Alors que Stockholm a choisi la FDI française pour augmenter drastiquement les capacités de sa flotte de surface, Paris propose désormais à Stockholm d’élargir cette coopération au domaine stratégique de la frappe dans la profondeur. Si le missile de croisière naval (MdCN) ne fait pas partie, à ce stade, de la configuration des quatre futures frégates suédoises, la France propose bien à la Suède la nouvelle famille NCM-LCM Mk.2 de MBDA, aussi bien dans sa version navale que terrestre. Une ouverture qui pourrait peut-être déboucher sur la première exportation du missile tricolore, mais qui montre dans tous les cas la volonté française d’élargir la base d’utilisateurs du MdCN, ce qui permettrait d’en augmenter les cadences de production, à l’heure où les tensions augmentent entre l’Europe et la Russie.

À l’occasion de la signature du contrat portant sur quatre frégates de défense et d’intervention (FDI) pour la Suède, dont la cérémonie s’est tenue à bord de la première unité française de ce type, l’Amiral Ronarc’h, à Stockholm, ce lundi 31 août, l’Élysée a tenu à mettre en avant une capacité particulièrement stratégique que la France est prête à proposer à la Suède, à savoir le missile de croisière naval. Pour rappel, le MdCN est un missile de croisière naval développé par MBDA pour la frappe dans la profondeur de cibles terrestres fortement défendues. D’une portée officiellement supérieure à 1000 kilomètres, il est mis en œuvre par la Marine nationale depuis six de ses huit frégates multi-missions (FREMM) équipées de lanceurs verticaux Sylver A70, ainsi que les nouveaux sous-marins nucléaires d’attaque (SNA) de la classe Suffren, au moyen d’une version encapsulée tirée depuis les tubes lance-torpilles de 533 mm. Entré en service au milieu des années 2010, le MdCN a connu son baptême du feu en avril 2018 lors de l’opération Hamilton en Syrie.

En amont de la visite d’Emmanuel Macron à Stockholm, l’Élysée avait indiqué que les futures frégates suédoises pourraient disposer, outre leurs armements antiaériens, antimissiles et anti-sous-marins, de « capacités de missiles de croisière, donc de frappe dans la profondeur avec le missile de croisière naval ». De quoi laisser penser que le MdCN faisait déjà partie de la configuration retenue pour les quatre bâtiments. Ce n’est toutefois pas le cas.

De source industrielle, nous avons rapidement obtenu la confirmation que cette arme n’est pour l’instant pas prévue dans la configuration retenue à ce stade pour les futures frégates de la classe Luleå, désignation locale de la FDI, essentiellement orientées vers la défense aérienne et la lutte anti-sous-marine. L’offre française est néanmoins bien réelle. À l’occasion de son discours à bord de l’Amiral Ronarc’h, en présence du Premier ministre suédois Ulf Kristersson, Emmanuel Macron a ainsi déclaré :

En équipant les frégates suédoises du missiles Aster, et possiblement du missile de croisière naval, la France ne livre pas seulement des navires, elle apporte aussi une capacité de protection des territoires de nos alliés.

De quoi confirmer qu’il s’agit bien là d’un sujet de discussion ouvert avec les autorités suédoises. D’après nos informations, l’offre française porterait en effet sur la nouvelle génération du MdCN, commandée à une centaine d’exemplaires par la France et commercialisée à l’exportation sous la désignation NCM/LCM Mk.2 par MBDA. Ainsi, Paris aurait proposé le missile à Stockholm dans ses deux nouvelles déclinaisons, le Naval Cruise Missile, évolution du MdCN actuel destiné à équiper des frégates et des sous-marins, et le Land Cruise Missile, destiné à être tiré depuis la terre. Toujours selon nos informations, cette seconde solution suscite elle aussi un intérêt suédois, même si les discussions n’en sont pas encore au stade d’une acquisition.

