A l’heure de la rentrée, faute d’une offre suffisante, de nombreux étudiants sont mal logés dans la métropole lyonnaise, ou n’ont pas encore de solution stable. Certains doivent parfois louer des meublés de tourisme sur les plateformes au risque de voir s’accroître leur précarité en matière d’alimentation et de vie quotidienne.
Fin février dernier l’association Gaelis(1) publiait une enquête très documentée sur le logement étudiant dans la métropole de Lyon.
La métropole lyonnaise compte 200 000 étudiants pour 10 000 logements Crous
Six mois plus tard, nous avons voulu prendre le pouls du logement étudiant auprès de la présidente de Gaelis, Lola Montaclair et du vice-président pour les affaires sociales, Robin Collin-Stiak.
« Le logement à la rentrée est déjà très compliqué depuis plusieurs années, mais la situation semble encore s’aggraver. À Lyon, la tension locative est plus forte que la moyenne nationale et se rapproche de celle de Paris : on est autour d’un logement Crous, pour 20 demandes », informe Robin Collin-Stiak.
Le prix d’un logement Crous sur la zone de Lyon métropole s’élève en moyenne à 379 euros mensuels lorsque le montant en colocation privée avoisine 519 euros et 602 euros pour un logement individuel en appartement seul. « On dépasse vite les 750 à 800 euros pour avoir un 20m2 correct et confortable », affirme Lola Montaclair.
La métropole compte un peu plus de 200 000 étudiants tous établissements confondus, pour seulement quelque 10 000 logements Crous, soit environ 5 % des besoins. Les autres étudiants doivent donc se tourner vers le parc privé, avec des loyers supérieurs de 200 euros par mois à ceux du logement social ou universitaire.
« Il faut parfois compter trois mois pour trouver un logement, souligne Lola Montaclair, présidente de Gaelis. Le calendrier de Parcoursup accentue le phénomène : les résultats commencent à tomber en juin et les étudiants arrivent progressivement sur le marché pendant tout l’été. Certains, notamment ceux qui obtiennent tardivement leur affectation, arrivent à Lyon en août et enchaînent parfois plus de 10 visites dans la journée. La plupart des résidences sont déjà pleines, il ne reste que les loyers les plus élevés ».
L’association lyonnaise essaie de trouver des solutions pour certains étudiants qui peuvent contacter cette dernière par mail. Des dispositifs existent comme la garantie Visale. « L’État peut se porter garant pour un locataire qui ne dispose pas de garant personnel », rappelle Lola Montaclair.
Encadrement des loyers : une fin annoncée à Lyon et des contournements constatés
Alors que l’expérimentation de l’encadrement des loyers dans la métropole de Lyon, la ville centre et à Villeurbanne doit prendre fin début novembre 2026 – la nouvelle majorité rue du Lac ne souhaitant pas la reconduire-, le dispositif est présenté par Gaelis comme un acquis social important, particulièrement pour les étudiants, qui constituent l’une des populations les plus précarisées.
Même un dépassement de 50 euros par mois peut représenter une somme considérable pour un étudiant. « Des contournements ont été constatés notamment avec les compléments de loyer, souligne Robin Collin-Stak. Certains équipements ou meubles peuvent être invoqués pour justifier un supplément. Cela peut être une simple bouilloire ! ».
Interrogée en juin par l’association lyonnaise des étudiants, Claire Pouzin, vice-présidente déléguée à l’offre de logement à la Métropole de Lyon, élue en mars dernier, n’a pas donné beaucoup d’espoirs à Gaelis : « La Métropole envisage notamment la transformation de bureaux en logements, nous a indiqué Claire Pouzin, précise la présidente de Gaelis. Mais il n’existe pas aujourd’hui de véritable réponse à la fin annoncée de l’encadrement des loyers ni de programme visant spécifiquement à accroître l’offre de logements étudiants. »
D’après Gaelis, le Crous devrait investir davantage pour le logement étudiant à Lyon
La métropole de Lyon compte de nombreuses résidences étudiantes mais l’offre est encore insuffisantes. – © Eric Séveyrat
Les représentants étudiants demandent une augmentation massive de l’offre de logements universitaires. Leur proposition lors des dernières élections au Crous était de construire 12 000 logements en cinq ans, soit plus que doubler la capacité actuelle.
« Le Crous de Lyon dispose actuellement d’une capacité d’investissement relativement importante, souligne Robin Collin-Stak qui siège au conseil d’administration. Il fait partie des rares Crous à avoir enregistré un bilan positif sur le dernier exercice. Un gros obstacle reste le temps de construction. Pour une nouvelle résidence ou un restaurant universitaire, il faut compter au minimum quatre ans entre la validation du projet et sa réalisation. »
Les étudiants demandent donc également une accélération des procédures administratives. « Le Crous va augmenter de 100 lits sa résidence de Debourg par rénovation et surélévation, on peut donc passer par de l’existant pour augmenter l’offre de logements face au manque de foncier. »
Le statut de résidence étudiante jugé insuffisamment encadré selon Gaelis
Les étudiants déplorent l’absence d’un véritable statut de résidence étudiante dans le privé, définissant un cahier des charges précis. « On colle le mot étudiant pour rassurer les familles, explique Lola Montaclair. Mais aujourd’hui, l’appellation peut recouvrir des réalités très différentes. On a des résidences avec salle de cinéma, salle de sport, etc. »
En revanche, « comme cela peut être le cas dans les résidences Crous », il n’existe pas de garantie concernant le niveau des loyers, les services proposés ou l’accompagnement des étudiants avec des personnels dédiés. Pour les représentants étudiants, les priorités ne sont pas toujours les bonnes : ils préféreraient des loyers inférieurs de 200 euros et davantage de logements plutôt que des équipements coûteux. Le développement du marché privé est ainsi perçu comme une forme de concurrence au logement Crous, sans les mêmes obligations de service.
Des mobilisations prévues le 15 septembre pour alerter sur la situation des étudiants
Les futurs Jeux olympiques d’hiver de 2030 à Lyon soulèvent deux questions. Les étudiants craignent d’une part que des logements Crous soient réquisitionnés, comme à Paris, pour l’accueil des délégations. Par ailleurs, ils demandent à ce que les logements du futur village olympique d’Oullins-Pierre Bénite, soient pensés dès leur conception pour être reconvertis après les Jeux en logements étudiants ou en logements sociaux.
Une mobilisation nationale est annoncée le 15 septembre, notamment autour de la situation des étudiants extra-communautaires et de la politique gouvernementale concernant les APL (aides personnelles au logement) et les frais d’inscription.
(1). Groupement des associations et élu.e.s étudiant.e.s de Lyon indépendant et solidaire.