ON A VU POUR VOUS – Le journaliste inaugurait la nouvelle émission politique de France 2 et de France Inter et a essuyé les plâtres face à un Raphaël Glucksmann agacé.
La copie reste à affiner. On a beau se préparer, répéter, lancer une nouvelle émission, c’est forcément essuyer les plâtres. C’est ce qu’a fait Benjamin Duhamel, dimanche à 13h20, en présentant le premier numéro de la nouvelle émission politique de France 2 et France Inter, «Franc-jeu». Au Parisien, le journaliste expliquait «ne pas vouloir réinventer le genre mais vouloir apporter sa patte, sa personnalité, sa manière de conduite les interviews». Son invité inaugural, le candidat à la primaire socialiste pour la présidentielle Raphaël Glucksmann, était prévenu.
La marque de fabrique de Benjamin Duhamel, la pugnacité, était évidente d’entrée jeu. Celui qui a rejoint la matinale de France Inter était aidé en cela par l’actualité puisque le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, venait d’annoncer sa candidature à la primaire. «Ça va être bien ce congrès du Parti socialiste, la machine à perdre est enclenchée», lance Benjamin Duhamel. Cette première question a immédiatement placé Raphaël Glucksmann sur la défensive.
Échanges inaudibles
Difficile de savoir qui du présentateur ou de l’invité étaient le plus nerveux. Benjamin Duhamel n’a eu de cesse de couper la parole à Raphaël Glucksmann, de le relancer sans lui laisser terminer sa phrase. Un tel rythme, associé au débit bien trop rapide de Benjamin Duhamel, n’a pas aidé à la structuration, ni à la compréhension de leurs échanges souvent inaudibles. Cette cacophonie a beaucoup agacé sur les réseaux sociaux.
Et cela n’a même pas empêché l’émission de prendre du retard. Benjamin Duhamel semblait courir derrière son conducteur. Presser de passer d’un thème à l’autre. Cela était manifeste quand il a interrogé Raphael Glucksmann sur ses réformes sur l’école et la rémunération des enseignants.
Benjamin Duhamel a aussi voulu prendre en défaut son interlocuteur sur ses «coups de communication». Notamment le premier déplacement de campagne de Raphaël Glucksmann, qui a visité un champ d’éolienne. Agacé, le député européen a répliqué : «Vos questions sont celles du vieux monde. Je suis désolé de vous le dire. Ce sont des questions d’arguments, c’est un monde réglé par des éléments de communication, où on saute sur le moindre élément de spontanéité».
La dernière question pour buzzer
Cette impression de chercher le buzz et la petite bête rappelle le format pratiqué sur France Info, avec plus ou moins de succès et de dignité par Agathe Lambret (compagne de Benjamin Duhamel) et Paul Larrouturou. Ce sentiment de déjà-vu s’est confirmé avec l’ultime question, qui a clôturé ce grand entretien de 40 minutes. Sans surprise un peu racoleuse et glamour, elle concernait la compagne de Raphaël Glucksmann, Léa Salamé, qui a annoncé son retrait du JT de France 2.
«Je voudrais, puisque c’est la tradition, vous poser une dernière question, ça s’appelle la question Franc-jeu», se lance Benjamin Duhamel, «Il s’avère qu’on est sur le plateau du 20h de France 2, qu’occupait, il y a encore quelques semaines, votre compagne Léa Salamé. Elle s’est mise en retrait du fait de votre candidature. Pourquoi ne pas avoir fait l’inverse ? Pourquoi ne pas avoir décidé de renoncer à votre ambition pour qu’elle puisse continuer à présenter le 20h?».
«On a évidemment beaucoup échangé sur la question, comme dans tous les couples d’ailleurs qui seraient confrontés à ce type de situation.», assure Raphaël Glucksmann. Et d’insister : «Je sais l’impact qu’avait ma décision sur sa vie, sur sa carrière. Je sais son attachement viscéral à son métier, sa passion pour le journalisme, son indépendance et sa liberté». En dépit du générique de l’émission qui se faisait entendre, le député européen a poursuivi avec vigueur. «Je ne pourrai me regarder une seule fois dans le miroir si j’étais incapable d’agir maintenant, quand mon pays menace de basculer dans le camp des Trumpistes, des Poutinistes, des démagogues, des xénophobes, et que j’ai l’opportunité de porter la gauche démocratique», a-t-il plaidé. Ce seront peut-être les paroles et la prise de position que retiendront le plus facilement les auditeurs et les spectateurs. Dommage…