Une nouvelle composante de la frappe dans la profondeur pour la Suède

L’intérêt de Stockholm pour une telle capacité n’a rien de surprenant. Depuis l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie et, plus encore, depuis son entrée dans l’OTAN, la Suède accorde une importance croissante aux moyens permettant de frapper un adversaire loin derrière la ligne de front. Cette évolution doctrinale concerne aussi bien les forces aériennes que terrestres et navales, et s’avère déjà très concrète. Le 21 août, un Gripen C suédois a ainsi réalisé à Vidsel le premier tir d’un missile de croisière KEPD-350 Taurus, dont l’intégration doit donner à l’aviation suédoise une capacité nouvelle de frappe dans la profondeur. 

Mais avec une portée officiellement supérieure à 1000 kilomètres, et approchant probablement les 1400 km dans les faits, le NCM donnerait à la marine suédoise une capacité de frappe contre la terre sans équivalent dans son arsenal actuel. Pour les forces suédoises, les frégates offriraient en cela une plateforme de tir idéale, mobile, et capable d’opérer aussi bien en Baltique que dans les approches de la mer du Nord et de l’Atlantique.

 

Tir d’un MdCN depuis la FREMM Bretagne.

 

Au-delà de la seule capacité militaire, l’acquisition d’une telle arme ferait également entrer la Suède dans le cercle encore restreint des pays européens disposant de moyens conventionnels capables de menacer des objectifs stratégiques à très longue distance. Sans se confondre évidemment avec la dissuasion nucléaire, une telle capacité participe à une forme de dissuasion conventionnelle : elle permet de faire peser sur un adversaire potentiel la menace de frappes contre ses centres de commandement, ses infrastructures militaires, ses bases ou ses moyens d’attaque, et donc d’accroître le coût d’une éventuelle agression.

Cette évolution prend un relief particulier dans le contexte du rapprochement stratégique entre Paris et Stockholm. La Suède a accepté cette année de participer au dialogue proposé par la France autour de sa « dissuasion avancée », les deux pays ayant même réuni en avril un premier groupe de pilotage nucléaire. Lors de la signature du contrat des FDI, Emmanuel Macron a d’ailleurs explicitement relié la coopération franco-suédoise en matière de défense antimissile à « l’épaulement de la dissuasion nucléaire avancée », avant d’évoquer un « cadre stratégique inédit » associant exercices, déploiements, capacités militaires et coopération industrielle. Dans ce cadre, la frappe conventionnelle dans la profondeur trouve naturellement sa place aux côtés des capacités de détection, de renseignement et de ciblage nécessaires pour identifier et traiter des objectifs à grande distance.

Quelles options d’intégration sur la classe Luleå ?

Cette nouvelle fonction devrait néanmoins trouver sa place parmi les nombreuses missions des futures Luleå. Leur vocation première reste aujourd’hui la défense aérienne et la lutte anti-sous-marine. Pour l’heure, il est prévu d’équiper les quatre puits de lancements de la plage avant des Luleå avec trois lanceurs octuples Sylver A50 pour un total de 24 missiles anti-aériens à longue portée Aster 30, et un lanceur Sylver CL (Cold Launch) supplémentaire pour 24 missiles CAMM-ER de moyenne portée. Dès lors, il n’y aurait donc aucun emplacement de disponible pour y embarquer un éventuel lanceur Sylver A70, capable d’embarquer huit MdCN/NCM.

Ce choix ne devrait toutefois pas nécessairement être figé pour les quatre bâtiments pendant toute leur durée de vie. Les programmes français et grec montrent déjà que les FDI peuvent évoluer entre différents standards au fil de leur construction et de leurs modernisations. Si Stockholm décidait ultérieurement d’acquérir le NCM, les deux premières Luleå pourraient par exemple entrer en service dans leur configuration actuelle, avant que les deux suivantes ne reçoivent nativement une capacité de frappe dans la profondeur, en attendant un éventuel rétrofit des deux premières unités.

 

Maquette du MdCN Mk.2 exposé lors d’Eurosatory 2026.

 

Rien n’indique que la Suède envisage aujourd’hui ce scénario, mais le calendrier des livraisons, prévues entre 2030 et 2034, lui laisse cette possibilité. Cette éventuelle évolution des missions des Luleå dépendra probablement de deux facteurs, l’un opérationnel, l’autre technique. Sur le plan opérationnel, la marine suédoise devra évaluer l’intérêt de disposer d’une capacité de frappe lointaine au détriment d’une part significative de ses capacités anti-aériennes, ce qui relève autant d’un choix opérationnel que doctrinal. Sur le plan technique, la décision pourrait également être facilité par l’introduction par Naval Group, au cours de la prochaine décennie, d’un nouveau standard de lanceurs verticaux, les Sylver NG.

