Des fruits et légumes « moches » bientôt les bienvenus en rayons ? C’est en substance ce que la Fédération du commerce et de la distribution – elle regroupe la majorité des principaux acteurs du secteur – a annoncé le 18 août dernier. La sécheresse exceptionnelle qui sévit en France pousse les supermarchés à la tolérance : des fruits et légumes habituellement considérés comme trop petits ou inesthétiques vont pouvoir être proposés à la vente.

Sécheresse : pourquoi nos fruits et légumes risquent de coûter plus cher

Une manière de limiter la hausse des prix induite par une baisse massive des rendements agricoles. Selon les Producteurs de légumes de France, elle atteint les 25 à 50 %. Parfois jusqu’à 100 % pour certains fruits ou légumes. Résultat pour le consommateur, des prix des tomates et des concombres qui explosent. Ceux des salades, aussi, particulièrement gourmandes en eau.

Marc-André Selosse, biologiste au Museum national d’histoire naturelle (MNHN), à Paris, nous avait prévenu dans un précédent épisode de notre série Terres sous tension : « Il n’y a pas de miracle, lorsqu’il y a moins d’eau, l’agriculture produit moins. »

La France a connu cet été une saison des feux de forêt qu’une intensité hors norme. Aucune région n’a été épargnée. En cause : une période de sécheresse elle aussi hors norme. Illustration créée à l'aide d'un outil IA. © Xavier Demeersman, Futura
« Nous sommes pilotés par des ignorants » : la colère de Marc-André Selosse face aux incendies et la loi agricole

Cet été, nous avons été soufflés par la puissance destructrice des feux de forêt, dopée par un réchauffement climatique qui transforme nos paysages en poudrières. Dans ce troisième épisode de notre série d’été, Marc-André Selosse décrypte ce que les incendies font vraiment aux sols… et pourquoi certains dégâts ne se réparent pas aussi facilement qu’une cathédrale…. Lire la suite

Mauvais moment à passer pour notre portefeuille ou crise plus durable ? Une chose à sûre à ce jour, même si la pluie est retombée sur certaines régions, la sécheresse reste installée sur une grande partie de la France. Des restrictions d’usage de l’eau sont en place depuis plusieurs semaines.

Restrictions d’eau : quand certains robinets commencent à se tarir

L’arrosage des pelouses d’agrément ou le lavage des voitures est généralement interdit. Selon les communes, celui des potagers peut l’être aussi. Comme le remplissage des piscines privées.

Il n’est désormais plus question seulement de pelouses jaunies ou de cours d’eau à sec. Dans certaines régions, les réseaux ne peuvent plus assurer l’approvisionnement. Cela se passe en France en 2026. Plus de 40 000 personnes ont subi des coupures d’eau cet été.


De nombreuses régions de France sont en situation de crise en ce qui concerne leur approvisionnement en eau potable. Carte au 21 août 2026. © VigiEau

Après la sécheresse, le piège des pluies qui ne pénètrent plus dans les sols

« Actuellement, l’océan est en surchauffe : il atteint +6 à +8 °C au-dessus des normales en certains endroits. Sa capacité d’évaporation est colossale nous promet un automne pluvieux », souligne Marc-André Selosse.

Enfin une bonne nouvelle ?

Pas tant que cela. Le biologiste voit surtout des torrents d’eau tomber sur des sols impréparés. C’est-à-dire des sols qui ont été labourés et qui sont pauvres en matière organique.

Avec une « France à +4 °C, on ne fait pas (on ne fait plus) un grand pays agricole ». Illustration créée à l'aide d'un outil IA. © Xavier Demeersman, Futura
Faut-il arrêter de labourer pour sauver nos sols ? L’éclairage sans détour de Marc-André Selosse

Dans le premier épisode de cette série d’été, Marc-André Selosse nous prévenait : le sol résiste à la sécheresse… jusqu’à une certaine limite. Cette fois, le biologiste nous décrit ce que l’agriculture pourrait (et devrait) faire pour ne pas pousser les sols à bout. Spoiler : cela commence par arrêter de les labourer…. Lire la suite

