Situé sur l’île de Nantes, non loin de la Loire, l’écocentre a été mis en place pour valoriser les terres des chantiers du secteur. Une infrastructure loin de convenir à certains riverains de la zone, qui pointent du doigt plusieurs problématiques quant au fonctionnement du site.
Quand on s’approche de l’entrée principale de l’écocentre, située rue Saint-Domingue, sur l’île de Nantes, on peut apercevoir un panneau à l’entrée. Sur ce dernier, il est inscrit : « Nous nous impliquons pour : limiter les nuisances sur le cadre de vie, préserver les ressources, protéger le sol et la nappe phréatique, réduire et trier nos déchets ».
À quelques encablures de là, dans son appartement du 6ᵉ étage, pas sûr que Didier Richard soit convaincu par ces principes peut-être pas toujours respectés, selon lui.

Un panneau à l’entrée de l’Écocentre, explique les engagements du site
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© Quentin Carudel / FTV
Quand on arrive chez lui, impossible de ne pas tiquer sur la pollution sonore dans l’appartement. Les fenêtres sont ouvertes et le bruit est omniprésent. On entend parfaitement des ouvriers en train de scier des portions de rails, ainsi que la concasseuse, mise en route ce 31 août pour une période de deux semaines.
« Cela génère du bruit au quotidien, toute la journée. C’est un bruit sourd, récurrent, détaille ce résident nantais. On ne peut pas ouvrir nos fenêtres, alors qu’on est fin août, début septembre, et qu’il fait à peu près beau. »
Les gens ne peuvent pas profiter de leur appartement en faisant du télétravail. Quand il fait chaud, ils ne peuvent pas ouvrir les fenêtres pour aérer et profiter de l’extérieur.
Didier Richard
Membre du comité de suivi et riverain
Selon lui, le site possède aussi une cribleuse hydrolavante, qui trie les matériaux et les lave, qui fait un « boucan du tonnerre ». Des nuisances sonores constantes, qui pèsent sur le moral des habitants du coin qui n’en peuvent plus de cette situation. « Quand on discute avec les riverains, il y en a qui sont à deux doigts de la dépression. Ce n’est pas caricaturé, il y a des gens qui en ont ras-le-bol », insiste Didier Richard.
Autre nuisance : la poussière que génèrent les allées et venues des machines, et le déplacement des gravats et de la terre. « Nous, à l’appartement, on a de la poussière tous les jours. C’est franchement agaçant, et on ne sait pas ce qu’on respire », s’inquiète le Nantais.
Si des petits détecteurs ont été placés au pied des bâtiments pour analyser la qualité de l’air, c’est loin de le rassurer. « Quand notre petite-fille vient, elle ne va pas sur le balcon et elle ne va pas aux abords du site, dans le jardin de l’Estuaire, pour s’amuser », confie-t-il.
Plusieurs riverains ont proposé que la période de concassage se déroule en hiver, à une période où la poussière et le bruit seraient moins nuisibles. Mais cette éventualité n’a pas été retenue.