Contrairement à la famille de Sylver actuels qui est scindée en deux gammes distinctes, à savoir les Sylver A43 et A50 pour le tir de missiles anti-aériens Aster 15 et Aster 30 d’une part, et le Sylver A70 pour le tir de MdCN d’autre part, le futur Sylver NG devra être un lanceur universel capable d’embarquer, au choix, un MdCN, un missile Aster, ou d’autres armements encore en développement. Or, pour peu qu’un tel lanceur universel soit disponible au début des années 2030, il pourrait être intégré nativement aux dernières FDI prévues pour la Suède, ce qui permettrait à la marine suédoise de disposer d’une capacité de tir de NCM sans avoir, théoriquement, à se priver en permanence de sa capacité d’emport en missiles Aster 30.

Mieux encore, Stockholm pourrait d’ores et déjà sélectionner le LCM pour des tirs depuis la terre, et conserver l’option d’intégrer ces missiles sur ses frégates une fois les Sylver NG disponibles. En effet, si MBDA parle de NCM et de LCM, il s’agit techniquement du même missile, le MdCN Mk.2, qui peut être embarqué aussi bien à bord d’un Sylver A70 que d’un lanceur terrestre mobile. Et si Stockholm décide de confier au NCM/LCM une partie de ses capacités de frappes à longue portée, alors la voie pourrait s’ouvrir à une intégration sur d’autres plateformes.

Missile de croisière naval : des Luleå aux sous-marins A26 ?

Pour l’heure, le NCM est proposé prioritairement à la marine suédoise pour ses futures FDI, comme tend à le confirmer la déclaration du président français. Une intégration aux sous-marins A26 ne semble pas faire partie des discussions actuellement connues, mais l’hypothèse n’en demeure pas moins intéressante à étudier, en tous cas si Stockholm venait à adopter le missile.

En effet, le MdCN existe déjà dans une version encapsulée lancée depuis les tubes lance-torpilles de 533 mm des SNA français du type Suffren, et il en sera de même pour le MdCN Mk.2, commercialisé comme NCM/LCM. Or les sous-marins suédois, y compris les futurs bâtiments du type A26, disposent eux aussi de tubes de ce calibre. Dans une de ses études récentes, l’International Institute for Strategic Studies a d’ailleurs identifié le missile français comme l’une des solutions techniquement envisageables pour donner à l’A26 une capacité de frappe terrestre à longue portée.

 

Tir d’essai d’un MdCN à changement de milieu. Le missile peut être tiré d’une frégate, d’un sous-marin ou, demain, d’un lanceur terrestre.

 

Pour la Suède, le complément serait opérationnellement pertinent. Une frégate peut emporter une importante puissance de feu et assurer une présence durable, mais reste une plateforme dont les mouvements peuvent être suivis. Un sous-marin conventionnel très discret, conçu notamment pour évoluer dans l’environnement complexe de la Baltique, ferait au contraire peser une menace de frappe beaucoup plus difficile à localiser. Cette possibilité pourrait en outre intéresser d’autres pays. La Pologne a signé en juin l’acquisition de trois A26 dans le cadre du programme Orka et cherche depuis longtemps à doter ses futurs sous-marins d’une capacité de frappe dans la profondeur supérieure à 1000 kilomètres. L’IISS a précisément cité le MdCN parmi les solutions possibles pour répondre à ce besoin. La France avait d’ailleurs déjà proposé son missile de croisière à Varsovie si la Pologne choisissait un sous-marin français. 

Une qualification du NCM sur A26 pourrait donc, à terme, ouvrir un débouché supplémentaire à MBDA. Elle présenterait cependant un certain paradoxe pour Naval Group, en donnant à un sous-marin concurrent une capacité qui constitue aujourd’hui l’un des atouts des offres françaises Scorpène et Barracuda. À voir, donc, si cet inconvénient commercial apparaît comme secondaire au regard de l’intérêt stratégique et industriel que représenterait l’élargissement de la base d’utilisateurs du missile, dans une région que Moscou conserve sous haute pression.

