L’été n’aura pas permis d’éclaircir le paysage. « Pour l’instant, c’est silence radio », déplore Didier Picard, délégué syndical CFE-CGC de l’usine automobile Stellantis de la Janais, à Chartres-de-Bretagne (35). Depuis le 20 mai et l’annonce d’un accord inédit en vue de la production d’un véhicule du chinois Dongfeng sur le site rennais, les interrogations sont nombreuses : qui fera quoi sur ce nouveau véhicule ? De qui dépendront contractuellement les salariés affectés à la production de la voiture chinoise ? Et avec quelles conditions sociales ?

À ce stade, les organisations syndicales – plutôt favorables au projet, dans une industrie européenne en surcapacité – estiment ne pas avoir eu de réponses à toutes ces questions. Selon elles, la direction s’est contentée d’indiquer que la production du modèle Dongfeng interviendrait d’ici deux à trois ans, dans le cadre d’une coentreprise pilotée et détenue à 51 % par Stellantis. « Les négociations, qui sont forcément longues dans ce genre de partenariat stratégique, sont encore en cours », souffle un cadre du groupe franco-américano-italien.

Le 26 août lors de son intervention à l’université d’été du Medef, le directeur général de Stellantis, Antonio Filosa, n’a pas apporté de nouvelles précisions mais s’est défendu d’être «un cheval de Troie» de Dongfeng en Europe. Pour lui, accueillir un véhicule chinois à la Janais, aux côtés, actuellement, du C5 Aircross de Citroën, sera « gagnant-gagnant » : « Au lieu de fermer l’usine, nous allons partager cette capacité avec l’une de leurs marques ».

Maintien ou transfert des contrats de travail ?

À la CFDT, syndicat majoritaire à la Janais, l’inquiétude monte sur les conséquences, pour les quelque 2 000 salariés, de l’alliance avec Dongfeng. En juin, la centrale a diffusé un tract réclamant des garanties, notamment le maintien des contrats de travail au sein de Stellantis et des droits et avantages sociaux du groupe. « Pour les trois dernières coentreprises du groupe, Emotors, ACC et Punch, les contrats de travail ont été transférés à la coentreprise sur la base du volontariat. Et aujourd’hui, toutes sont dans une situation délicate. Cela crée des incertitudes à Rennes », explique Laurent Valy, délégué syndical CFDT, qui estime qu’à la Janais, les contrats de travail pourraient être transférés à la coentreprise de manière automatique.

Pour alerter sur le sujet et obtenir des réponses, le syndicat, en pleine campagne pour les élections professionnelles maison organisées du 14 au 17 septembre, tient une conférence de presse ce mercredi 2 septembre en présence de sa secrétaire générale nationale, Marylise Léon.

Méfiance

Du côté des autres syndicats, le discours est plus mesuré. « Nous n’avons aucune information nouvelle depuis le mois de mai. Ça laisse un peu dubitatif, les salariés se posent des questions et ne veulent pas perdre leurs avantages », avance Fabrice Lucas, à la CGT. « Pour le moment, on se méfie et on attend », ajoute le syndicaliste, reprenant une position partagée par la CFE-CGC.

Selon son représentant, Didier Picard, le syndicat a interpellé la direction des ressources humaines du groupe afin qu’elle « sorte du bois » et « dise ce qui est prévu ou même juste où en sont les négociations ». En vain. Sans information plus précise, « on attend de voir mais nos lignes rouges sont claires. Parmi elles : maintien inconditionnel de 100 % des salariés du site dans le giron de Stellantis, refus de tout transfert forcé de contrat vers la coentreprise et confirmation du maintien de l’ensemble des accords sociaux Stellantis, liste Didier Picard. Nous voulons construire ensemble, pas nous faire vendre. »