Des sols, aussi, qui, après une période de sécheresse interminable, se sont réorganisés. « D’un continuum hydrophile [qui aime l’eau] avec quelques poches hydrophobes [qui n’aiment pas l’eau], on est passé à un continuum hydrophobe avec quelques poches hydrophiles. Résultat, quand il va enfin pleuvoir, l’eau ne pourra pas pénétrer tout de suite dans le sol. Elle va ruisseler. »

C’est un autre effet de la sécheresse sur les sols. Avec le temps, elle les rend moins réhydratables. La sécheresse abime la capacité des sols à stocker l’eau et à être fertiles. D’où, pour nous, un risque d’inondations qui augmente. « Dans les Hauts-de-France, par exemple, les inondations se produisent dans l’arrière-pays agricole. Et ce qui coule, ce n’est pas l’eau, mais la partie superficielle du sol qui est entraînée sous forme de boue. »


Comment la sécheresse fragilise aussi nos maisons. © DimaBerlin

Maisons fissurées : le danger caché des sols argileux

En attendant, celles de nos maisons qui sont construites sur des sols argileux souffrent. « L’argile retient l’eau et la relâche ensuite difficilement », nous rappelle Marc-André Selosse. Résultat, les sols argileux sont souvent gonflés. Mais lorsqu’ils traversent une période de sécheresse aussi longue et dure que celle que nous connaissons actuellement, une période de sécheresse doublée de canicules à répétition, la chaleur favorise l’évaporation. Les argiles se rétractent. C’est le moment où des fissures apparaissent au sol. Et pas seulement…

La France est de plus en plus inondée et elle doit changer sa manière de concevoir les villes. © itchaznong, Adobe Stock
Inondations : la solution la plus efficace existe… mais la France tarde encore à l’appliquer

Nos villes françaises pourraient échapper aux inondations, même en cas de pluies diluviennes comme cela a été le cas ces derniers jours et mois. Pour faire face aux crues, une seule solution : il faut désimperméabiliser nos villes. Mais comment ? C’est ce dont parle Clément Gaillard, docteur en urbanisme…. Lire la suite

Parce que souvent, les fondations de nos maisons sont peu profondes. « Les sols argileux sont habituellement beaucoup plus volumineux qu’ils devraient l’être. En période de sécheresse, ils exercent une force titanesque qui fissure les maisons. Le retrait-gonflement des argiles (RGA) menace 60 % des habitations individuelles. On ne parle plus de prix des tomates qui augmente, mais de dizaines de milliers d’euros de dégâts. C’est un des moments où l’on voit que le réchauffement climatique a commencé à nous pourrir la vie. »

Dans nos jardins comme dans nos assiettes, comment aider les sols ?

Mais alors, comment agir ?

Dans nos jardins, les bonnes recettes de l’agriculture s’appliquent également : perturber le moins possible le sol mécaniquement, éviter les pesticides et nourrir le sol en donnant la priorité aux engrais organiques.

« Mais là où vous et moi avons le plus d’influence sur les sols, c’est dans la façon dont nous consommons. Sur les produits que nous achetons », nous assure le biologiste du MNHN. En France, nous l’avons déjà souligné, l’agriculture de régénération des sols est à la peine. Seulement quelque 400 exploitations se sont converties. Alors dans les rayons, le label « Au Cœur des Sols » reste invisible.

Une question de soutien des pouvoirs publics sans doute pas suffisamment important pour une transition qui demande de l’investissement. Mais aussi d’information. « Les gens ne savent pas à quel point protéger nos sols est important », regrette Marc-André Selosse. Alors avec la Fédération BioGée qu’il préside, il se bat aussi pour plus d’enseignement des sciences du vivant et de l’environnement. « Pour construire des consommateurs responsables, qui prennent soin de notre planète et de leur santé, parce que tout est lié. »

« Même si, il faut le répéter, encore et encore, la solution n’est pas dans le sol. Elle est dans l’organisation de notre économie. Le vrai problème, c’est le changement climatique. Si nous ne l’arrêtons pas, tout ce que nous ferons à côté restera vain. »

Après les sols qui s’épuisent, les cultures qui souffrent, les forêts qui brûlent et les dégâts qui s’invitent chez nous, il y a de quoi être abattu. Dans le dernier épisode de cette série d’été, Marc-André Selosse nous livrera sa réponse à la question qui reste : l’espoir est-il encore permis ?