Par
Emilie Jouvin
Publié le
1 sept. 2026 à 17h55
« L’été a été très compliqué, on n’a jamais vu ça. Le résultat, c’est une prise en charge dégradée des patients, avec des personnes qui ont dû rester couchées certains jours. »
Devant les locaux de la direction de l’Ehpad Les Mariniers, à Redon (Ille-et-Vilaine), la colère était palpable, mardi 1er septembre 2026.
Débrayage dans un Ehpad de Redon : un mouvement très suivi
La CFDT, rejointe par la CGT, avait lancé un appel à débrayer. Le mouvement a été très suivi : sur les quelque 80 agents que compte l’Ehpad, plus d’une cinquantaine était rassemblée, pancartes à la main, dès 14 h.
La réalité, c’est que beaucoup de nos collègues aimeraient être avec nous mais ne peuvent se permettre d’abandonner leur poste une heure, tellement c’est le bazar.
Un agent de l’Ehpad Les Mariniers
Ce que le personnel dénonce ? Des effectifs et remplacements « insuffisants », une organisation de travail « perturbée » avec des changements de planning « de dernière minute réalisés sans concertation préalable avec les agents concernés ».
Le gros point noir évoqué est « le manque criant de personnel engendrant une surcharge de travail importante pour les agents présents, qui doivent faire face à une accumulation de tâches et à des conditions d’exercice de plus en plus difficiles ».

La direction a répondu au personnel mobilisé. ©Emilie JOUVIN, Les Infos
Et avec des conséquences sur l’accompagnement des résidents et de leurs familles. « Faute d’effectifs suffisants, certains soins et actes essentiels ne peuvent plus être réalisés dans des conditions satisfaisantes : résidents non levés, douches non réalisées ou réalisées partiellement, accompagnement aux toilettes insuffisant… »
Des repas servis dans des assiettes en carton
Le service de restauration n’est pas épargné. « Il n’y a plus assez de personnel pour faire la vaisselle, donc les résidents sont amenés à prendre leurs repas dans de la vaisselle en plastique et carton, ce qui constitue une dégradation manifeste de leurs conditions d’accueil et de leur dignité. »
Des familles ont exprimé leur mécontentement pendant l’été. « Il n’y a pas eu une journée sans qu’il ne manque un agent. Et ce n’était pas à cause d’arrêts de travail. Sur les plannings, il manquait des noms. La faute à un manque d’anticipation », déplore une salariée syndiquée CFDT. « Il y a eu des personnes embauchées à la dernière minute, qui n’étaient pas habilitées à faire des soins. La charge de travail se reportait logiquement sur les autres. »

Des familles de résidents étaient mobilisées. ©Emilie JOUVIN, Les Infos
Tout cela, les agents ont pu l’exposer à la direction, qui a accepté d’échanger dans une salle, pendant le débrayage. À leurs côtés, des résidents et des familles sont venus témoigner de leur soutien, et de leur insatisfaction.
« Des désistements de dernière minute »
Anne Rousselot-Soulière, directrice générale du Centre hospitalier intercommunal de Redon-Carentoir, entourée de la directrice des soins et du DRH, a tenté de répondre aux différentes interpellations d’agents « épuisés ».
Je suis désolée de cette désorganisation subie cet été. Je partage avec vous ce triste constat. Ces conditions ne sont pas supportables, acceptables, mais elles n’ont jamais été souhaitées. Nous devons aujourd’hui prendre ces problèmes à bras-le-corps pour tenter de les régler.
Anne Rousselot-Soulière, directrice générale du Centre hospitalier intercommunal de Redon-Carentoir
Cette dernière a tenu à préciser qu’il « n’y avait pas d’économies faites sur le personnel qui auraient entraîné des absences de recrutements ».
Anne Rousselot-Soulière a affirmé qu’au contraire, l’équipe de direction a cherché à pourvoir tous les postes vacants pendant l’été. « Il se trouve que nous avons dû faire face à des défections de dernier moment ayant entraîné des conditions de travail délétères », rapporte-t-elle.
Des premières mesures prises
« Nous avons à nous améliorer sur la qualité de nos recrutements et sur les profils et compétences attendus », a-t-elle reconnu.
Les échanges ont notamment permis de mettre en avant un problème de communication, avec des postes vacants pour lesquels des candidatures en interne n’ont jamais été transmises. Des réunions seront par ailleurs organisées en amont, afin de « mieux appréhender les besoins pendant les périodes de congés ».
Personnalisez votre actualité en ajoutant vos villes et médias en favori avec Mon Actu.