Didier Richard, comme d’autres riverains, ne supportent plus les nuisances sonores et de la poussière
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© Quentin Carudel / FTV
Membre du comité de suivi sur l’écocentre, Didier Richard partage les revendications du collectif « Stop Écocentre Île de Nantes » sur les nuisances, mais également sur l’arrosage du site avec de l’eau potable ou encore la destination des terres valorisées et stockées sur place.
Sur le site de la Samoa, qui gère les lieux, on explique que cet écocentre permet « d’entreposer, trier et recycler en circuit les terres et les matériaux issus des chantiers de l’Île de Nantes ». Mais est-ce le cas réellement ?
Selon Didier Richard, ce n’est pas forcément vrai et pour en être sûr, il a, avec d’autres personnes, suivi les trajets de certains camions au départ de Nantes.
« Il y a un gros tas, qu’on a estimé à peu près à 10 000 tonnes, et qui s’en va à la carrière de la Grande-Garde à Saint-Colombans, explique-t-il. Certains matériaux s’en vont aussi à la clairière des Maraîchères, à Bougenais, ou à la carrière de la Clarté à Herbignac. »
Au total, selon eux, 26 000 kilomètres parcourus par ces camions sur le mois d’août sur le département. « On est loin de la promesse de la Samoa et de Brézillion (l’entreprise qui exploite le site) qui était d’avoir un système très vertueux ».
Vivement pointée du doigt, la Samoa, aux manettes du projet d’écocentre sur l’île de Nantes, a accepté de répondre à nos questions, par le biais de son directeur adjoint au projet urbain Guillaume Petit.
Sur la question des nuisances sonores, ce dernier explique que « c’est un sujet qui a été appréhendé de longue date par rapport à l’installation de cet équipement sur l’île de Nantes, avec une discussion auprès des riverains qui s’est installée depuis trois ans, et un comité de suivi ».
Il ajoute que des capteurs permettent de contrôler les niveaux de poussière et les niveaux sonores liés à l’activité de l’écocentre.
Cependant, Guillaume Petit admet que ces derniers temps, l’écocentre est très actif à cause du réemploi de matériaux nécessaires pour le début du chantier de la faculté de santé. Cela est couplé au chantier des Jardins de l’Estuaire, qui lui aussi, selon eux, « génère des nuisances, poussières et bruit ».
On a bien conscience que dans les phases très denses comme ces 15 premiers jours de septembre, il reste des nuisances qui sont inhérentes à ces chantiers, mais on essaie de les maîtriser.
Guillaume Petit
Directeur adjoint au projet urbain de la Samoa
Arrosage de la terre, mise en fonction de systèmes moins bruyants au niveau des machines… La Samoa explique essayer de faire des efforts.
Selon le directeur adjoint au projet urbain de la Samoa, la multiplication des chantiers sur l’île de Nantes génère donc une activité et des nuisances supplémentaires. Une phase selon l’entreprise, « nécessaire avant un cadre de vie qui sera fortement amélioré d’ici quelques mois ».
Un décalage de la période de concassage n’était pas non plus possible selon eux, car « le chantier de la faculté de santé a besoin de ces matériaux fin septembre » et il n’était pas question de retarder les travaux.

Mis en service il y a un an et demi, l’écocentre a été créé pour stocker, traiter et réutiliser les matériaux des chantiers de l’île de Nantes
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© Quentin Carudel / FTV
Concernant la destination des matériaux traités et stockés sur le site de l’écocentre de l’île de Nantes, Guillaume Petit insiste sur le bienfait de l’économie circulaire inhérente au projet et explique que la Samoa a été transparente concernant le fait que certains matériaux étaient destinés à d’autres zones.
« On n’a pas la capacité à traiter 100 % des matériaux sur l’île de Nantes en économie circulaire, notamment car on a un volume en déblai qui est plus important qu’en remblai. Et l’idée c’est d’équilibrer au maximum. »
Les matériaux qui présentent des teneurs en pollution trop importantes, et ceux qui n’ont pas les caractéristiques techniques requises, ne sont donc pas traités sur l’île de Nantes.
Au cours de l’interview avec Didier Ricard, riverain mécontent, il a été évoqué des matériaux avec des teneurs de plomb mélangées à d’autres matériaux. De son côté, la Samoa explique avoir tout de suite sollicité l’entreprise Brézillion pour vérifier que tout était en règle. « On a eu confirmation, avant l’envoi des matériaux sur l’écocentre, qu’on était bien conforme avec les limites fixées par la réglementation au sein de l’écocentre. »
Pour parler de tous ces sujets, une réunion entre les élus du quartier, les riverains et les responsables de la Samoa, avait lieu ce 31 août en fin de journée. Chaque partie espère être entendue et comprise. Dans le cas contraire, certains riverains pensent saisir la préfecture ainsi que la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL) afin de faire bouger les choses.
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