À quelques heures de la rentrée scolaire, fixée comme en France au mardi 1er septembre, l’Ukraine voit une partie de ses livres partir en fumée. Dans la nuit du dimanche 30 au lundi 31 août, une imprimerie, située en périphérie de Kiev, a été détruite par un missile russe alors même qu’elle intensifiait sa production pour sortir un total de 1,3 million de manuels, soit 10 % des livres scolaires du pays. Au milieu des décombres ne restent que quelques pages calcinées, rapporte la BBC.

Les ouvrages qui ont échappé aux flammes ont été ruinés par l’eau utilisée par les pompiers pour éteindre l’incendie ou par les intempéries, à la suite de l’effondrement du toit. La structure n’est pas la seule à avoir été prise pour cible. Dans une série d’attaques récentes, la Russie a frappé d’autres imprimeries, mais aussi des maisons d’édition installées aux quatre coins du pays, réduisant en cendres près de 12 millions de livres.

Du neuf comme de l’ancien dans le viseur

Les médias locaux affirment que près d’un tiers des livres imprimés cette année sur le territoire aurait disparu lors de ces opérations, y compris ceux destinés à l’éducation. Pour Viktoria Haidai, directrice commerciale de la maison d’édition Konvi, ces frappes sont loin d’être le fruit du hasard. « Je pense qu’il s’agit d’un acte délibéré de la part de la Fédération de Russie. Au cours des deux derniers mois, plusieurs grandes maisons d’édition ont perdu leurs entrepôts logistiques, où étaient stockées de très grandes quantités de livres », affirme-t-elle. En tout, plus de 35 sites ont été touchés.

« Les Russes détruisent aussi les imprimeries dans une tentative d’effacer l’Ukraine en tant que nation. Mais franchement, ils n’y parviendront pas », poursuit-elle.

L’armée de Vladimir Poutine n’a pas uniquement les dernières publications dans son viseur. L’ancien n’est pas plus épargné que le neuf, comme le prouve l’attaque du marché de livres d’occasion de Potchaïna, dans la capitale. Des centaines de stands et d’innombrables ouvrages ont été soufflés ou brûlés. Avant même que n’arrivent les pompiers, Liliya Velyka, une blogueuse littéraire, cherchait dans ce tas de ruines encore fumant à sauver des œuvres.

« Les livres nous sauvent. Les perdre, c’est comme perdre notre cœur », explique la jeune femme de 28 ans à la BBC, en serrant contre elle un livre de science-fiction trempé. « Le mot est tout. C’est notre développement, notre culture et notre héritage historique transmis de génération en génération », insiste en parallèle Viktoria Haidai.

Plus de 2 000 institutions prises pour cible

En Ukraine, les symboles de la culture encaissent coup sur coup. Des musées, des bibliothèques, des cinémas, des studios de musique, des galeries d’art ou encore des théâtres et des opéras ont été endommagés. Plus de « 1 900 éléments du patrimoine » et « plus de 2 000 institutions culturelles » ont été ciblés depuis le début de la guerre en 2022. La ministre ukrainienne de la Culture, Tetiana Berezhna, estime que cette destruction du patrimoine fait partie intégrante du conflit. « C’est une guerre existentielle, alors la Russie veut nous détruire en tant que nation, nous effacer en tant que nation », dénonce la membre du gouvernement.

Moscou, de son côté, nie viser délibérément des sites civils et accuse les autorités ukrainiennes d’être responsables d’une partie de ces destructions.