renault à La-Vitarelle avant de rentrer à la Houillère.

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Louis fréquente le collège Ramadier puis le lycée. À ses heures, il peint et l’un de ses professeurs l’encourage. Ayant fait le choix de l’option grec, il doit quitter Decazeville pour le lycée d’Albi où son penchant s’affirme en section « Architecture et Arts appliqués ».

Bac en poche, il rate les Beaux-Arts de vingt points, essaye aussi l’École Boulle. « Je me retrouve sans rien », constate-t-il en 1978. « J’avais appris la photo au club d’Yves Randeynes, l’animateur municipal, aux côtés de Christian Chalandar, mon voisin du Sailhenc ». Par chance, Louis se voit confier, à Decazeville, la garde de l’exposition des peintres locaux. C’est là que le jeune journaliste Joël Born, venu faire un papier pour Midi Libre, lui suggère un remplacement du titulaire Daniel Bruel, appelé en préparation militaire à Auch.

De La Dépêche à la Houillère

Il n’a guère que le temps, en novembre 1979, au guidon de sa mobylette, de couvrir les inondations de Viviez et Penchot que le titulaire reprenant du service, il est remercié. En l’engageant comme photographe pigiste, La Dépêche lui offre une nouvelle chance en son agence de la place Decazes. De cette période, Louis garde des souvenirs des assemblées générales à couvrir, des matchs de foot ou de rugby, des festivités, etc.

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Mais apprend à ses dépens quelques règles de déontologie. La photo du jeune homme retrouvé mort sur son lit depuis plusieurs jours, son chien lui ayant mangé la main, ne paraîtra pas, les policiers n’ayant autorisé sa présence que pour les besoins de leur enquête ; la photo du camion en feu à la Découverte, pour aussi spectaculaire qu’elle soit, ne paraîtra pas davantage, Louis, pour la capter, ayant usé de sa présence sur son unité de travail propriété privée.

En 1984, la société temporaire Bis l’a « placé » à la Centrale thermique de Penchot avant « de le vendre » à la Houillère où, du criblage, il passe au bureau des plans partageant, avec les géologues, carotages et sondages jusqu’aux portes de Decazeville. « Je conduisais une voiture de sport et j’avais mon appartement. Des années merveilleuses ! », lâche-t-il.

Ce qui s’appelle se mettre… au courant

Mais c’en est fini du plan de relance charbonnière de Mitterrand qui annonce la fermeture non sans mentionner que ceux qui veulent se retirer bénéficieront d’un soutien dans la formation. Louis saisit l’opportunité. En 1986, il entre à l’École des métiers EDF de Saint-Affrique. Vient la fin de la formation : « Personne ne voulait aller à Paris », dit-il. Lui y voit l’occasion de se rapprocher de son amie britannique Sharon, connue assistante au lycée de Decazeville et maintenant directrice de compagnie aérienne à Amsterdam : « À tout de même 4 heures de route de Paris ! » Il l’épousera en 1988, un enfant naîtra en 1989.

Croqué par un confrère de la concurrence à Combettes en 1982

Croqué par un confrère de la concurrence à Combettes en 1982
Photo d’Archives

Du relevage des compteurs dans des appartements, grimpant aux poteaux pour couper des câbles, il deviendra technicien en moyenne tension. Mais être délégué syndical à EDF lui ouvre les yeux sur des pratiques qui ne lui plaisent pas. Il s’appuie sur les cinq années de congé parental pour quitter l’entreprise.

Le couple part de Suresnes pour l’Irlande du Nord où la température, la nourriture et la difficulté de communiquer ne sont pas pour aider Louis dans son acclimatation. Il a bien en tête le projet de lancer une fabrication de chips, à l’image de ce qu’a réussi en Espagne sa famille maternelle en créant l’empire « El Castillo » géré par son oncle, Augustin Ferrer, tout prêt à l’aider. Mais lors d’une soirée donnée à Belfast, il apprend que l’Alliance française recherche un assistant pour l’enseignement du français et des cours du soir en espagnol, postes rétribués hors vacances scolaires.

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Non, je ne regrette rien.

En 1991, Louis entre à l’Université Queen’s, pour trois ans d’études qui le verront affecté professeur de français et d’espagnol au Glengormley Collège dans la banlieue de Belfast avec pour troisième matière obligatoire le poste d’éducation physique dont l’obtention lui demande une grosse implication physique.

Si ce n’est la plainte d’une élève lui ayant entendu employer le terme « d’orgie », tout se passe bien. La guerre entre catholiques et protestants ne le touche pas : « Ça se passe entre eux, moi j’avais ma vie. » Mais, jointe à des problèmes familiaux, c’est la rétrospective de Mai 68 qui, en 1998, le réveille : « Je décide de prendre mes désirs pour des réalités. » À ses parents qui lui disent : « Tu vas rentrer », il oppose un NON catégorique.

Il entend faire parler ses atouts. Le voilà guidant pour l’Agence Explora Escocia des clients hispanophones dans toute l’Irlande, avant de créer sa propre agence de voyages. Avec l’acquisition d’un Citroën Dispatch 8 places, il réalise des voyages sur mesure. Parmi sa clientèle, des universitaires argentins friands de lieux sacrés, un ministre espagnol « friqué », des Polynésiens, des Suisses et quantité de mariages… Tout récemment, un couple du Bassin.

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Ce trilingue n’en finirait pas de parler… À l’heure du bilan, il se veut formel : « Me dire, j’aurais dû ? Non. Tout ce que j’ai fait, c’était parfait ! » On ne fait pas mieux comme content de soi.

Depuis 2022, s’étant rendu propriétaire d’une maison au Gua, il y vient raviver ses vieilles amitiés du Bassin, en attendant sa retraite pour fixer son énième avenir.