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Le chiffre trône toujours dans les registres officiels : 56,7 °C, relevés le 10 juillet 1913 à Greenland Ranch, dans la Vallée de la Mort. Un record mondial jamais battu depuis, jamais retiré non plus, mais que la quasi-totalité des climatologues qui l’ont étudié considèrent aujourd’hui comme faux. Ce qui cloche dans cette histoire, ce n’est ni la fiabilité du désert le plus chaud d’Amérique du Nord, ni un thermomètre mal calibré. C’est un être humain, un jour de canicule, et une station qui a livré des chiffres que rien autour d’elle ne confirme.
À retenir
- Un observateur inexpérimenté a relevé le record de température planétaire sans aucun contrôle croisé
- Les stations voisines démentent complètement les conditions météorologiques de cette journée
- Une étude récente estime que le vrai chiffre aurait été 14 degrés Fahrenheit moins élevé
Sommaire
- Un observateur seul face à un thermomètre
- Les stations voisines racontent une autre histoire
- Une étude récente rouvre le dossier
- Pourquoi le record tient encore debout
Un observateur seul face à un thermomètre
La station de Greenland Ranch existait depuis peu quand la vague de chaleur a frappé. Une station météo y avait été établie sous l’égide du Bureau météorologique américain en juin 1911, sous le nom de « Greenland Ranch ». Deux ans plus tard, c’est le gardien du ranch, Oscar Denton, qui tient le relevé quotidien. Ce dernier a collecté la mesure record durant une semaine de chaleur terrible, à l’été 1913, où la température a atteint 127 degrés Fahrenheit chaque jour et dépassé 130 à trois reprises. Le climatologue William Reid, qui a passé des décennies à éplucher ce dossier, ne mâche pas ses mots : il décrit Denton comme un observateur relativement inexpérimenté, davantage intéressé par les honneurs que par la rigueur scientifique, allant jusqu’à dire qu’il semble avoir inventé la donnée. Une semaine plus tard, cet homme seul, sans contrôle croisé possible sur place, avait signé la mesure la plus extrême jamais enregistrée sur Terre.
Les stations voisines racontent une autre histoire
Un record isolé, ça arrive. Un record qui ne colle avec aucune autre donnée de la région, c’est plus embêtant. L’enquête menée par le météorologue Christopher Burt (qui a lui-même siégé dans l’équipe de l’Organisation météorologique mondiale chargée d’examiner ces records) a montré que les températures enregistrées à Greenland Ranch en juillet 1913 n’étaient pas cohérentes avec les autres conditions météorologiques de la région, sans aucune preuve d’une vague de chaleur exceptionnelle dans le sud-ouest américain à cette période. Ce jour-là, il aurait fallu un phénomène localisé et brutal pour justifier un tel écart, et rien ne l’atteste. Le détail le plus parlant vient des chiffres bruts : le pic mensuel à Greenland Ranch dépassait de 18 degrés sa moyenne de juillet, alors que les stations proches n’affichaient qu’un écart de 7 à 11 degrés par rapport à la leur. Les mesures ne collaient tout simplement pas avec la météo qui les entourait. Et depuis ? Aucune autre station dans un rayon de 150 miles n’a affiché de relevés anormalement élevés durant cette période, et Death Valley n’a plus jamais connu une seule journée à 130 degrés depuis un siècle.
Une étude récente rouvre le dossier
L’affaire aurait pu rester une curiosité de blog météo. Elle a pris une tournure plus sérieuse récemment. Une étude publiée dans le Bulletin of the American Meteorological Society a jeté le doute sur la véracité de ces observations, concluant, après analyse des conditions météorologiques générales et des stations voisines, que les deux premières semaines de juillet 1913 avaient été « artificiellement chaudes » à la station d’observation de Death Valley. Les chercheurs, parmi lesquels des scientifiques de l’Université de l’Alabama à Huntsville associés à William Reid, sont allés jusqu’à chiffrer l’écart : le pic réel de ce jour-là aurait tourné autour de 120 degrés Fahrenheit, soit environ 14 degrés de moins que ce que revendique le record. Quatorze degrés Fahrenheit, ce n’est pas une marge d’erreur de thermomètre mal entretenu. C’est l’écart entre un après-midi désertique brutal et une impossibilité physique compte tenu de ce qu’on sait de l’atmosphère.
Pourquoi le record tient encore debout
Voilà le paradoxe. L’Organisation météorologique mondiale n’a pourtant pas hésité à trancher dans un cas similaire : en 2012, elle a officiellement invalidé ce qui avait longtemps été considéré comme la température la plus élevée jamais mesurée sur Terre, un relevé de 58,0 °C (136,4 °F) pris à El Azizia, en Libye, le 13 septembre 1922. C’est justement cette annulation qui a propulsé Death Valley au sommet du classement : le retrait du record libyen a fait passer, par défaut, la température de 134 °F (56,7 °C) relevée à Greenland Ranch le 10 juillet 1913 au rang de nouvelle température de l’air la plus élevée mesurée sur la planète. Un record contesté a donc hérité de la couronne d’un autre record déjà démonté pour des raisons quasi identiques : observateur peu expérimenté, matériel douteux, incohérence avec l’environnement immédiat. Mais aucune procédure officielle n’a jamais formellement retiré le chiffre de 1913 des tables mondiales. Il reste, tel un vieux dossier jamais refermé, cité dans les manuels et les infographies alors même que ceux qui l’ont examiné de plus près le qualifient d’« essentiellement impossible d’un point de vue météorologique », selon les mots mêmes de William Reid.
La Vallée de la Mort n’a d’ailleurs plus jamais approché ce niveau depuis. Les températures officielles les plus élevées enregistrées depuis 1913 plafonnent à plusieurs reprises à 129 °F (53,9 °C), observées en juillet 1960, puis en 1998, 2005, 2007 et en juin 2013. Un écart de cinq degrés Fahrenheit qui ne s’est jamais résorbé en plus d’un siècle de mesures, malgré le réchauffement climatique documenté depuis. La rentrée scolaire de cette semaine s’annonce sous un ciel encore estival dans une bonne partie du pays, et un nouvel épisode de chaleur tardive est évoqué pour le début du mois de septembre, sans qu’aucun chiffre précis ne soit encore acquis à cette heure. De quoi rappeler, une fois de plus, qu’un relevé de température, aussi spectaculaire soit-il, ne vaut que par la rigueur de celui qui tient le crayon.
Sources : stormbruiser.com | pvtimes.com