Le MdCN Mk.2 arrive au bon moment

Les précisions obtenues aussi bien auprès des industriels que de l’Élysée permettent surtout de lever une incertitude importante : le missile proposé à la Suède appartient bien à la nouvelle génération NCM/LCM Mk.2, présentée par MBDA à Eurosatory en juin.

Le nouveau missile conserve les formes et dimensions générales du MdCN actuel, mais renouvelle profondément ses principaux équipements internes. La propulsion, la charge militaire et le système de navigation et d’attaque ont notamment été modernisés. MBDA met en avant une meilleure résistance au brouillage, une discrétion et des performances de vol accrues ainsi qu’une augmentation de la portée et de la létalité.

Le calendrier correspond particulièrement bien à celui des frégates suédoises. Le Mk.2 doit prendre progressivement la relève du MdCN actuel autour de 2030, précisément lorsque les premières Luleå doivent entrer en flotte. Si Stockholm décidait d’acquérir une capacité de frappe navale dans la profondeur, ou même une capacité de frappe terrestre, il n’y aurait donc guère de raison d’investir dans la génération précédente.

 

Maquette du LCM/NCM Mk.2, sur le stand du Ministère des Armées, à Eurosatory 2026.

 

La principale nouveauté du Mk.2 est surtout de ne plus être pensé uniquement comme un missile naval. Avec le LCM, MBDA propose le même missile depuis un lanceur terrestre mobile, le premier Ground Launch System devant être disponible dès 2029, pour peu qu’un client s’en porte acquéreur. Une batterie emporte quatre missiles prêts au tir et peut être déployée depuis des positions non préparées.

Le fait que la France puisse proposer simultanément les deux déclinaisons à Stockholm est particulièrement intéressant. Pour la Suède, une munition commune entre forces terrestres et navales permettrait de mutualiser les stocks et une partie du soutien. Pour MBDA et la France, l’intérêt est aussi industriel, puisqu’il permettrait de multiplier les porteurs et les utilisateurs, ce qui reviendrait à allonger les séries, augmenter les cadences et, à terme, mieux maîtriser les coûts de production.

Cette logique prend une importance particulière dans le contexte actuel. La guerre en Ukraine a rappelé combien un conflit de haute intensité pouvait rapidement consommer les stocks de munitions de précision. Une famille NCM/LCM produite pour plusieurs armées européennes offrirait une assise industrielle bien plus importante que celle constituée jusqu’ici par les seuls besoins français.

Un atout pour les offres françaises et la frappe européenne

Une première intégration export du NCM Mk.2 sur FDI pourrait également avoir des conséquences pour la Marine nationale. Comme Mer et Marine l’a récemment détaillé, les cinq frégates françaises doivent désormais être portées à 32 cellules de lancement vertical, contre 16 initialement prévues. Livrable en 2029, l’Amiral Castex et les deux unités suivantes doivent recevoir cette configuration au neuvage, tandis que l’Amiral Ronarc’h (2025) et l’Amiral Louzeau (2027) seront modifiés ultérieurement.

La priorité française reste aujourd’hui clairement la défense aérienne, avec quatre lanceurs Sylver A50 permettant d’embarquer jusqu’à 32 Aster 15 et Aster 30. Mais la FDI a été conçue pour accepter également des Sylver A70. Une configuration comprenant trois modules A50 et un A70 permettrait par exemple d’emporter 24 Aster et huit MdCN, si évidemment une telle capacité est souhaitée par l’amirauté, et finançable. Sachant que, là aussi, le Sylver NG apporterait une précieuse souplesse d’emploi. 

Une éventuelle intégration du Mk.2 sur les bâtiments suédois rendrait cette possibilité plus concrète pour la Marine nationale, puisqu’une partie du travail de qualification aurait alors été réalisée sur la même plateforme, et financé par un client export. Elle n’en poserait pas moins un véritable arbitrage. Dans un contexte marqué par la multiplication des missiles antinavires, des armes balistiques et des attaques saturantes, huit MdCN prendraient la place d’autant d’Aster, mais présenteraient également l’intérêt théorique de pouvoir détruire des batteries de missiles antinavires avant que ces derniers ne puissent représenter une menace pour la flotte en haute mer.

