La pression était trop forte. Patrick Bruel a annoncé ce mardi en fin de journée, directement sur son compte Instagram, l’annulation complète de sa tournée Alors regarde 35 qui devait débuter le 2 octobre à Chartres. Baptisée du nom de l’un des titres phares du chanteur sorti en 1989, elle devait compter 35 dates, dont une à Bruxelles et une à Genève. « J’ai profondément souhaité que cette tournée puisse avoir lieu », a écrit l’artiste de 67 ans, « mais je constate qu’aujourd’hui, cette tournée est devenue autre chose. Elle est devenue l’incarnation d’un débat qui la dépasse. J’ai donc pris la décision d’annuler ces concerts ».

En juin dernier, au terme de 48 heures de garde à vue dans les locaux de la police judiciaire parisienne, Patrick Bruel a été mis en examen à Nanterre pour quatre infractions à caractère sexuel, dont un viol et une tentative de viol. Il a été placé sous le statut, plus favorable, de témoin assisté pour quatre autres. Il avait surtout échappé à la détention provisoire, requise par le parquet. Placé sous contrôle judiciaire, il doit toutefois composer avec un certain nombre d’obligations, dont celle de justifier de soins psychologiques, mais il ne lui est pas interdit de se produire sur scène. Fin juillet, Patrick Bruel a même bénéficié d’un allègement de son contrôle judiciaire, puisqu’il a pu récupérer son passeport – qu’il avait initialement dû remettre à la justice – et donc la possibilité de voyager à l’étranger.

Ce contenu est bloqué car vous n’avez pas accepté les cookies et autres traceurs.

En cliquant sur « J’accepte », les cookies et autres traceurs seront déposés et vous pourrez visualiser les contenus (plus d’informations).

En cliquant sur « J’accepte tous les cookies », vous autorisez des dépôts de cookies et autres traceurs pour le stockage de vos données sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.

Vous gardez la possibilité de retirer votre consentement à tout moment en consultant notre politique de protection des données.

Gérer mes choix


J’accepte
J’accepte tous les cookies

« Je suis triste et en colère mais peut-être aussi un peu soulagée »

Depuis, le chanteur ne s’est pas exprimé, et maintenu sa tournée malgré plusieurs appels à ce qu’il renonce à ces concerts. À défaut d’avoir la capacité légale de l’interdire de se produire, un certain nombre de maires de villes qui l’attendaient cet automne ont ainsi souhaité qu’il annule sa venue. « Au regard du nombre de plaintes et de la gravité des faits dénoncé, un retrait de l’artiste apparaît désormais nécessaire », écrivait ainsi il y a quelques jours Catherine Trautmann, la maire PS de Strasbourg où Patrick Bruel devait clore sa tournée le 21 novembre. Car les plaintes se sont accumulées : 32 au total, dénonçant des faits de viol, tentative de viol, agression sexuelle ou harcèlement sexuel qui doivent être examinées, notamment au regard d’une éventuelle prescription.

« Je suis triste et en colère mais peut-être aussi un peu soulagée », confie Cléo (*), une Suissesse de 50 ans qui avait une place au premier rang pour le concert de Genève. « Triste parce que je me réjouissais de cette tournée anniversaire des 35 ans, moi qui le suis depuis mes huit ans en 1984, lors de la sortie de son premier single. En colère car les réseaux ont “gagné” et parce que des maires, des élus, des citoyens lambda, se prennent pour des juges du jour au lendemain et ont cru opportun d’ordonner ce qu’il fallait décider. Et soulagée car je n’aurais pas supporté que des extrémistes viennent perturber, gâcher et stopper les concerts. » Elle-même victime de violences sexuelles par le passé, elle assure n’avoir « jamais souhaité que [s]es agresseurs soient empêchés d’exercer leur travail » et estime en outre que « la présomption d’innocence n’est plus respectée ».

« Une question de décence »

« L’annulation de cette tournée ne constitue ni une victoire ni une défaite judiciaire », a réagi Me Myriam Guedj-Benayoun, avocate de plusieurs plaignantes. « Elle ne préjuge de rien. Pour mes clientes, l’essentiel est ailleurs : l’instruction est en cours et elles continueront à y participer avec confiance, dignité et détermination. » Pour Karine Viseur, qui accuse Patrick Bruel d’une tentative de viol en 2010 à Bruxelles, « ce pas de côté n’était pas une option, il était une nécessité. Une question de décence, de responsabilité et, surtout, de respect envers les victimes. À un moment donné, il faut savoir entendre leur parole, mesurer ce qu’elles traversent et leur accorder la considération qu’elles méritent. »

« Je me battrai, je me défendrai pour que mon innocence soit reconnue », affirme Patrick Bruel. Selon lui, « seule la justice dira la vérité de ces affaires » et sa décision d’annuler sa tournée est « le choix de l’apaisement ». Mais l’artiste assure également « poursuivre une réflexion personnelle, profonde, et entendre certaines choses ». Faut-il y voir un début de repentance ? « Je crois qu’il faut être très clair : mes clientes n’attendent pas d’être entendues par Patrick Bruel. Elles attendent d’être entendues par la justice », tacle Me Guedj-Benayoun.

(*) Le prénom a été modifié.

3919 – Violences femmes info

Un numéro d’appel national, le 3919, est dédié à l’écoute et à l’orientation des femmes victimes de violence. Appel gratuit et anonyme, service accessible 24h/24 et 7 jours sur 7.