Une hausse de 21 % de la fréquentation en mai et juin. En Bretagne, la généralisation du repas à un euro pour tous les étudiants n’est pas passée inaperçue. « Nous nous y attendions. L’offre du Crous était déjà attractive. Nous avons cherché à optimiser », analyse le directeur régional Jean-Marc Quemeneur. Malgré les renforts, ses agents ne sont pas les seuls à avoir trinqué. Ailleurs en France, les Restos U ont également vu leur fréquentation gonfler. Dans un rapport dévoilé au début de l’été, une hausse de 14 % était évoquée pour les restaurants de Paris et de Bordeaux. La preuve, s’il en fallait une, de l’engouement des étudiants pour ce repas chaud et complet proposé à un prix imbattable.

Avant le 4 mai, seuls les boursiers pouvaient y prétendre, les autres devant payer 3,30 euros. Pour répondre aux demandes des syndicats de jeunesse (et s’assurer le soutien du Parti socialiste), le gouvernement français avait choisi de généraliser la mesure à l’ensemble des presque trois millions d’étudiants inscrits dans le public. Un choix politique fort, applaudi par la jeunesse, mais qui ne sera pas indolore pour les finances (déjà pas en pleine forme) de l’État.

A la veille de la réouverture de leurs Restos U, les directions de Crous affichent leurs ambitions, sans masquer leurs incertitudes. « La rentrée, c’est toujours un pic d’activité. Et là, nous savons que nous aurons plus de monde. C’est un défi mais nous y sommes préparés », assure le directeur du Crous Bretagne. Pour faire face à l’affluence, sa région a reçu 450.000 euros pour s’équiper en matériel (fours, frigos…) et bénéficiera d’heures de main-d’œuvre supplémentaires. « Nous avons été bien servis », reconnaît le directeur dans un sourire. Au niveau national, l’État a provisionné 59 millions d’euros supplémentaires. Insuffisant, selon les syndicats de personnel du Crous. Ils ne sont pas les seuls à le penser.

Un rapport alarmant sur les finances

Dans le rapport parlementaire diffusé en juillet, la crainte d’une explosion du budget était redoutée. Pour le député du Bas-Rhin Charles Sitzenstuhl (Ensemble), auteur de ce rapport, « les équilibres économiques du réseau des Crous sont fragiles ». Le parlementaire rappelle que « le financement de la restauration universitaire repose sur un modèle structurellement déficitaire et qui dépend largement de l’intervention financière de l’État ».

Pour fluidifier les passages au Resto U, les Crous poussent les étudiants à utiliser l'application Izly.Pour fluidifier les passages au Resto U, les Crous poussent les étudiants à utiliser l’application Izly. - C. Allain/20 Minutes

Il dit vrai. Car chaque repas, s’il est vendu 1 euro, coûte environ 8 euros à fabriquer, soit un reste à charge de 7 euros pour la puissance publique. Multipliez cela par les 44 millions de repas servis chaque semaine, et vous comprendrez que la facture est salée. Avant l’élargissement du ticket à 1 euro, environ la moitié des repas servis étaient payés 3,30 euros. « Nous sommes vraiment inquiets. Ce n’est pas parce que nous sommes contre la mesure, mais parce qu’on ne nous donne pas les moyens de la mettre en place », assure Raymond Rivière, agent du Crous et représentant du SGEN-CFDT.

Déjà des préavis de grève

Son syndicat a d’ailleurs déposé un préavis de grève à compter du 1er septembre. Un mouvement intersyndical protestant contre la mise en place du repas à 1 euro est déjà annoncé le 22 septembre. Sollicité par 20 Minutes, le Cnous veut se montrer rassurant. Les moyens ont été alloués avec l’équivalent de 200 temps plein. « Le Cnous et le ministère auront une attention particulière au suivi de la fréquentation des restaurants Crous sur les mois de rentrée afin d’évaluer au plus juste les moyens à venir ». Le directeur de l’antenne bretonne n’est pas plus inquiet. « L’ensemble des repas servis sont compensés par l’État. Nous, notre mission, c’est de mettre en place l’organisation la plus efficace possible », rassure Jean-Marc Quemeneur.

Les plats chauds proposés par le Crous étaient déjà largement plébiscités par les étudiants avant la généralisation du repas à un euro.Les plats chauds proposés par le Crous étaient déjà largement plébiscités par les étudiants avant la généralisation du repas à un euro. - C. Allain/20 Minutes

Membre du conseil d’administration du Cnous, Raymond Rivière s’inquiète aussi de voir les recettes plonger. « On a augmenté les prix de ce qu’on appelle le diversifié. Ce sont les boissons, les snacks et toutes les choses que l’on vend dans nos cafétérias. Avec le repas à 1 euro, les étudiants vont s’en détourner et on aura un manque à gagner. » La même inquiétude est d’ailleurs partagée dans le rapport du député Charles Sitzenstuhl.

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Le rapporteur spécial s’inquiète aussi que cette mesure puisse entraîner mécaniquement « une dilution de l’aide pour les plus précaires » en raison d’une saturation des capacités d’accueil. Alors que le coût de la vie étudiante aurait augmenté de 35 % sous Emmanuel Macron selon l’Unef, la question peut se poser. « C’est certain. Quand il n’y aura plus de place ou plus rien à manger, les boursiers ne pourront plus être servis. » De quoi, sans doute, générer quelques tensions dans les files d’attente. « Et qui devra gérer ces moments crispants ? Les agents ne sont pas là pour gérer cela », répond le syndicaliste.