 

Maquette d’un lanceur de LCM.

 

La Grèce constitue un autre utilisateur naturellement concerné. Athènes a déjà annoncé sa volonté de donner à sa quatrième FDI, puis à terme aux trois premières, une capacité de frappe dans la profondeur supérieure à 1000 kilomètres. Pour Athènes, le fait qu’un ou plusieurs autres utilisateurs de la FDI se penchent également sur cette option permettrait de réduire les coûts et les risques liés à l’intégration de ce missile sur les frégates grecques.

Au-delà de ces trois marines, l’existence d’une telle capacité renforcerait également les offres de Naval Group sur de futures compétitions. On pense par exemple à la Belgique, qui étudie désormais des alternatives face aux retards de ses futures frégates ASWF, et qui pourrait voir dans cette capacité de frappe à longue distance un atout concurrentiel supplémentaire pour l’offre française.

Le même raisonnement vaut pour les sous-marins. Les Pays-Bas souhaitaient initialement équiper leurs futurs Orka (variante à propulsion conventionnelle des SNA Suffren français) de missiles de croisière américains Tomahawk, mais ont dû abandonner cette solution car la variante tirée depuis les tubes lance-torpilles n’est plus produite. La Haye a choisi de participer au développement du JSM-SL, variante du NSM (Naval Strike Missile) norvégien, dont elle estime qu’il répond à ses besoins. Ce missile compact et polyvalent, d’une portée de quelques centaines de kilomètres, n’appartient cependant pas exactement à la même catégorie qu’un MdCN de plus de 1000 kilomètres de portée, et s’apparente plutôt à la gamme du SM40 Exocet. De plus, la marine néerlandaise a récemment montré sa capacité d’adaptation en annulant l’intégration de la torpille américaine Mk.48 à bord de ses futurs Orka pour lui préférer la F21 de Naval Group. Sans faire des Pays-Bas un prospect avancé du missile français, le cas néerlandais montre l’intérêt pour Naval Group de pouvoir proposer avec MBDA une véritable arme de frappe terrestre lourde, disponible aussi bien sur ses frégates que sur ses sous-marins.

Cet avantage pourrait prendre encore plus de valeur à l’échelle européenne. La France et la Suède participent, avec l’Allemagne, l’Italie, la Pologne et le Royaume-Uni, à l’European Long-range Strike Approach (ELSA). L’initiative est désormais structurée autour de plusieurs groupes de coopération, dont l’un porte sur les systèmes terrestres d’une portée comprise entre 500 et 2000 kilomètres, segment dans lequel vient naturellement se placer le LCM.

Cela ne signifie pas pour autant que le missile de MBDA soit retenu comme solution commune. Plusieurs projets concurrents sont en cours en Europe et ELSA vise d’abord à rapprocher les besoins et à favoriser les coopérations. Mais le fait que la France, la Suède et la Pologne soient toutes trois impliquées dans cette démarche est loin d’être anodin alors que ces pays pourraient, à différents titres, avoir intérêt à disposer de la même famille de missiles.

Le MdCN est jusqu’ici resté une capacité française particulièrement performante mais produite en quantités limitées pour un seul utilisateur. La Suède ne l’a pas commandé et ses futures FDI ne sont aujourd’hui pas prévues pour l’emporter. Néanmoins, le fait que Paris lui propose désormais simultanément le NCM et le LCM Mk.2 ouvre de nouvelles perspectives.

Plus largement, une première exportation permettrait non seulement de diffuser une capacité européenne de frappe à très longue portée, mais aussi d’augmenter les volumes produits, les stocks disponibles et les cadences de livraison. Dans une Europe qui cherche à reconstruire rapidement ses moyens de frappe conventionnelle dans la profondeur face à la Russie, ce changement d’échelle industriel serait peut-être, à terme, l’enjeu le plus important de l’offre faite à Stockholm.

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.