« L’escapade » du jour débute sous un soleil agréable, les musiciens placés sous le porche du Dompeter proposant une alerte introduction instrumentale. Dans l’église, presque complètement remplie, les quatre musiciens de l’ensemble La Reverdie emmené par les sœurs Caffagni convient à la découverte d’un style en vogue dans l’Italie d’alors : la caccia (la chasse).
Dans ce vivace madrigal, deux voire trois voix se livrent une course-poursuite sous la forme d’une haletante polyphonie, animée par canons et hoquets. L’accompagnement plus calme dévoile ses multiples combinaisons à mesure que les interprètes sortent les instruments de leur besace. Harpe et luth pour les cordes pincées, rebec et vielle côté cordes frottées, flûtes et tambourin composent un petit orchestre dont les couleurs fusionnent avec les voix de manière étonnante.
L’écriture foisonne et se résout, ultime accomplissement, dans un unisson parfait, qui s’inscrit longtemps sur les tympans. Les musiciens présentent eux-mêmes le programme et en particulier ses textes, avec la complicité de Benoît Haller. Les oiseaux s’y invitent, parfois en onomatopées, et la chasse, narrée avec truculence, prend un tour amoureux par analogie. On parle aussi de l’importance du travail de création pour produire de la musique médiévale instrumentale aux traces écrites fragmentaires. Cette heure distille son imaginaire et sa didactique de bon aloi.
L’amour courtois, encore et toujours !
En début de soirée, le public, encore plus nombreux, se rend du côté de l’abbaye Saint-Trophime à Eschau pour entendre une des œuvres majeures de l’Ars nova en France : Le Remède de Fortune de Guillaume de Machaut. Compositeur, mais également poète, Machaut écrit tout à la fois les textes et leurs musiques.
Lus et chantés en alternance, les 4300 vers retracent l’itinéraire sentimental d’un homme aux prises avec les affres de l’amour, s’en prenant à Dame Fortune dans d’intenses éclats dramatiques, incarnés par un Marc Mauillon incandescent. La peinture des sentiments est soulignée ici par l’accompagnement parfaitement dosé de flûtes, harpe et vielle.
Les instruments dialoguent avec la voix pour emporter les auditeurs dans une expérience digne des soirées des cours seigneuriales. Après la complainte déchirante et lancinante d’une quarantaine de minutes, l’arrivée de la soprano Clémence Niclas, en Espérance joyeuse, permet au cœur meurtri du poète de trouver enfin le repos et à la lumière de triompher, suscitant par un contraste saisissant une émotion intense. Au terme de presque deux heures de musique, saluons l’engagement extraordinaire de chacun des artistes. Quelle journée pour le festival !