Le prévenu, 42 ans, s’approche de la barre du tribunal, imposant, baraqué. Derrière lui, la victime, un homme de 76 ans, frêle, cheveux blancs, qui peine à marcher.
L’effet est saisissant pour Aurélie Piney, avocate de la partie civile : « Mon client est traumatisé par cette rencontre. Il est depuis en hypervigilance lorsqu’il sort de chez lui. »
Agressé dans le hall de son immeuble
Le 12 août, alors que la victime rentre d’une balade avec son petit chien, un homme se faufile derrière lui dans le hall de son immeuble, à Saint-Étienne, et tente de lui arracher sa sacoche.
La victime va résister : « Il y avait tous mes papiers dedans, mes cartes bancaires », explique-t-elle. Il va surtout montrer la caméra de vidéosurveillance à l’individu, qui prend la fuite. Grâce aux images, il est reconnu, identifié par la police et interpellé le 25 août.
Jugé ce vendredi 28 août en comparution immédiate devant le tribunal correctionnel, il se confond en excuses. « Je suis désolé pour le Monsieur. Je n’étais pas moi-même, j’étais alcoolisé. Je sais ce n’est pas une excuse, j’ai honte, c’est minable, ce que j’ai fait. Je ne peux pas expliquer mon geste. »
« Je suis tombé dans l’alcool. Mais ce n’est pas moi, ça ! »
Les éléments de personnalité apporteront un début de réponse. Son casier judiciaire comporte cinq mentions, notamment des vols avec violences. « Des erreurs de jeunesse, confesse le prévenu. Mais, depuis 2014, je me suis calmé, tout allait bien dans ma vie. »
Jusqu’à la séparation d’avec sa compagne : « J’ai dérapé, je suis SDF depuis huit mois, sans revenus, je fais la manche de temps en temps et je suis tombé dans l’alcool. Mais ce n’est pas moi, ça ! J’ai demandé un suivi pour l’alcool. Je mets tout en œuvre pour arrêter et reprendre ma vie en main. »
Henry de Poncins, procureur, requiert, pour ces « faits violents et traumatisants », douze mois de prison, dont quatre assortis d’un sursis probatoire avec obligation de soins et la révocation de quatre mois d’un précédent sursis simple. Et, pour la partie ferme, une exécution sous le régime de la semi-liberté avec exécution provisoire ou mandat de dépôt.
Me Sonia Benheniche, pour la défense, relève « l’authenticité des propos » du prévenu. « Est-ce que sa situation sociale compliquée justifie ces réquisitions ? Non. Il n’y a pas d’urgence à une privation de liberté immédiate », estime-t-elle.
Le tribunal l’a entendue et condamne le prévenu à huit mois de prison, dont quatre assortis d’un sursis probatoire pendant deux ans avec obligation de soins, révocation du sursis simple et régime de la semi-liberté pour la partie ferme.
Conformément à notre charte (disponible sur www.leprogres.fr), nous mentionnons l’identité des personnes condamnées à partir d’un an de prison ferme avec mandat de dépôt, ou de deux ans de prison (ferme ou avec sursis).