Publié le
1 sept. 2026 à 6h58
Mardi 1er septembre 2026 s’ouvre la concertation préalable au projet d’incinérateur Thermo-sur-Seine à Vitry (Val-de-Marne). Du côté des habitants et des élus, l’opposition est farouche depuis la « découverte » des ambitions de Dalkia sur l’ancien site EDF. Benoît Guiblin, directeur régional Dalkia Île-de-France et représentant du projet, a accordé un entretien à actu Paris. L’occasion de revenir sur le silence assourdissant du groupement qui a ravi le « contrat du siècle » à Engie, l’intérêt de la concertation préalable ou encore les rejets attendus des trois lignes de production à venir.
actu Paris : À quoi va servir la concertation préalable ?
Benoît Guiblin : Compte tenu de la taille du projet, cette concertation est prévue par la loi et se déroulera sous l’égide de la Commission nationale du débat public (CNDP). L’objectif est de mettre à la disposition du public une information dont la CNDP garantit l’objectivité et la réalité des informations. L’idée est aussi de battre en brèche un certain nombre d’interrogations : qu’est-ce que ce projet ? Quels en sont les bénéfices et les intérêts pour le territoire ?
On souhaite aussi répondre aux inquiétudes et aux choses inexactes qui ont été diffusées. La concertation va donner plus de transparence. Elle va faire partie des pièces versées au dossier et complètera l’enquête publique à venir.
actu Paris : À quelles informations inexactes faites vous référence ?
B. G. : Prenons l’exemple du combustible. L’installation va utiliser le combustible solide de récupération (CSR). On entend, on lit, qu’il va y avoir un incinérateur de plus à Vitry alors qu’il existe déjà trois incinérateurs dans le Val-de-Marne. C’est une chose inexacte. Le processus de combustion va comprendre une flamme certes, mais quand on entend incinérateur, on pense incinérateur d’ordures ménagères. Là non, ça sera un combustible CSR et ça change beaucoup de choses au niveau des émissions, des rejets mais aussi sur le plan du fonctionnement.
L’incinération, c’est 24h/24 et 7j/7. L’objet alors, c’est de prendre tout ce qui rentre, le mettre dans une chaudière pour éviter que ça soit enfoui. Ça produit de la chaleur mais de manière marginale.
Avec Thermo-sur-Seine, l’installation ne fonctionnera pas toute l’année, elle suivra les besoins en chauffage et eau chaude sanitaire. Je le répète, nous n’allons pas brûler d’ordures ménagères à Vitry, mais des CSR issus de matières qui aujourd’hui ne sont ni réutilisées, ni recyclées, ni revalorisées mais enfouies. Ça représente 2 millions de tonnes de déchets par an en Île-de-France.
actu Paris : Pourquoi n’a-t-on pas entendu parler du projet plus tôt ?
B. G. : Nous avons été empêchés de présenter le projet depuis plusieurs mois. À l’issue de l’attribution du contrat par la mairie de Paris le 17 décembre 2025, notre concurrent Engie a fait des recours, ce que lui permet la loi. Et donc, légalement, pendant la période de recours, nous ne pouvions pas communiquer.
Il ne nous a pas échappé que le contexte électoral n’était pas favorable au projet et a laissé prospérer des idées. Dans le même temps, on nous a empêché de prendre la parole. Je ne peux pas imaginer qu’en dehors de positionnements politiques, les enjeux portés par Thermo-sur-Seine comme la souveraineté énergétique ne trouvent pas écho chez les élus locaux.
actu Paris : La chaufferie devrait être construite à la place des deux cheminées EDF mais ne sont-elles pas protégées par le PLU ?
B. G. : Si, elles le sont. On travaille avec la ville et les associations de défense de ces cheminées. On connaît le poids symbolique de ces cheminées et il ne s’agit pas de tout raser pour un terrain vague. On va redonner une dynamique industrielle à cette friche de 38 ha.
Avec le cabinet d’architectes, nous avons tenté de voir comment mieux valoriser ce symbole, comment intégrer notre projet. Il ne faut pas qu’une installation ancienne condamne toute évolution du site. Thermo-sur-Seine ce n’est pas la fin de ces cheminées, c’est le début d’une nouvelle histoire qui s’inscrit dans la continuité de leur passé patrimoniale.
actu Paris : Si le projet à Vitry rencontre de trop grosses difficultés, les autres sites identifiés au préalable (Saint-Ouen, Choisy) pourraient-ils devenir des alternatives ?
B. G. : Pour comprendre pourquoi Vitry a été choisie, faisons le portrait robot d’un site qui peut accueillir une telle infrastructure. Il faudrait 7 ou 8 ha minimum, donc du foncier disponible. La proximité avec le réseau parisien est importante car la vapeur se transporte mal sur une longue distance, du fait de la condensation.
Il faut aussi prendre en compte qu’on ne peut pas artificialiser les sols depuis la loi « zéro artificialisation nette » (ZAN), d’où le fait d’avoir ciblé un terrain qui avait historiquement une destination industrielle. Nous avions identifié trois sites. Un à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) mais ajouter un outil de production dans le Nord aurait déséquilibré le réseau parisien, un à Choisy-le-Roi sur l’ancien site Renault qu’on a tenté d’acheter mais en vain et un autre à Vitry mais sa superficie était insuffisante.
Sur ce site de 38 ha, on va pouvoir se projeter et réfléchir à comment aménager un parc urbain pour redonner accès à la Seine notamment.
actu Paris : Que répondre aux habitants de Vitry et des communes voisines, qui s’inquiètent de la pollution à venir ?
B. G. : Quand on brûle du CSR, on n’envoie pas de fumée aux petits oiseaux sans avoir procédé au traitement. Le fait de brûler un combustible homogène rend la combustion stable. Thermo-sur-Seine va fonctionner à 1 200 degrés alors qu’un incinérateur classique brûle à 700 degrés. Cette très haute température permettra d’éliminer des polluants.
Je résume : avec la maîtrise du combustible entrant et la combustion, on va pouvoir limiter un certain nombre de gaz produits par la combustion. Des capteurs permettront de mesurer les rejets atmosphériques. Ces derniers devront respecter des normes très précises et dès qu’elles seront dépassées, l’installation s’arrêtera.
actu Paris : Les riverains et associations proches du Syctom à Ivry se battent pour une information en temps réel des rejets de l’incinérateur. Seriez-vous prêts à proposer une telle mesure ?
B. G. : Oui, on est favorable à un suivi en temps réel des rejets pour plus de transparence. Par ailleurs, on imagine déjà un comité de suivi citoyen.
Infos pratiques
Tout au long de la concertation, des temps d’échange auront lieu. La première rencontre mobile se tiendra au marché du centre-ville de Vitry-sur-Seine, mercredi 2 septembre de 9h30 à midi.
Mardi 15 septembre se tiendra une réunion publique d’information à partir de 18h30 à la salle Robespierre, 2 allée du Puits-Farouche.
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