Le domaine de Lussac, situé entre Malbosc et Alco, a payé un lourd tribut à la tempête du 24 août. Les copropriétaires sont démunis face à l’ampleur des dégâts.

Juste au-dessus de l’avenue des Moulins, le domaine de Lussac est un bois privé servant d’écrin à une ancienne « folie » (maison de paisance bâtie sous l’ancien régime) montpelliéraine datant du XVIIe siècle. Il est situé entre Malbosc et Alco, à proximité du parc Henri Lagattu, classé en zone naturelle, qui appartient à la Ville.

Ce sont les trois hectares du bois privé de Lussac qui ont été particulièrement touchés par la tempête qui a frappé le lundi 24 août en soirée. « J’ai vu un tourbillon passer en soulevant de la poussière », raconte Anne-Marie Sabatier qui est là depuis 1979, ce qui en fait la plus ancienne des cinq copropriétaires.

D’énormes craquements ont retenti pendant quelques minutes. Le lendemain, une visite dans le bois a permis de constater l’ampleur des dégâts. Un premier arbre s’est abattu sur le garage. « Les arbres n’ont pas été déracinés mais comme guillotinés », observe Anne-Marie. Leurs troncs pourtant énormes ont été grossièrement coupés en deux, comme si la partie supérieure avait été arrachée.

« C’est dur de voir ça. On venait se promener ici avec les poussettes. Nos enfants ont tous grandi ici, ils faisaient des cabanes dans les arbres. C’est arrivé qu’une tempête déracine un ou deux arbres, mais je n’ai jamais vu un tel massacre. C’est d’autant plus terrible que des endroits comme ça sont précieux face au réchauffement climatique. »

Les allées du parc ont été totalement obstruées.

Les allées du parc ont été totalement obstruées.
ML – GR

« Des risques énormes d’incendie »

« Je suis rentré de vacances en catastrophe, raconte Hubert Girardin, un autre copropriétaire présent depuis le début des années 80. Il y avait des arbres arrachés de partout. Regardez, ce pin d’Alep a été coupé à une quinzaine de mètres de hauteur. Et là, des chênes verts et blancs qui sont tombés. Ce cyprès a perdu ses branches. Seuls les cèdres du Liban ont mieux résisté ».

Les allées qui parsèment le parc sont désormais obstruées par d’énormes branches qui se sont abattues au sol. « Ce qui m’inquiète, c’est que les pompiers ne peuvent plus passer. Et que si on n’enlève pas avant le printemps les arbres qui sont au sol, on a des risques d’incendie énormes à cause des aiguilles de pin qui vont sécher. »

« On a toujours entretenu le parc, mais on n’a pas les moyens de faire enlever les dizaines d’arbres qui sont tombés. Faire venir une grue pour enlever un arbre qui menaçait de tomber, ça nous a coûté plus de 3 000 euros. Et je ne parle même pas de le débiter ou de le faire enlever. »

« Nous sommes assurés en responsabilité civile, par exemple si un arbre tombe un voisin. Mais à l’intérieur du parc, on n’est pas assuré pour les arbres qui tombent. L’idéal serait qu’un arrêté préfectoral de catastrophe naturelle soit pris ». Ce ne sera pas le cas, comme l’a annoncé la préfecture de l’Hérault (lire ci-dessous).

Les racines ont résisté mais les troncs ont été décapités

Les racines ont résisté mais les troncs ont été décapités
ML – GR

Pas d’arrêté de catastrophe naturelle

De nombreux maires de l’Hérault avaient sollicité un arrêté de catastrophe naturelle, au vu des importants dégâts causés par la tempête dans leur commune. Ils ont tous reçu le même courrier de la secrétaire générale de la préfecture, Véronique Martin Saint Léon.

« Je vous informe que ces dommages provoqués par les vents ne peuvent pas être couverts par la garantie catastrophe naturelle. En effet, par définition, les « vents cycloniques » sont des vents tropicaux. Ainsi ces dommages sont obligatoirement pris en charge dans les contrats d’assurance dommage avec la garantie « Tempête, Neige et Grêle » dite TNG. »

En France, seuls les « vents cycloniques » pouvant toucher les territoires ultramarins peuvent être couverts par la garantie catastrophe naturelle.

Et de préciser que cette garantie est « mise en œuvre par les assureurs sans qu’une reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle ne soit nécessaire ». Il revient donc aux administrés de vérifier que cette garantie est incluse dans leur assurance personnelle.

Le refus de l’État passe mal auprès des élus. « L’attente des gens c’est que le sinistre soit reconnu comme quelque chose d’important. Pour eux, ne pas reconnaître catastrophe naturelle, c’est ne pas prendre en compte ce qu’ils ont vécu lors de cette soirée », souligne Claude Valéro, maire de Paulhan.

Le sénateur Hussein Bourgi a déposé une proposition de loi visant à faire évoluer la loi datant de 1982 et adaptée en 2000. Selon lui, il est nécessaire de l’adapter au dérèglement climatique qui se traduit par de plus en plus d’événements violents. La tempête du 24 août n’en est que le dernier exemple.

Les deux tiers du parc donnés à la Ville ?

Les résidants n’ont toutefois pas attendu cette tempête pour préparer l’avenir. En octobre dernier, ils avaient proposé à la ville de Montpellier de lui donner deux des trois hectares du bois de Lussac. Sachant que la collectivité possède déjà des terrains mitoyens. « C’est exactement dans l’axe de la coulée verte reliant le parc Malbosc au conseil départemental, prévu dans le Plan local d’urbanisme », souligne Hubert Girardin.

« Cela permettrait aux habitants de Malbosc de profiter du parc. En été, il y fait toujours quelques degrés de moins. Le bois pourrait aussi être emprunté par le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, qui passe juste à côté. À terme, je n’ai aucun doute : le parc deviendra public. »

Le parc ne manque pas d’atouts. En dehors des arbres arrachés, aucun ne semble avoir souffert de la canicule et de l’exceptionnelle sécheresse qui règne depuis plusieurs mois. « C’est parce qu’il y a une nappe d’eau à cinq ou six mètres de profondeur. Avant, il y avait même une source au milieu du parc. Et un puits au domaine où on puisait de l’eau. C’est certainement pour cela que cette folie a été construite ici ».