Par
Rédaction Bernay
Publié le
30 août 2026 à 12h10
Sophie Videgrain a quitté la vie parisienne pour vivre dans l’Orne. Historienne d’art de formation, elle se passionne désormais pour l’art éthique, en ne travaillant que les matières naturelles qu’elle trouve autour d’elle. Après avoir participé au Sentier d’art de Beaumesnil, l’édition 2026, proposée à Montreuil-l’Argillé (Eure) l’a interpellée avec son thème « L’histoire tissée au fil du Guiel », parce qu’elle vit aux sources du Guiel.
Elle présente deux œuvres cette année. L’histoire de la première, Prendre corps, a été présentée dans nos colonnes dans un précédent article. Voici celle de la seconde : Les eaux discrètes.
Les risques que l’on prend avec nos rivières
« Pour cette autre création, je suis également partie du concept de la rivière, qui n’est pas uniquement alimentée par les sources, mais aussi par toutes les eaux d’écoulement, du ruissellement de la pluie, un tout qui fait vivre la rivière, participe au bien-être du biotope et crée des zones humides », explique l’artiste.

Sophie Videgrain, inspirée par la nature et la biodiversité. ©CP
Ce petit maillage de ruissellements qui nourrit la rivière se nomme le chevelu. « Et j’ai trouvé ça très joli. Ça fait penser aux cheveux ondoyants des sirènes, des algues, à la vie… »
Mais ces zones vitales peuvent être détruites par l’agriculture intensive trop près des berges, en éliminant totalement ou pour partie ces ruissellements vitaux. Sophie a voulu attirer l’attention sur les risques que l’on prend avec nos rivières, sur ces chevelus si fragiles et quasi invisibles. « Pour moi c’était la base de mon travail : attirer l’attention sur les risques. »
Vidéos : en ce moment sur ActuUne œuvre, une méthode
Les eaux discrètes sont une œuvre formée de planches travaillées avec une technique japonaise, le Yakisugi.
« C’est une méthode d’autant plus intéressante qu’elle consomme très peu d’énergie et garantit au bois une pérennité. Les Japonais parlent de cinquante ans. Elle est un peu impressionnante à mettre en pratique, et il faut prendre toutes les précautions nécessaires. Mais le rendu dit Écaille de dragon, est vraiment très beau. »
Le Yakigugi est un brûlage avec trois planches assez hautes. Il faut les arrimer pour former une cheminée triangulaire verticale, légèrement surélevée, afin d’y aménager un petit foyer auquel on met le feu. Il faut être très prudent, parce qu’il y a un tirage invraisemblable. L’intérieur des planches va brûler, puis partir en auto-combustion. Les planches brûlant entre elles, il peut se créer une colonne de feu d’un mètre sortant de cette cheminée.
La rivière, c’était aussi l’énergie d’autrefois surtout par ici. Nous sommes dans une région de moulins à eau. Il y en avait partout, il en reste quelques-uns. Le moulin, on y allait chercher sa farine, on discutait avec les gens qu’on y rencontrait.
Sophie Videgrain
On affale, on ouvre et on arrose
Dès qu’un brûlis d’environ cinq millimètres s’est formé, en une dizaine de minutes, on affale, on ouvre puis on arrose à grande eau. Ça fige complètement la matière carbonée. Le choc thermique fait éclater le bois qui devient écaille de dragon. Puis on brosse et on passe de l’huile de lin.
Pour la phase finale de son installation, Sophie Videgrain a présenté ses planches dans un assemblage rappelant des roues de moulin, mais à la verticale « Et j’ai fixé des lianes de clématite sur les grandes planches noires pour évoquer le chevelu », précise l’artiste
Elle ajoute : « La rivière, c’était aussi l’énergie d’autrefois surtout par ici. Nous sommes dans une région de moulins à eau. Il y en avait partout, il en reste quelques-uns. Le moulin, on y allait chercher sa farine, on discutait avec les gens qu’on y rencontrait. »
Cette roue verticale est noire, elle attire l’attention. Le bois brûlé est aussi le symbole de la disparition des moulins, mais aussi du dérèglement climatique.
« Certes, j’évoque quelque chose d’un peu moins gai mais moi j’aime toujours que mon travail puisse être interprété sous différents vecteurs. Chacun peut aussi voir, enfin lire, l’œuvre à sa manière. »
Sentier d’art à Montreuil-l’Argillé du 27 juin au 27 septembre 2026. Renseignements : Email : [email protected], sur le site www.bernaynormandie, sur la page Facebook de l’Intercom Bernay Terres de Normandie ou le compte Instagram de l’Office de tourisme.
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