Ospital a couvert de brillant l’orgue Kern de la Cathédrale qui en manquait un peu lors du récital d’ouverture. Sa technique implacable, avec un usage du pédalier exceptionnel de précision, le choix de tempi audacieux et son articulation détachée, qui rend parfaitement clair l’empilement des différents plans sonores, transcende les partitions et offre un panorama puissant de l’instrument de tribune quelles que soient les périodes traversées.

Ainsi de l’art d’un Franz Liszt. Son A d nos ad salutarem undam inspiré d’un choral de Meyerbeer décline un triptyque dans la plus pure tradition romantique. L’interprète se charge par son choix habile de registres parfois très originaux, telles ces cordes vibrées, de faire oublier les limites d’un instrument d’esthétique classique. L’intensité de son jeu, mené par les pieds, et la force de ses traits fulgurants aux claviers font le reste. La demi-heure de musique saisit, étreint, captive, donne la chair de poule.

Quatre pièces pour de réjouissants contrastes !

La soirée avait commencé par la célèbre Passacaille et fugue de Bach BWV 582. La qualité de la lecture tient dans son immuable pulsation, le cisèlement sans faille d’un discours de plus en plus complexe : Ospital se fait orfèvre de l’architecte Cantor. Avec la Fantaisie KW608 d’un étonnant Mozart, il exhume une pièce rare aux mondes contrastés. Ses parties rythmiques et touffues, aux tonalités dramatiques, encadrent un choral tendre dont la couleur évoque un orgue de barbarie.

Le contraste est le moteur du récital et le ressort d’une virtuosité imaginative. Succédant aux accents viennois, si accordés à l’instrument, se joue une improvisation sans thème défini, qui semble s’attacher aux éléments : l’air, dans une écriture pointilliste aux mains virevoltant d’un clavier à l’autre ; l’eau, aux harmonies intemporelles, aquatiques, puis au doux écoulement ; la terre, par ses registres caverneux et sa descente vers les profondeurs, avant le crescendo final, impressionnant de virtuosité, sur les pleins-jeux.

De Mozart à Liszt, en passant par l’improvisation, Ospital livre ce soir un condensé fabuleux de son savoir-faire. Il conclut de manière réjouissante un festival dense au succès public indiscutable.